SCÈNE VI JEAN, LE SERGENT
JEAN
Vous l’avez vue,,, vous êtes heureux, sergent... Si j'avais pu vous prêter mes yeux... Où est-elle maintenant?
LE SERGENT
Elle est assise là-haut sur la tour.,.
JEAN
Au-dessus de nos têtes... Est-ce par là, sergent.,, ou peut-être un peu plus de ce côté?... Ah! dites-moi, où estelle? que je fixe mes yeux et mon cœur sur l’endroit 1
' ' LE SERGENT
Si cette fenêtre n'était pas barrée, vous pourriez la voir, car elle ne la quitte pas des Yeux; elle est là, au-dessus de ce coin de la cellule.
JEAN
Ah ! je sais... c’est bien haut... là où la tour est adossée à la falaise... je connais l'endroit.,. lui avez-vous parlé?
LE SERGENT
Je lui ai dit ce que j'ai pu... ses larmes coulaient si vite
que j'ai eu de la paine à les sécher avec son mouchoir (*7 tire le mouchoir de Nora qu’il a gardé), et ma foi, j'ai vu le moment où j'étais forcé de crier halte aux miennes. jean, prenant {e mouchoir.
Ses larmes sont là. (Approchant le mouchoir de ses yeux.) Sergent, lorsque je serai pour mourir, promettez-moi de me bander les yeux avec ce mouchoir. (Il le met dans son sein.) Et sait-elle que c’est dans deux heures?
LE SERGENT
Elle le sait.
JEAN
Elle ne vous a rien dit?
LE SERGENT
Si, elle m'a dit : Sergent, voulez-vous commander qu’on fasse du feu dans la cellule de Jean !
JEAN
Du feu? il ne fait pas froid. (Entrée de deux soldats qui apportent du feu.)
LE SERGENT
C'est ce que je lui ai dit. Mais elle ne faisait que répéter ces paroles, et je lui ai promis de faire ce qu’elle désirait. (Il va à la cheminée à gauche oit les soldats allument du feu de tourbe.)
JEAN
Ah! pauvre Nora ! je sais ce qu’elle veut... elle verra sortir de la fumée de cette cheminée, et elle saura qu'elle vient de là où je suis. (Entrée du Major. Les soldats sortent).