‹ Jean LamourChapitre 5 sur 13 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les grilles de la cathédrale de Nancy. — La place Stanislas. — Les collections de Lamour. — Sa famille. — Mort de l'artiste.

Les premiers en date de ces ouvrages appartiennent à l'année ijSi. Ce sont deux grilles qui fermaient les chapelles de Saint-Charles et de Saint-Jean, à la Primatiale de Nancy. La grille de Saint-Charles est gravée dans le Recueil des œuvres de Jean Lamour. Elle portait, en couronnement, les armoiries du cardinal Charles de Lorraine, fondateur de la Primatiale, qui y était enterré. Ce furent les membres du chapitre qui en firent les frais. Celle qui lui faisait face, dans le collatéral de gauche, avait été placée par le prélat du Bouzey, grand doyen, devant la chapelle où il avait fait creuser un caveau pour y déposer les restes de plusieurs de ses ancêtres. D'autres grilles, d'une composition plus simple, furent placées en avant des quatre chapelles des collatéraux de droite et de gauche. Toutes sont encore en place. On les attribue quelquefois à Lamour. C'est une erreur. Elles sont poinçonnées : Jean Maire, i/So- Jean Maire n'est point compté au nombre des collaborateurs de Lamour. On ignore quels sont ses autres travaux.

En 1792, les dévastateurs ne s'attaquèrent qu'aux armoiries, qu'ils

arrachèrent. Quand les églises furent rouvertes, on remplaça les couronnements armoriés, qui manquaient, par la copie de ceux des grilles voisines, en sorte que l'ensemble de cette décoration présente un aspect parfaitement harmonieux.

Ces grilles se composent d'un portique à pilastres encadrant des travées. L'ordonnance en est bien réglée, et les nombreuses pièces en métal, qui s'épanouissent en volutes ou se courbent en rinceaux, donnent un grand air de richesse à cette église, d'un aspect assez sévère.

Avant de décrire les grilles qui ont illustré le nom de Lamour, il convient de dire quelques mots de la place qu'elles décorent. Lamour, lui-même, sera notre guide et notre cicérone. Nous ne modifierons son texte que pour indiquer les changements survenus, par l'etfet du temps ou des usages nouvellement établis.

La place Royale, aujourd'hui place Stanislas, forme un rectangle long, qui a 1 24^,44 de largeur, sur 106 mètres de longueur. Elle est percée aux quatre angles et dans trois autres endroits différents. La façade de l'hôtel de ville regarde le nord et règne sur toute la largeur de cette place. L'ouverture des deux angles qui sont à l'extrémité de ce bâtiment conduit, de chaque côté, à des rues différentes. Elle est ornée de grillages en portiques, décorés de pilastres, chapiteaux, corniches, couronnements, vases de fleurs et bras de lanternes. L'enlre-deux des pilastres n'est point terminé par un couronnement, il est libre et laisse apercevoir, dans sa perspective, la beauté de la place.

Les angles de cette place qui sont opposés à ceux dont on vient de parler sont fermés par de magnifiques grillages, qui encadrent deux fontaines monumentales ornées de statues par Barthélémy Guibal. En arrière de ces grilles, de belles masses de verdure varient agréablement la vue et forment un fond sombre sur lequel les ornements dorés se détachent en vives lumières.

Cette place est encore percée, en ligne droite, du côté de l'est et de l'ouest et donne entrée aux rues Stanislas et Sainte-Catherine. Ces deux percées sont ornées de portées de grillages ouverts avec pilastres, arrièrepilastres, chapiteaux et vases de fleurs. Elles sont terminées par une corniche.

Sans vouloir diminuer en rien le mérite de Jean Lamour, observons toutefois qu'Emmanuel Heré, premier architecte et directeur des bâtiments du roi de Pologne, ne dut pas rester étranger à la composition

PORTION DES GRILLES QVI DONNENT ENTREE t E LA PLACE ROYALE AUX RUES DE LA CONSTITUTION ET DES DOMINICAINS.

i8 LES ARTISTES CÉLÈBRES

des ouvrages reliant entre eux les superbes édifices qu'il faisait construire ou qui y étaient appliqués.

Cet habile architecte, né à Nancy en ijoS, a bien indiqué, dans la dédicace du Recueil gravé des plans et élévations des bâtiments de la place Royale de Nancy, les qualités qui distinguent le style de son architecture, en en rapportant, du reste, tout le mérite au goût éclairé de Stanislas. Voici co.iimentil s'exprime à ce sujet : « On v voit la magnificence jointe à la simplicité et l'harmonie des proportions à la délicatesse ; mais aussi un goût nouveau dont il n'y eut jamais d'exemple. »

Cet éloge n'est point exagéré et peut tout aussi bien s'appliquer aux ouvrages de Lamour qu'à ceux de Heré. Les bâtiments de la place Royale, exempts du maniérisme et des contorsions de lignes qui caractérisent le goût borrominien, se rapprochent beaucoup des élégantes constructions de l'époque de Louis XVI et n'en ont pas la sécheresse. C'est un art de transition particulier à la Lorraine et dont l'élève de Heré, Richard Mique, architecte de la reine Marie-Antoinette, a fait une heureuse application au Petit-Trianon ainsi que dans la transformation du château de Saint-Cloud.

