SCÈNE III NORA, puis MACCOUM
NORA
Il s’en va !... ( Elle lui envoie des baisers.) Ah! Jean, mon bien-aimé, mon coeur est avec toi !
MACCOUM, arrivant par le fond.
Il est parti... je puis me montrer.
NORA
Comment! vous n’êtes pas dans la grange... à dormir... Et moi qui n’osais pas vous porter votre déjeuner, dans la crainte de vous éveiller... Sortir on plein jour, quelle imprudence I
MACCOUM.
Je n’avais rien à craindre; j'ai été escorté, ce malin, par un détachement de soldats.
NORA
Mon Dieu, on vous a arrêté, et vous vous êtes enfui...
Pas du tout... j’ai donné une poignée de main au sergent, et nous nous sommes quittés les meilleurs amis du monde. *
NORA
A quels dangers vous vous exposez !
MACCOUM. %
Et à quel danger je t'expose, ma pauvre Nora... mais tu l'as voulu.
NORA
C'eût été beau, si vous aviez cherché un autre asile que celui-là !
maccoum, la regardant avec attendrissement.
Chère enfant 1... c’est qu’ils la tueraient sans pitié... I! n'y a pas à dire, tant que je suis ici, elle a autour du cou la même corde que moi I...
nora, gaiement.
Si l’on venait me pendre à la porte de cette maison que vous avez donnée à ma mère, ma vie serait le seul loyer
que nous aurions jamais payé pour tout ce que nous ayons reçu de vous.
MACCOUM.
Que dis-tu là ? perds-tu la tête? As- tu oublié ce que ftion père m’a révélé à son lit de mort? Es-tu ma vassale... ou ma sœur ?
NOUA
Dites cela plus bas 1 Pour la mémoire de celle qui m’a donné la vie, ce secret doit être gardé par nos deux cœurs, , comme il l'est par les deux tombes... je ne l’ai dit qu’à celui qui doit tout savoir...
MACCOUM.
Ton fiancé, n’est-ce pas? A la bonne heure! tu prends le mariage au sérieux... une seule âme, une seule pensée !...
Si toutes les femmes te ressemblaient!...
NORA
Il y a une tache sur mon berceau... Jean devait la connaître... On ne sait pas... ça pouvait le faire changer d'avis... Tous les hommes ne se soucient pas d’épouser une fille qui ne porte pas le nom de son vrai père!... Je ne voulais pas devoir mon mari à un mensonge !
MACCOUM.
Mais alors, pourquoi lui fais-tu un mystère de mon retour en Irlande et de mon séjour chez toi?
ISORA.
Tant que nous ne sommes que fiancés, nos biens ne sont pas communs... Si j’ai, comme vous le dites, une corde autour du cou, il n’a pas encore le droit d’en réclamer la moitié.
MACCOUM.
Et tu gardes le danger pour toi seule?
ISORA.
Tant pis pour lui ! c’est mon droit...
MACCOUM.
Ah! Nora, tu as un cœur d’or. (A part.) Si sa mère lui ressemblait, je comprends la faute de mon père... (Haut.) Tends tes mains, petite sœur!
NORA
Pourquoi faire?