‹ Jean LamourChapitre 4 sur 13 · ENSEMBLE DE LA GRILLE DES FONTAINES DE LA PLACE ROYALE · texte numérisé non relu

ENSEMBLE DE LA GRILLE DES FONTAINES DE LA PLACE ROYALE

,o LES ARTISTES CÉLÈBRES

Chanteheux, que pouvait-il faire, lui ouvrier habile, intelligent; mais peu préparé, croyons-nous, aux travaux d'art importants qu'on allait lui demander? Il dut commencer par imiter ce que l'on faisait alors; aussi, dans la rampe de l'escalier du château, les rocailles, les chicorées, les fleurons viennent-ils s'accrocher ù des lignes serpentines qui s'enroulent tumultueusement, sans que l'œil fatigué puisse se reposer, un seul instant, sur quelques lignes droites qui rompent, à propos, les évolutions multiples de ces courbes désordonnées. Il semble qu'à cette époque Lamour eut une telle horreur des lignes horizontales et verticales, qu'il employa des ornements rappelant la forme de la lyre pour séparer les compartiments dont la rampe de l'escalier est composée. Voulant soutenir et relier entre elles les diverses parties de cette ornementation baroque, il a eu souvent recours à des pièces de rapport, qu'on nommait anses de panier. Il les a prodiguées. Ce sont comme autant de chevilles dans une pièce de vers. L'ensemble en devait être riche, grâce aux dorures qui y étaient appliquées; mais, à tout prendre, c'était un ouvrage médiocre et nous ne devons pas beaucoup regretter qu'il ne nous ait pas été conservé.

Lamour ne portait pas un jugement aussi sévère sur ce travail et voici ce qu'il en pensait : « L'exécution de cette rampe est conforme aux règles du bon goût ; elle a fait, dans le temps que Louis XV passa à Nancy, en 1744, l'admiration des connaisseurs de la cour de ce monarque. »

Les grilles que Lamour posa ensuite au château d'eau, au balcon du Roi et à l'hôtel de ville de Commercy, accusent déjà un progrès réel. Les conseils lui sont venus, sans doute, des artistes éminents que Stanislas entretenait auprès de lui, et nous voyons des lignes droites encadrant des motifs d'ornementation, dont l'œil n'a pas de peine à se rendre compte. Le centre de ces divisions est occupé par les armes du roi, par son chiffre, par des palmes et des attributs rappelant la destination des monuments qu'ils décoraient. Toutefois certaines parties ne sont pas liées entre elles et ne présentent pas cette unité, ce bel accord de lignes qu'on aime à trouver dans une œuvre d'art bien conçue. Cependant Lamour en était satisfait et il déclare que « ces pièces ont été faites avec toutes les précautions possibles et qu'elles peuvent entrer dans le nombre de celles qui sont considérées comme des ouvrages de goût et de propreté ».

Vers cette époque, Lamour dut faire la rampe de l'escalier du palais

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de rintendancc, résidence actuelle du général de division, formant le tond de la Carrière de Nancy, et celle de la maison que Heré Ht bâtir sur un terrain de la Carrière que lui donna Stanislas, n" 49 actuel. Ces grilles sont encore en place aujourd'hui. Leurs lignes tourmentées appartiennent à l'art maniéré du xviii« siècle. On peut admirer la serrurerie des rampes courantes et des membrures en fer forgé; mais l'exécution des ornements, rinceaux et feuillages laisse à désirer. A cette époque, les ouvriers releveurs que Laniour employait n'étaient-ils pas encore bien habiles ou plutôt a-t-on voulu conduire avec économie des travaux qui n'étaient pas destinés à des habitations royales ? Ce qu'il y a de certain, c'est que les planches du Recueil de Lamour donnent, de ce travail, une idée bien supérieure à celle qu'on en prend, lorsqu'on l'examine en réalité.

En nous laissant guider par le degré de mérite qu'offre la compo-* sition des ouvrages de Lamour, nous signalerons les balcons et la grille de l'escalier du bâtiment des Missions royales, aujourd'hui le séminaire diocésain, rue de Strasbourg, n» 9.

