D’AREZZO, PIERRE
pierre- Les cierges brûlent sur l’autel et monsieur lo cure s'apprête.
d’arizzo. Bien, mon garçon... Madame Geneviovo doit être près d'ici. .. Je vais audevant d’ello, et lâchez de vous consoler.
PIBKRK, l’accompagnant. Ça no se peut pas.
d’arezzo. Lo temps vous viendra eu aide...
pierre, à part. Y disent tous ta mémo chose.
d'arezzo. Adieu... et meilleure chauce.
piekrr. Merci. (I/Arexzo tort.) pierrb, seul. Et moi aussi je d’vrais aller entendr’ c’te messe. . . mais je n’en ai pas 1’ courage. . . . Quand j' vois tu’amo Geneviève. . . avec sa robo noire, ça me... j' va aller m’ promener sur l’ bord d’ l’étang, j’ cueillerai d’ la jonc et j’ pécherai d’ l'ec révisa©... ça tuera lo temps. C’est pas quujo sois 1b ou ailleurs, ça ne change rien h ma peino... j’ai beau tourner, j'ai beau choisir... Comme ou dit dans nut’ nietier, à deux sous I* sabot ça fait toujours quatre sous la paire. . . C’e*t égal, j’ vas y aller tout de même. (7f va décrocher du mur à droite un petit râteau à écrevisse , on entend Jean-Claude en dehors.) Ohé!... Pierre 1... uhé!... Pierre !... (Pierre stupéfait.) Sainte Vierge! j’ai entendre commo la voix. .. v'Ià maintenant les mauvais esprits qui m’ tracassent. ..
SCF VF V
PIERRE, JEAN-CLAUDE. jean. Il y a donc personne? (loyanl Pierre.) Mais si... t'es donc dev'uu sourd d’puis 1' mots passé... loi. Pierrot ? f
pierre - Jeau-Claudo !... C'est-y bon loi!... jean. C'est ben moi. . .
pierrk. Les Autrichiens l'ont donc pas tué?
jean . Pas tout à fait, ils l'croyaieiil beu, va, et tnoi aussi.
pierre, les deux wuinssurifjyenouj.Qiiui!
t’es pas mort?
jean. Eh ! non! puisque j’to tends 1rs bras.
pierre, jette son bonnet rn Cuir. Ah ! mou vieux Jean-Claude. ( Il court dans scs brus.)
jban . Ah çà, dis-moi, tout le monde ! Geneviève! ma fille?
pierre . Geneviève ! (7f hésite. ) jean. Eh bien?
Pi BIIRR, vivement . V’Ià déjà quiozo jours qu'la pauvre femme a pris ton demi.
jean. Pauvre Geneviève f Comme elle a dû souffrir. . .
pirerb. J'croi* qu’air «‘rail morte, ai ail □'avait pas eu safillo.
m*. J’pensais ben qu’ici bous pleuriez Jean-Claude.
pierre. Nous avons trouvé tavoste qu’était percée de quinze balles.
jeam. Hrias! mon ami, jTavais prèléoau général Itoger qu’avait perdu la «ionno dans lo rat in des ronces, et nousatteignions la vallée, quand les Autrichiens nous ont pris... On nous avait trahi Pierre, on leur avait donné nos signalements, commeils nous l’ont bien dit.
pierre. Qm ça donc?
isam. Oh! j’ m'en doulo bien... un espion qu'était caché chez moi ben sûr.
pi hr hk . Ça s* pourrait ben, cari’ soir de ton déparf, comme j’arrivais chez toi. ..
j ram. Eh bien T
pierre. J’ai vu un voyageur qu'en sortait...
et Geneviève m’a dit qu’ c’était un Vénitien qu’était venu pour y chercher.. .
j ram, vivement. Une valise oubliée?
Pi ru he Précisément...
sram . C’était lui. . le misérable! et tu vas ben I’ voir: les Autrichiensont commencé par se jeter sur nous, etaprè» nous avoir fouillés, ils nous ont donné cinq minutes pour pi ici Dieu ; l’genérala demande comme unogrftce au chef autrichien de lui dire si nous avions été vendus par un Français..* 1* chef lui a déclaré qu’ c’était un Vénitien qui nous avait livrés... pierui. Ce ta il ben luit j ram. Un sourire de consolation a ranimé le général I... qui a commandé le feu luimême, et qui est tombé comme un brave.
pierre. Et t’a vu ça. .. toi Jean-Claude?...
jean. Oui, Pierre, en attendant mun tour...
et taudis que j* faisais ma prière, j'ai i-nlcn Ju comme un grand cri au-dessus de ma télé.
