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UN MOT DE L'AUTEUR

Un simple mot pour faire excuser la témérité de ma tâche.

je me suis borné au rôle modeste de secrétaire des pensées de Jaurès et des événements qui les ont provoquées. En effet, j'aurais pu intituler mon livre : Jaurès raconté et exposé par lui-même. C'est encore Jaurès qui fait le mieux comprendre et aimer Jaurès.

J'ai cherché, en outre, en exposant Vessentiel de sa vie et de son œuvre, à en établir l'idée fondamentale et le principe directeur. Je me flatte d'avoir trouvé le lien intime existant entre toute son action politique et sociale et ses idées philosophiques peu connues et d'autant plus méconnues.

Si j'ai réussi à « faire revivre » l'œuvre de Jaurès, j'ai rempli ma tâche et j'ai. fait une bonne action envers la France et l'humanité en deuil.

J'ai accompli en même temps un devoir.

Car, pour réparer, au moins partiellement, l'immense préjudice causé à la France et à l'humanité par la perte prématurée de cette grande et géniale force de vérité et de bonté qu'était Jaurès — et c'est en ce moment surtout qu'elle nous serait salutaire — il nous faut entreprendre une étude intensive, approfondie et systématique de son œuvre qui, à travers son glorieux martyre, brillera pour toujours d'une clarté et d'une splendeur incomparables. C'est ainsi que nous, socialistes, entendons venger notre grand mort.

Sa sublime parole est un réconfort pendant la période d'épreuves tragiques que traverse actuellement le monde ensanglanté et souillé. Elle est aussi un grand enseignement pour le présent et l'avenir.

Qu'il me soit permis enfin de remercier à cette place les vaillants prolétaires de la Coopérative V Émancipatnce qui ont courageusement, à leurs risques et périls, pris l'initiative de cette publication.

Les amis de Jaurès constateront avec satisfaction que la première étude sur l'apôtre immortel de la Paix et du Socialisme a pu voir le jour grâce au dévouement d'une Coopérative ouvrière, dont Jaurès fut le partisan passionné sa glorieuse vie durant.

Paris, le Premier Mai 1915.

Charles RAPPOPORT.

Une Lettre autographe de Jaurès

Cette lettre de Jaurès, qui contient quelques observations d'un intérêt biographique, m'a été adressée de Bessoulet, près d'Albi, le 26 août 1901. La brochure dont elle parle, c'est sa conférence sur Travail, roman d'Emile Zola, que j'ai publiée dans la Bibliothèque Ouvrière et Socialiste, fondée par mon ami le docteur Kasimir.

Elle parle également de son volume sur la Convention, faisant partie de son Histoire socialiste de la Révolution, de ma brochure La Philosophie de Pierre Lavroff, parue en 1901, et des articles que j'ai publiés cette année dans la Revue Socialiste sous la direction de Gustave Rouanet. — Ch. R.

Le Lundi 26 Août.

Mon cher ami,

Je m'en remets entièrement à vous pour les corrections à opérer. Croyant toute correction inutile, je n'ai pas gardé les épreuves. Mais vous maniez le français à merveille, et vous saurez bien faire les petites retouches utiles.

J'éprouve une répugnance presque maladive à revenir sur des choses passées.

Ne me grondez pas trop. Songez à la vie que mène un homme qui, avec ses besognes et préoccupations de chaque jour, est en outre aux prises avec la Convention, et se considérerait comme déshonoré s'il bâclait ce grand sujet. — Je vous assure que j'ai pour vous une solide et sincère amitié, et que je suis très sensible à votre attachement et aux raisons élevées qui le déterminent. Si vous venez à la Petite République le mercredi 28 aoiit à cinq heures j'aurai grand plaisir à vous voir : je viens passer deux jours à Paris. Je n'ai pas reçu ces vacances la Revue Socialiste. Je l'emporterai de Paris pour lire vos articles. Je trouve votre Lavrofï très intéressant et important.

A vous,

Jaurès.

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