SCÈNE PREMIÈRE
NORA, LE SERGENT
le sergent, amenant Nora qui se laisse tomber sur un banc.
Voyons, ne vous désolez pas... assez pleuré comme ça... quelle manie ont les femmes de changer leurs yeux en fontaines, et de détremper leurs émotions avec de l’eau.
NORA
Ne puis-je le voir? ne puis-je passer auprès de lui les derniers moments?
LE SERGENT
Impossible ! personne ne peut être admis dans sa cellule, sauf le ministre qui met son âme en grande tenue, et lui donne la consigne pour là-haut.
NORA
Je ne le reverrai donc plus jamais?
LE SERGENT
Si, une seule fois, à la fin !
nora, sanglotant de nouveau.
Ohl Jean, mon bien-aimé.
le sergent, à lui-même.
Morbleu! de quelle commission me suis-je chargé là? J’aimerais mieux affronter une batterie que les deux yeux suppliants de cette pauvre fille qui me regarde comme une biche qu’on va égorger.
nora, relevant la tête.
Sergent.
LE SERGENT
Voilà, présent; que me voulez-vous, ma belle? nora, montrant le vieux château au fond.
La tour où il est enfermé est adossée contre la falaise... du rocher je puis gagner la plate-forme au-dessus de son cachot.
LE SERGENT
Oui, j’y suis monté bien souvent en fumant ma pipe, pour voir les nuages rouler sur la mer, qui se brise au pied du
vieux mur C’est un spectacle fait pour un homme qui
n’est pas tout à fait une machine.