PI BRRR, Quoi qu’ c’était qu’ ça ?
jean. C que c’était., . C'était les Français qu’étaient accourus au bruit de la fusillade. pirrrr, se frottant Ut moins. Ah! ah I ali !
jbam. Oh ! mon ami. si t’avais vu ça. .. les Français sont tombés sur IV Autrichiens comme l’avalanche. On aurait dit qu’ la montagne était en feu. . . ça grondait plus fort que l’ tonnerre.. .c’était plu? beau qu’la tempête, mais il m’a semblé tout à coup qu’ la cascade des saules m’ tombait sur la tùle... et j’ n’ai plus rien vu, rien entendu. — Qu’éque jours après, j'étais dans l’ camp français, où l’on m’avait porté; un chirurgien avait ôte de ma blessure une balle qui m'avait meurtri la poitrine, et l’on disait à côté de moi, que l* général en chef Bonaparte n’avait pu r’tenir une larme, en apprenant la mort du général Itoger.
pi r un k. Et le Vénitien, le traître?
jean. On ('cherche encore... j’ai bien dit que j’avais vu le nom de Luidgi écrit sur sa valise... maisil parait que Ludgic’n’etl qu’un nom d' baptême... enfin ou bout de quinze jours j'étais guéri... j’avais retrouvé toutes mes force?, celui qui commandait, un grand qui s'appelle Ma?séna, me demanda ri j’voulnis continuer la guerreavec lui, mais je n'pcnsais qu’à Geneviève.. an ina fille... à toi... Et je m’suis mis en route... j'ai toujours couru d’puis deux jours... et j’avais d’jà tourné l’grand lac , quand j’ai entendu d’loin la cloche do Saint-Martin, alors je me suis dit. ..c’est PTil-Pierre qui m’appelle; au lieu d'suiv’ la route... j’ai pris l’sentior d’Ia croix !.. jVai vu...jYai embrassé#.. et maintenant je m’sauvopourconsolcr Geneviève, prendra ma flotte sur rues bras.., et rire ou pleurer d’joie tout à mon aise. (71 court à la port* . ) riKRRR. Attends!,, (a part) il faut d'abord qu’il sache...
j ram, retenant. Attendre! oipourquoi?
pi c rr p.. l'arcc que... tu sais qu’on dit loujoui squesi les morts rev'naicnt, y trouv'raient
beu du changement. Il s’est passe bien des choses pendant qu' t’étais pas là.
JEAN LF. COCHER.
jeam, arec épouvante. Quoi donc?
pierre. Ecoute moi bien.
jeam, acre inquiétude. Je t’écoute...
pif rh k. D’abord tu sais... c’est-à-dire non, tu n’sais pas quo Geneviève a été retrouvée par sa famille ?
jeam. Vraiment?..
pierre. Oui, in’nami, ses père et mère qu’étaient dos nobles dTItalio sont décèdes depuis ben longtemps, niais un oncle qui lui restait a trouvé rcoHier d’son enfance... et le joaillier de Chambéry qu’il a fait questionner a raconté tout c’qui savait...
jbam. Et alors?
pierre. CYonclo qui n’avait pas d’enfant et qu'est mort Pimus passé, a laisse par testament toute sa fortune b Geneviève.
jean. A Geneviève?..
rinniiE. Et l’on dit qu’il était l’plua riche de Fondre... mais cooimo elle est comtesse ou marquise, mn. Marquiso 1..
meure. K y a mis une condition que... que...
il y a mis la condition... que...
JEAN- Eir quitterait... Jean-Claûde?
pierre. Tu l’savais?
jeam, fait un pat et tombe sur un escabeau avec douteur. J'crois que l'eiel me l’disait par avarice... d'puis qu'Goncviève est ma femme... j’ai toujours craint c’oialheur-U. {jdPierre). Et Geneviève cil’ sait tout ça...
pierre EU’ savait ça ben avant ton départ.
j ban. Gomment?..
pibrbe. Oui. . . ou était venu pondant quYélais sorti... lui apporter l'testament, et lui conseiller de partir... mais Geneviève etl* avait répondu., . je suis la fille d'adoption d’Ia mèrp M-muuno, ci la femmo de Jean-Claude, sans lui j'perirais dans un palais.. . et j’suis heure us' avec lui dans la maisonnette, parco que son affection... c’est d’là richesse... on n'ebange pas i bonheur contre la fortune-.. allez... et ne r* venez jamais.
jean. Elle avait dit ça?..
