ACTE PREMIER
NORA
Qui est-ce qui grogne devant ma porte ? C'est l’âne qui se sera échappé de son écurie... pauvre bête !
jean, à part.
Elle me prend pour l’âne !
nora, à part.
C'est Jean !... (Haut.) Ou le veau qui cherche sa mère...
JEAN
J’ai donc la voix d’un quadrupède... Voilà ce que c’est que de causer toute la journée avec ma vieille jument l
NORA
Il se cache !... si je pouvais voir... (Elle passe la tète par la fenêtre. Jean passe un bras autour de son cou.) Ah ! mon Dieu, qu’est-ce que c’est?
JEAN
Ne faites pas attention... c'est l'âne qui se promène. (Il l’embrasse .)
NORA
Mais lâchez-moi !... lâchez-moi donc !
Pas avant d’avoir pris ma pitance... Faute dè foin, l’âne broute les fleurs ; tant pis pour le bouquet de tes joues 1
NORA
Finissez !... voilà de belles manières... Est-ce ainsi qu’on traite une jeune fille?
JEAN
C’est le seul traitement que je to réserve. S’il ne te va pas, il ne faut pas m’épouser aujourd’hui...
NORA
D’abord, qu'est-ce qui vous amène ici?... Croyez-vous donc que j’avais besoin de vous voir?,.. (Elle va et vient dans sa chambre , essuyant sa vaisselle, etc.)
JEAN
Oui, je me suis dit : Voilà Nora toute seule ayant à traire la vache, à soigner les poules et à nettoyer la grange pour
• la noce de ce soir, sans personne pour l’aider... je Tais aller lui donner un coup de main.
NORA
Après avoir battu la route, toute la nuit, de Glenmore à Kildarp... Vous n'avez donc pas dormi?
Dormir quand ta jolie figure est toujours là, devant mes jeux!... je n’ai pas trop de vingt-quatre heures par jour potir penser à toi.
NORA
Laissez-moi ! vous venez de dévaliser les abeilles, ou de manger de la fleur de luzerne, car vous avez du miel à la langue !
JEAN
Non, aux lèvres... depuis que je t’ai embrassée... Voyons, donne-moi la clef de la gTange... que je mette tout en ordre.
noba, sortant de sa cabane.
Vous n’avez pas besoin d’aller dans la grange... tout est préparé. ( Elle tient une baratte, qu’elle pose devant le banc , sous la fenêtre.)
JEAN
Pourtant, je serais bien aise de voir...
NORA
Vous ne verrez rien du tout ! Allez chercher la vache dans le pré, là-bas; et à votre retour, j’aurai peut-être une belle galette toute chaude pour vous fermer la bouche.
JEAN, riant.
11 y a une galette au milieu de ton visage, Nora, toujours chaude et prête à me fernler la bouche.
nora, le poussant et le menaçant.
Voulrz-vous bien aller tout de suite où je vous ai dit... ou gare à vous !
jean, s’éloignant. ' ,
Nous verrez qu’elle me battra, de ses propres petites mains, quand nous serons mariés, si je n’obéis pas comme un caporal, à la consigne... je me ferai battre souvent.