‹ Jean JaurèsChapitre 2 sur 22 · CU · texte numérisé non relu

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A ma chère et noble Sophie Rappoport, Docteur en médecine,

Je dédie ce livre.

Un mot pour la deuxième édition

La deuxième édition est la reproduction exacte de li première. Je me suis borné à rectifier quelques erreurs matérielles. J'avoue avoir été tenté, un moment, d'ajouter un nouveau chapitre sur V Unité de la politique internationale de Jaurès. En effet, déjà en 1887, au début de sa carrière politique, Jaurès étudie les AlUances européennes. Et, chose extrêmement curieuse, il prévoit, à la distance d'un quart de siècle, dans une intuition géniale, que « dans une guerre contre la Russie, l'Allemagne pourrait compter sur le concours de l'Autriche-Hongrie; c'est qu'en vérité il n'y a d'autre occasion de conflit prochain entre la Russie et l'Allemagne que l'intérêt même de l'Autriche en Orient, c'est-àdire que l'Autriche ne donnerait une alliance à l' Allemagne qu'après lui avoir donné une guerre ».

Jaurès n'avait alors que 2^ ans et n'était encore qu'un débutant. Et, déjà, il trace de main de maître un tableau des destinées européennes que les événements de 1914 ont pleinement justifié. Déjà, à cette époque, il établit que « l'objet » de certaines alliances ne saurait être que « la guerre «. Et il met la France en garde contre le danger de ces aUiances. En s'adressant aux politiciens de la droite, il s'écrie : « Mais, Messieurs, s'il vous plait, pourquoi tenez-vous à des alliances? Pour être indépendants de l'étranger, pour être maîtres chez vous. — Voulez-vous donc que nous achetions les alliances justement par la soumission à l'étranger? » {Dépêche de Toulouse, 26 février 1887).

Mais ce sujet attrayant et de trop brûlante actualité aurait demandé un tel remaniement du livre et de tels développe-

ments que j'ai cru utile, dans l'intérêt même de cet important sujet, de l'ajourner à une date ultérieure.

Je profite de l'occasion pour remercier les amis de Jaurès des éloges à peine mérités qu'ils ont bien voulu accorder à mon livre. Je remercie également les ennemis de Jaurès pour leur silence que je me flatte d'avoir pleinement mérité.

Un dernier mot. Tandis que la mort d'un archiduc militariste et réactionnaire sert de prétexte à un déchaînement inouï de barbarie guerrière, la mort de Jean Jaurès, qui a consacré toute sa vie à combattre la barbarie de la guerre, produit naturel des rivalités économiques et de réaction politique et nationaliste, contribuera inévitablement au triomphe définitif des idées appelées à délivrer un jour à tout jamais l'humanité du cauchemar sanglant qui, aujourd'hui, la déshonore. Chaque mort a les vengeances qu'elle mérite.

L'Auteur.

Paris, ce 31 mai 1916.

PREMIÊIRE PARTIE

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