‹ Jean la Poste drame anglais en cinq actes et dix tableaux Dion Boucicault, Eugene NusChapitre 96 sur 102 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

même chose... 0 Nora, si tu pouvais me parler, si tu pouvais m’entendre. (Une pierre est lancée par la cheminée.) Qu’est- ce que cela? (Il la ramasse.) Une pierre avec un morceau de papier roulé autour... 11 y a de l’écriture dessus... C’est elle... ah! voilà pourquoi elle Voulait qu’on fît du feu... Sainte rusée, qui se serait douté de sa malice?... elle a tant d'esprit! (Il baise te papier.) Ah ! que fais-je là?... si je l’effaçais!... allons, lisons! qu’ai-je donc dans l’œil!... (Il essuie une larme avec le mouchoir de Nora.) Voilà nos larmes qui s’embrassent. (Il lit.) « Mon ami, mon épouf, je suis près de toi... mes yeux sont fixés sur toi, mon Jean bien-aimé... il me semble te voir lisant cés lignes... Je tends les bras vers toi, ô Jean... que Dieu te bénisse et te fasse trouver le ciel que j’ai perdu Ici-bas !» — O Nora, mon cœur se déchire. (On entmd la voix de Nora chantant une chanson plaintive.) Chut!... c’est elle... elle veut me montrer qu’elle est bien là... (U grimpe à la fenêtre et Raccroche aux barreaux .) Elle est là-haut et je ne peux la voir... et je ne peux monter vers elle pour essuyer ses larmes, pour la presser encore une fols sur mon cœur... Ah! maudits soient ces pierres et ces barreaux! (Il secoue les bancaux avec rage.) Dieu, il me semble... Oui, ce barreau a bougé. (Il le secoue de nouveau.) Il bouge... (Exanninant la pierre.) C’est la pierre elle-même qui est fendue... si je pouvais la détacher... (Il tâche de forcer le barreau.) Le barreau cède. (Redoublant d’efforts.) Encore... encore... Va donc! (Le barreau se détache et tombe dehc/rs.) 11 est parti, bon voyage. (1/ se penche.) Boum, le voilà dans l'abîme... Pourvu qu’on n'ait rien entendu. (Il écoule, Nora continue sa chanson.) Non... rien ne bouge... La grosse voix de la mer qui bouillonne ici dessous à cent pieds, a couvert le bruit... Elle-même n’a pas entendu... Car elle aurait interrompu sa chanson... attends-moi, Nora, je vais te rejoindre. (Il ôte son habit et son gilet.) Le mür est vieux, plein de fentes et . couvert de lierres... C’est la mort peut-être... mais je mourrai en essayant de rejoindre ma femme qui m’appelle, et de tromper le gibet qui m’attend... Elle est là-haut, sur le chemin du ciel... Si je tombe, que les anges qui recueilleront mon âme s’arrêtent un instant en passant i devant elle, pour que mon souffle l'effleure. (Il s’évade par la fenêtre.)

nora , reprend sa chanson.

Air irlandais.

Mon cœur est en peine De son doux ami ;

Ma mort est certaine S’il s'en va d’ici.

Le flot qui l’entraîne,

Sans retour a fui ;

Je sens qu’il emmène Mon âme avec lui...

O flot cruel, ramène Mon ami,

Car ma mort est certaine Loin de lui!

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