LE COMTE, MOREL
le comte Üh bien! Morel?
morel. se levant. Eh bien! monsieur le comte, tirez-vous do là si vous pouvez. (//
f revd son chapeau.) Quant à moi , j’ai bien honneur de vous saluer.
le comtr. Oit allez-vous?
moiiel. Hâter la présentation de mon bon do 512,000 francs.
le comte. Attendez, vous ne savez donc pas qu'en m’accablant vous vous perdriez aussi?
moiiel, pris de la porte du fond . Pourquoi, s’il vous plaît?
i.k comte Parce que j’ai dû m’arranger pour qu'il en fût ainsi, n o fi ll, menant. Comment, comment?
le comte, à demi-roùr. Vous ne devez une fortune acquise eu une année qu'à ma protection. Vous n’avez fait de si énormes bénéfices que parce que moi, depositaire d'importants capitaux, jo me suis servi de vous pour des opérations illicites que je no pouvais faire moi môme... et j’ai eu foin de vous rendro si bien responsable... que ma ruine vous conduirait tout droit en cour d'assises.
morel. Mais c’est an guet-apens!
le comte. Non, c’est de la prévoyance. ..
iionri., furieux. Mais vous êtes un coquin, tous!
le comte. Pardieu ! vous en ôtes bien un antre, et je vous le prouverai tout à l’heure. Mais nous n'avons pas lo temps de nous faire des compliments, il s'agit d'abord de nous tirer «Tombai ras.
Mt rel. Vos embarras no sont pas les miens, vous m'aVCZ souscrit une obligation qui ne relate rien de nos rapports; elle est parfaitement en régit?. (/| xeut sortir.)
le comte, lui tarranf le passage. Jo vous l’ai souserito au nom de Morel, c-t vous no vous appelez pas Morel.
morel. Moi!
lb comte. Vous qui n’avex pris ce ndm qu'a près vous être échappé de Florence, où vous deviez être jugé comme faussaire.
morel. Quoi! vous saviez...
lb comte. Que le jour où vous voudriez me nuire, je pourrais vous livrer à l’envoyé de Florence qui me débarrasserait de vous.
morel, changeant de ton. Si cela devait arriver, monsieur le comte, je m'attacherais si bien à vous que nous serions .peut-être compromis ensemble.
le comte , très-calme. Et jo crois que nous forons bien do nous entendre pour ne l’être ni l’un ni l'autre.
moiiel. Voua avez raison; que voulez-vous tenter?
le comte. Tout ce qui pourra nous sauver.
(A demi-rot*.) Dire... Morel! que j'ai vu Jeanne... ma belle fille... mourante. condamnée par les médecins.
mohbl. Après elle , vous auriez eu à compter avec ses héritiers.
le comte. Je suis par contrat son héritier, son légataire.
morel. Oiiblel vous avez frisé lo brelan carré.
le comte- Avec lequel je faisais sauter toutes les banques 1 Mais le jeu n’est pas venu , et maintenant il faut trouver des combinaisons... Si vous vous attachiez aux pas du colonel... si une querelle. .. un duel...
mohbl. Non, merci! Il me tuerait peul-Clre; et j’aime beaucoup la vie. Mais on pourrait à l’aide du mensonge et de la calomnie...
le comte, l'interrompt. Je m’en rapporte à vous; chargez-vous du colonel. Moi, je tiendrai demain ma belle-fille en ma puissance.
morel. Demain, elle sora loin d'ici.
le comte. Ijoin d’ici?
morel. Sa mère doit l'éloigner ce soir, si ce n'ost déjà fait.
le comte. Qui vous l’a dit?
morBl. Je lo sais, et jo puis vous en convaincre.
le comte. Comment?
morel. D'abord, qu’est-ce qu’un nommé Ambroise, qui demeuro à Chail’ot?
le conte. C’est un ancien serviteur do la comtesse, que j’ai chassé parce qu’il Su croyait le droit do la défendra...
morel. Madame la comtesse a conservé des relations avec lui, car elle venait do vous quitter à peine, qu’elle lui écrivait une lettre. lf. comte. Qu’est-ce que cela prouve? * morel, lui donne une lettre. Lisez sa lettre... et vous le saurez.
le conte. Comment est-elle entre vos mains? morel. Parce qu'un de vos domestiques que madame la comtesse avait chargé de la jeter à la poste... me l’a vendue, tandis que je faisais antichambre.
le comte, furieux. Quel est celui de mes gens. ..
morel. Que vous importe!.’.. lisez d’abord, vous vous fâcherez après.
simon. entrant et mettant un flambeau allumé sur le nifuèlc.ri’ardon, monsieur Morel. le comte. Que voulez-vous !
siwon. C’est un cocher que monsieur Morel a laissé à la porto de 1’hôiel, qui demande si monsieur Morel a encore besoin de ses services. morel. Qu’il attende, jeparlirai bientôt.
le comte. Non ! qu'il parte. (2?a».) J’ai besoin do vous... cette nuit, les heures sont précieuses.
morel, à demi-voix. Mais l’on m'attendra chez moi 1...
le comte. Faites prévenir. (/I ra s’asseoir pris de la table en examinant la lettre.)
moiiel. Oui.. . et précisément cet homme.. .
(A Simon.) co cocher où es -il?
SIMON. Tans l'antichambre.
morel. Faites-le venir. (Aïmomorf. Morel se rassied sur la causeuse.)
lecomti, lisant. Am braise, rue des Batailles,
à Chnillot. (Parlant.) Oui, c'est bi*n IV criture do la comtesse. (Jl ouvre la lettre et la parcourt.)