pierhk. Mais ils revenaient toujours... si bien que Geneviève voulait quo nous parlions tous pour s'cachcr d'eux ... mais t'es pas r’venu, on r’troiivnii bientôt la veste en lambeaux dans la vallée, on disait qu’on avait fusille lo général Cf Jean-Claude Ihibaut son guide... tous les cousins d'Geneviève l'apprenaient aussi d’ieu côté... si bien qu’ils sont venus pour l'emmener...
jeam. Ils sont venus?..
pierre. Parce quo la mort défait tous les mariages... Ils l'ont trouvée ben pâle ei ben malade la pauv’femme ; mais ces gens-là, qu'ont des carrosses, ils ont ou bientôt fait d’aller jusqu’à Chambéry lui chercher un médecin d’Ia ville qu’a pris soin d’elle. . . et voilà, Jean- Claude, comment qu'les choses s’sont passées tandis qu’ l’ c ta is par là... (âfiamtaf it www.) Mais, Dieu soit loué!... Jean-Claude est encore bien d’ee momie, Geneviève va r’premli’ la quenouille; restez avec nous, renvoyez le* cousins... et ('grand héritage... ( A Jean.) Un n’en r’parler# plus, n’esi-ce pas donc?...
: Silence de Jean-Claude.) J’ai voulu... qu’lu saches tout ça avant qu t’arrive à la maison, cl maintenant si tu H veux bien, j’vas t’accompagner... et nou? allons y aller tous les doux. J* dis... nYalloos y aller tous les deux...
JEAN, lui tendant la main. Adieu, Picrro I pierre. Ou? que tu vas donc?
jran. KTrouver la guerre... etl’canon d’la bataille... Adieu !
pierre, fe retenant. Jean-Claudo!...
jbam, t'animant. Est -ce que tu no voisque j’suts maintenant d’trop dans Pmondo? Est-ce que j'puis r’parattre auprèsd'Generièvc?e*t-ce que je peux lui ôter In fortune et peut-être la vie, pour lui rendre la pauvreté et l’travail qui In tiieiaienl maiiitenanl...
tfpRKE» Mais!...
iras. Ft m petto blessure que j’ai reçue
■'rouvrait, si je «'pouvais pli» travailler d*ro«*
bras. . faudrait donc que j'voio Geneviève, Hier i Gère dépouillée, gratter la terre pour me nourrir ?
pierre. Le fait est qu’ça... mais t’es ben
guéri...
jeam. J'en suis pas ben sûr... et puis la grêle et l’orage .. ne peuvent-ilf pas encoretomber du ciel?... et crois-tu (ni’aojourd’hm qu'Genovièvo a vu passer la fortune «Tfant elle... j’pourrais encore lui dire : Alton*, femme! mets ta flotte sor ton dos... l'iemp* est dur; mais la terre est grande; viens. et nous trouverons toujours ben k gagner un morceau de pain.. . Non ! ça ne s’peut plus, p’tit Pierre... en rentrant dans la maison d'ma mère... j'y s’rats pt’élre la misère, moi. le froid, la faim...
pif.rrr. Et qui t’dil qu’la richesse fra le bonheur de Geneviève... crois-tu qu’avec une maison pleine d’or... elle ach’toratl une amitié comme la tienne?
jeam. Oh ! non !
pierre. Et tu l’sais ben... contentement passe richesse.
jean. Oui I c’est vrai... t’as raison.
piehrk, cherchant à l'entraîner. Viens,
Jean-Claude... viens trouver Geneviève.
j F. an. Mais si je r'paiais. .. la fortune est perdue pour elle.
pierre. Qu’importe? •
jeam. Et si not’ pauvre flotte qu’est si mignonne, v’nait h mourir, peut-être bien qtir Geneviève se dirait tout bas, en la cooclwu dans la terre , que notre opulence fâer*ii sauvée... et alors, moi! vois-tu, je m’ttierai* d’mes mains et j’comtuei trais un criuxM. .... mieux vant que j’imure bravement en disant :
Vive la France ! — Adieu, Pierre.
pierre. Attends-moi... j’vas te conduire...
ben loin... ben Inin... et p’t-ôtre ben... que tu changeras d’idée.
jban. Viens!
pierre, quia ouvert la porte. Attends 1
jean. Pourquoi?
pierre. Geneviève qui sort de l'église...
jêax. Geneviève!
pierre. Elle était venue entendre la mrssc... et peut-être bien qu’elle va entrer ici.
jrAS. Mon Dieu ! où me cacher?
r-irnnE, lui désignant U petit appentis. Li . Jeun.
jeam. El quoi qu’jl arrive, ne dis pas...
pi p r re, fermant la porte. Rien... je nYai pas r'vu. Suinte Vierge, conseillez- nous.