Confessions j livre 1er
écrits de Rousseau d'autres témoignages encore de sa bonne humeur pendant son séjour a Genève. Ainsi c'est des Eaux- Vives et de la maison de son cousin qu'il écrit sur la musique à M. Lesage, qui était un mathématicien, et qui, à ce titre, croyait que la musique était une science exacte ou bien une sensation seulement dont le goût individuel déterminaitle prix. Rousseau prétend avec raison que la musique est un art (( qui a, comme tous les beaux-arts, le principe de ses plus grands charmes dans celui de l'imitation... et qu'il y a des règles pour juger d'une pièce de musique aussi bien que d'un poëme ou d'un tableau. Que dirait-on d'un homme qui prétendrait juger de Y Iliade d'Homère, ou de la Phèdre de Racine, ou du Déluge du Poussin, comme d'une oille ou d'un jambon ? Autant en ferait celui qui voudrait comparer les prestiges d'une musique ravissante, qui porte au cœur le trouble de toutes les passions et la volupté de tous les sentiments, avec la sensation grossière et purement physique du palais dans l'usage des aliments. Quelle différence pour les mouvements de l'âme entre des hommes exercés et ceux qui ne le sont pas I Un Pergolèse, un Voltaire, un Titien, disposeront, pour ainsi dire, à leur gré des cœurs chez un peuple éclairé; mais le paysan insensible aux chefs-d'œuvre de ces grands hommes ne trouve rien de si beau que la bibliothèque bleuè^ les enseignes à bière et le branle de son village ^ » Ce sont là les vrais principes des arts, qui ne seront jamais le plaisir de la foule, mais de l'élite, et que l'élite seule