Chaque année le roi de Pologne venait, à toutes les fêtes de la Vierge, communier dans la chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours et, la veille, il coucfiait soit au château de la Malgrange, soit à la maison des Missions où il avait un picd-à-terrc, au rez-de-chaussée. L'appartement que ce bon roi occupait existe encore et l'on peut admirer de belles boiseries en chêne, d'un très haut relief, qui couvrent les murailles de la salle des gardes. La façade du bâtiment donnant sur la rue est décorée d'un grand balcon embrassant trois fenêtres. On en a arraché les armoiries et les chiffres, en 1792 ; mais au balcon ayant vue sur le jardin sont restés intacts les chiffres du roi Stanislas et de la reine Catherine Opalinska. Ces chiffres sont encore reproduits sur la grille de l'escalier jusqu'au premier étage seulement. Comme on ne les rencontre plus après la mort de la reine, arrivée le 19 mars 1745, on doit en conclure que les ouvrages de serrurerie des Missions rovales sont antérieurs à cette époque. Dans leur composition entre le dessin de la fleur de lis, comme principe d'ornement largement développé, sans toutefois y devenir un attribut tiistinct, comme dans les armoiries.

Deux autres grilles d'un mérite égal sont celle de l'escalier du palais épiscopal, place d'Alliance, n»* 2 et 2 èz5 actuels , que fit construire Mgr. Drouas, évêque de Toul. et celle qui se trouvait dans la partie du

palais ducal occupée par la gendarmerie, avant l'incendie de 1871, laquelle était, au siècle dernier, destinée à loger divers officiers de la garnison française. Cette dernière grille, ayant eu à subir quelques avaries par le fait de rincendie. a été déposée au Musée lorrain. Enfin les grilles de la façade de la Bourse du commerce, sur la Carrière, aujourd'hui tribunal de commerce ; celle de l'escalier du collège des Médecins, sur la place Royale, n" 3, aujourd'hui le théâtre, quoique d'un moindre intérêt, en raison de la simplicité relative de leur composition, doivent être rangées au nombre des bons ouvrages de Lamour exécutés à l'époque où s'élaboraient, dans son atelier, les grands travaux de la place Royale (1-52-1759.

Tout en s'occupant des nombreuses fondations qu'il créait, non seulement à Nancy, mais dans toute l'étendue de son petit Etat, Stanislas portait son attention sur les travaux qu'entreprenaient les particuliers. C'est ainsi que nous avons trouvé dans les comptes de son trésorier une somme de 3.5o8 livres 14 sols 7 deniers, attribuée à son serrurier ordinaire pour « ouvrages en arraignées et autres posés sur les façades de divers particuliers situées sur la Carrière ». Ces « ouvrages en arraignées » étaient probablement les grilles légères qu'on posait au-dessus des portes d'entrée. Il y en a de charmantes, où la fantaisie de Lamour s'est plu à enrouler des feuillages et des fleurs autour d'élégantes arabesques. Citons surtout celles des maisons n" 17, 18, 20, de la rue de la Prlmatiale, à l'entrée de laquelle Lamour avait son atelier, dans la vieille petite église de la Primatiale première, celles des maisons de la rue Montesquieu, n"' 9 et II. Il y en a beaucoup d'autres répandues dans la ville neuve; mais la plus belle de toutes est celle qui se voyait à la porte de l'hôpital des frères Saint-Jean-de-Dieu, rue Sainte-Catherine, 5, et que son propriétaire actuel a fait polir et encadrer, la considérant, avec raison, comme un objet d'art exquis. Elle est placée dans ses appartements intérieurs.

Mais c'est trop nous arrêter devant ces menus ouvrages de Lamour, simples délassements d'un artiste fécond en inventions gracieuses, sous la main duquel le fer devenait souple comme un roseau. Il est temps d'en venir aux grands travaux qui tirent du serrurier du roi de Pologne un maître Irors pair en son art.

COCIiONNKMENT DE GRILLE.

Projet gravii dans lu Recueil des ouvrages de Jean Lamour.

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