ACTE CINQUIÈME
' JEAN
Vraiment, les braves garçons!... Je ne vous savais pas aussi tendre que ça pour les gens de ce pays.
LE MAJOR
Je serai tendre aussi pour toi, si tu veux... Tiens-tu beaucoup à n’être pas pendu, John?
Je ne m’appelle pas John, laissez-moi au moins mon nom jusqu'au bout!
LE MAJOR
Jean, si tu veux, ça m’est égal. Réponds, veux-tu ta grâce?
JEAN
Ma grâce... Que faut-il faire pour cela?
LE MAJOR
Maccoum nous a échappé pour la seconde fois... tu dois connaître son refuge... fais-moi trouver Maccoum, et je sauve ta vie...
JEAN
Je m’attendais à quelque chose de ce genre-là.
LE MAJOR
Eh bien !
JEAN
Pour qui me prenez-vous donc, major? Croyez-vous que vous avez affaire à un Michel Morgan ! !...
LE MAJOR
Plaît-il?
JEAN
En voilà asssez... la cellule du condamné lui appartient jusqu’à la dernière heure. Je suis chez moi ici, et je paye le loyer assez cher... Faites-moi le plaisir de vous en aller.
Tu refuses?
jean. • •
Est-ce que vous accepteriez, vous, major?
LE MAJOR
Moi, ce n’est pas la même chose!
JEAN
Parce que vous êtes un officier et que je ne suis qu’un paysan. Eh bien! Jean la Poste vous aura appris dans son dernier jour une chose que vous ne saviez pas, c’est que l’honnêteté n’a pas besoin d’uniforme.
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LE MAJOR
C'est ton dernier mot?
JEAN
Mais partez donc, vous perdez votre temps, et ( regardant la fenêtre) vous me faites perdre le mien .
LE MAJOR
Je t’ai donné le choix. Adieu, Jean la Poste.
Adieu, major, si nous nous rencontrons là-haut, il y en a un qui baissera les yeux devant l’autre, et ce ne sera pas moi! (Le Major port.)
LE SERGENT
Camarade, il ne me conyient pas de médire de mes supérieurs... mais c'est égal, vous avez mon estime.
JEAN
Est-ce que ça ne vous semble pas tout simple, ce que j’ai fait là?,..
LE SERGENT
• Ça me semble tout simple, en effet... mais il paraît que la simplicité n’est pas comprise par tout le monde. Adieu, mon pauvre garçon, vous serez pendu; mais vous ne devez pas le regretter... car vous vous êtes conduit mieux qu’un major. Je vous laisse pendant une dernière heure... mais si vous avez besoin de société, je serai dans le corps de garde... vous n’avez qu’à donner un coup de pigd à la porte, et le factionnaire m'avertira.
JEAN
Vous êtes un brave homme. Sergent.
le sergent, lui prenant la main.
Si je refuse l'entrée à votre femme, il ne faut pas m'en vouloir; je suis forcé d’obéir à la consigne.
JEAN
Je sais bien que c’est votre devoir, et que vous ne pouvez pas faire autrement... j’agirais de même à votre place... (Le Sergent sort.) Ce n'est pas vrai... mais je dois lui dire cela... il croit bien faire... (Laporte se ferme.)