SCÈNE II
Les Mêmes, LA COMTESSE.
la COMTESSE, entrant par te fond. Simon !...
ma fille a besoin de vos services...
jran, à part. La comtesse!... (Il ôte son chapeau et U garde à la main.)
simon, à la Comtesse. Vous êtes sans doute étonnée, madame, de voir cet homme dans le salon... c’est par ordre de tnonsiou rie comte. (71 *orf.)
JEAN LF. COCHER.
la comtesse, après avoir fermé là porte du fond. Nous sommes seuls... Jean-Claude.
jean. Imprudente !
la comtesse. Monsieur le comte a été, contre son attente, appelé au trésor. jean. Il peut revenir et nous surprendre.
la comtesse. On le guette, nous serons prévenus.
jean. Si l’on nous trahissait?...
la comtesse. Celui qui veille ne me trahira pas.
jean, avec instance. Parlez, je vous en conjure... moi, je n’ai confiance en personne.
la comtesse. Et si c’élait Potit-Pierre?
jean. Lui!
la comtessr. Lui qui a su pénétrer jusqu’à moi, lui qui veille d’un côté, tandis qne votre fille veille de l’autre.
jean. Ceux-là nous serons fidèles... (Ils descendent la tcbie.)
la comtesse. Et je veux profiter de cette heure où je peux vous voir sans témoins, parce que, avant de m’inquiéter de l’estime du monde, il mo faut celle de Jean-Claude...
jean. Madame!
la comtesse. Pendant bien longtemps, je le jure... quoique ayant en mps mains la preuve de voire mort, je vivais comme dans un rêve insensé... attendant on impossible retour, et regrettant toujours la seule richesse de l'âme, l’affoclion, la confiance ; regrettant le bonheur, enfin !... mais les jours ont usé mon espoir et gravé la réalité dans mon cœur. Au bout de cinq années, je vis quo l’avenir de ma fille était menacé... et à cause d’elle seulement, je fus forcé de me sacrifier et d’accepter le nom d'un autre.
jean, Vinterrompant. No cherchez pas à vous justifier, madame, je sais quels ont été vos regrets, vos douleurs.
la comtesse. Vous!
jean. Moi, qui miraculeusement sauvé, accourais auprès de vous, quand j’ai appris qu’ ma présence allait vous arracher le*^ titres et les biens d’ vos pères... et le jour où vous êtes Tenue désolée faire vos adieux à notre ami Pierre... Jean-CIaudo caché, ne pouvant plus contenir son cœur, allait peut-être se jeter à vos pieds, lorsque vous avez dit que peutêtre l’opulence sauv’rait votre fille ;alors Jean- Claude, qui avait trouvé la force d’ garder 1’ silence... s’est évanoui de douleur en laissant passer la veuve et l'héritière.
la comtesse. Malheureux!... si tu savais ce quo la richesse m’a .causé de tourments... ce que l’envie m’a créé de haine... ce qu’enfln, j’ai souffert tous les jours I...
jkan. Moi aussi, j'ai verso bien des larmes... mangé du pain ben dur., et compté d' cruelles heures, mais la Jeannette a été garantie d’ la bise d’automne et des grands froids d’hiver... et tandis qu* sa mère regrettait, tandis qu’ son pèro se traînait blessé sur un champ d’ bataille... la flotte all’a grandi sous un plus beau soleil.
t. a comtesse. Et c'eal pour elle quo tu as accepté seul, l’ isolement et la misère ; pardonnemoi d’avoir accusé ta force et ton courage... toi, le seul époux do Genviève. toi le martyr qu’elle pleurait en silence. (Elle s’appuie en pleurant sur ion épaule.)
jean. Geneviève. (Avec fermeté après avoir essuyé tes yeux.) Maintenant , madame la comtesse, voici ce qu’il faut faire... Si monsieur le comte pouvait s'assurer de l’eiislence de votre premier mari, il voudrait vous flétrir et il y réussirait peut-être, car on interpréterait mal uno résignation qui vous a conservé la richesse... mais cela ne peut arriver ; quand j‘ai suivi les armées plutôt pour mourir que pour faire la guerre, j’ savais que le uom de Thibaut révélé, pourrait vous ruiner en une heure, et je me suis engagé volontaire tous le nom de Jean, l’enfant du hasard... je n’ai jamais prononcé l’ nom d* ma mère, il n’y a plus
do Jean-Ctaude Thibaut... quoi qu’il arriro* vous ne me connaissez pas... et vous êlea veuve...
la comtesse. Oui, mais Jean le Montagnard a sauvé ma fille... et j’aurai le droit de le voir.
jean. Quand il sera bien prouvé quo Jeau Thibaut n'est plus de ce monde.