Les deux grandes grilles des fontaines sont exécutées sur un plan cintré dont l'ouverture est de i5™,3o, formant un quart de cercle développé de 23™, 45 ; leur plus grande hauteur est de io"',6o. Tout ce qui est apparent, en forme solide, est dj fer battu. Les tôle^ sont si exactement appliquées sur l'armature qu'elles semblent ne faire qu'un même corps. Les saillies des corniches, les différents profils y sont observés avec une précision qui fait douter que ce soit du fer forgé. « Il est difficile, ajoute complaisamment notre guide, de comprendre combien ce travail m'a donné de sujétion. » Et à ce sujet il entre dans des détails techniques de construction qui ne peuvent intéresser que les gens du métier. 11 termine en disant qu' « on ne voit dans son travail ni cette pesanteur, ni cette maigreur ordinaire des ouvrages de ce genre ».

Les deux grandes grilles à trois portiques étaient surmontées d'un couronnement où Lamour avait placé l'écu de France entouré des ordres royaux et surmonté de la couronne royale. Ces emblèmes furent détruits lorsqu'on abolit les titres nobiliaires. Quand on restaura les grilles, en 1864, on remplaça l'écu de France par celui delà Ville de Nancy, mal blasonné, et partout les couronnes royales furent rétablies.

Dans le Recueil de Lamour. des trophées d'armes supportés par une

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OU d'enseigne PENDANTIÎ.

(îravc dans le Recueil des ouvr.ij.'CS

de Jean I, amour.

pyriimidc tieurdelisée sont indiques au-dessus des pilastres. Ils lurent en effet exécutés; mais, en i83i, le mauvais état de leur conservation détermina l'autorité municipale à les faire enlever. On ne songea ù les rétablir qu'en iSjq. L'un d'eux fut retrouvé par M. Morcv, architecte de la ville, dans l'arrière-boutique d'un serrurier. On s'empressa de le faire copier et on en ajouta trois autres pour compléter les grilles telles que Lamour les avait exécutées. Ce fut M. Lipman, serrurier à Strasbourg, qui fut chargé de leur exécution et qui s'en acquitta avec beaucoup d'habileté. Le prix de ces quatre trophées fut fixé à I 1 ,000 francs.

Entin deux grillages à deux portiques ouverts et d'une riche ornementation sont placés dans les deux angles du

coté du midi et terminent, l'un la rue des Dominicains, l'autre celle de la Constitution. Ils sont accostés de potences au chiffre de Louis XV et terminés par la partie antérieure d'un superbe coq dont le bec soutient une lanterne. Ces grilles, qui paraissent fermer la place, sont ouvertes dans leur milieu. La distance est suffisante pour laisser passer deux voitures.

La façade de l'hôtel de ville est décorée, au premier étage, de balcons, dont le plus important est celui du salon destine aux réceptions officielles, et qui comprend trois fenêtres. Lamour a mis un soin tout particulier à son exécutiori,

PROJET DE URAS DK I.ANT.£RNE

OU d'enseigne pendante.

Gravé dans le Recueil des ouvrages

de Jean I.amour.

PROJET DE BRAS DE LANTERNt:

OU d'enseigne pendante

(îrîivc d.ins le Recueil Jcs iHivia£;c<

Je .lenn Lamour.

« voulant, dit-il, rendre l'effet du bronze ciselé et recherché avec exactitude n. On V remarque, au centre, les armoiries du roi de Pologne

entourées des cordons du Saint- Esprit et de Saint -Michel et accostées de deux aigles. Des trophées, des palmes disposés sur un fond treillage, forment d'heureuses divisions sur cette surface longue de i8'",yo et élevée seulement de o™,95. Là se trouvait une difficulté réelle, et Lamour a su en triompher avec bonheur.

Les balcons des deux ailes sont également d'une grande richesse et d'un excellent goût. Ils ont II™, 10 de longueur et o'",95 de hauteur.

Du temps de Lamour, tous les ornements étaient relevés par différentes couleurs d'or, qui, parleur variété, produisaient un effet des plus agréables. Faute de renseignements suffisants, le doreur qui fut, sous l'administration de M. le baron Buquet, chargé de la restauration des grilles ne put rétablir l'état primitif. Il dut se contenter d'employer une seule couleur d'or.

Les quatorze balcons des fenêtres de l'hôtel de ville et les cinquante-six balcons des pavillons de la place, aux chiffres de Louis XV et de Stanislas, sont en harmonie de style et de richesse avec les grands travaux de fer de la'place. Ils ont 3 mètres de longueur et o"',g5 de hauteur.

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