‹ Jean la Poste drame anglais en cinq actes et dix tableaux Dion Boucicault, Eugene NusChapitre 6 sur 102 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

O’GRAÜY, LE MAJOR, dans l’ombre; JEAN, MORGAN, amvant par la droite, fur la voiture de la poste.

jean , arrêtant sa carriole, descendant de voiture et réveillant Morgan qui ronflait.

Nous voilà au carrefour des Trois-Cbemins... votre route est ici... la mienne là... Bonsoir!

MORGAN

Comment, tu né me reconduis pas jusqu’à ma porte?

JBAN.

Votre porte n’est pas sur la route de mon service. On m'a commandé de vous prendre sur ma carriole... mais on ne m’a pas dit de me détourner de mon chemin.

MORGAN

Si je t’offrais un schelling...

JEAN

Vous m’offririez une guinée... Nora m’attend à sa fenêtre pour me dire bonsoir, quand je passerai en faisant claquer mon fouet... J’aime mieux voir son joli visage, que la face du roi d’Angleterre sur une pièce d’or... Allons, descendez, et bonne route... Si le bien que je vous souhaite vous arrive, vous vous casserez le cou en chemin.

morgan, descendant de voiture.

Nora... tu l’épouses demain, m'a-t-on dit?

jean.

Ça vous contrarie?

MORGAN

Oui.

Je sais que votre vilain museau se tourne souvent de son côté... Retenez bien cette parole, Michel Morgan: si je vous vois rôder à trente pas de ses jupes, je vous promets qu'en votre qualité de receveur public, vous recevrez quelque chose de ma main; aussi vrai qu’on m'appelle Jean la Poste, je casse un bâton de chêne sur votre dos.

MORGAN

Sais-tu à qui tu parles?

JEAN

Oui, je connais votre métier... Chacun sait, dans le pays, que vous gagnez votre vie en vendant la peau de vos frères... Mais vous ne ferez pas de commerce avec la mienne. Jean la Poste ne conspire pas... il va son droit chemin sur le pavé de la route, en portant les dépêches publiques; il n'aime pas les habits rouges, et il ne s’en cache pas; mais ça ne suffit pas pour qu’un coquin le fasse pendre. le major, se montrant.

Comment, drôle, tu n’aimes pas les Anglais, et tu t’en vantes?

JEAN

Ah! c'est le major l’laît-il... Pardon, major, on ne vous connaît que sous ce nom-là dans le pays.

Plaît-il?

JEAN

Vous voyez, vous n’avez pas volé le sobriquet.

LE MAJOR

Je te ferai pendre.

jeaN, imitant la voix du Major.

Je te ferai pendre... C’est votre fefrain... Vous ne trouvez pas d’autres douceurs à nous dire... et vous voulez qu’on vous porte dans son cœur? Soyez donc raisonnable, major.

LE MAJOR

Tu dois être un traître comme les autres... Ne tombe pas sous ma main.

JEAN

Pas si bête... on - sait que vous ne badinez pas. N’est-ce pas vous qui avez fait rendre cet édit qui condamne à la potence, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, tous ceux qui auront donné asile à un proscrit ?... si bien qu’on a pendu hier à Glenmore, à la porte de sa cabane, une pauvre femme qui avait reçu pendant quelque temps un fugitif sous son toit... Notez que le fugitif était son fils !... o’grady, se montrant.

Son fils!... Et vous le saviez, major?

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