‹ Jean-Louis-Ernest MeissonierChapitre 4 sur 5 · SECRÉTAIRE PERPETUEL DE L'ACADEMIE DES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

SECRÉTAIRE PERPETUEL DE L'ACADEMIE DES BEAUX-ARTS

Messieurs,

« La louange, a dit Bossuet, languit auprès des grands noms » : nous ne l'oublierons pas devant ce cercueil. L'entreprise serait superflue, — elle semblerait presque profane, à l'heure et dans le lieu où nous sommes, — de vanter l'incomparable talent et d'expliquer la renommée universelle du confrère dont la mort vient de nous séparer. Les œuvres qu'il a produites pendant plus d'un demi-siècle suffisent du reste pour justifier sa célébrité : il convient aujourd'hui de ne parler que de nos regrets. La mort de M. Meissonier enlève à l'Académie des Beaux-Arts un des membres dont elle était le plus fière, un de ses doyens par la date de

l'élection, le président enfin qu'elle s'était donné pour l'année où nous entrons à peine et que deux autres deuils, hélas ! ont déjà si profondément attristée.

De quels exemples d'ailleurs, de quels encouragements au travail, à l'effort constant vers le mieux, la fin d'une vie aussi opiniâtrément studieuse ne prive-t-elle pas notre école! Oui, c'était une grande et profitable leçon que celle de cette vie toute de dévouement à l'art et aux plus sérieux devoirs de l'artiste; de ce talent si sûr, qui pourtant ne consentait jamais à compter d'avance sur lui-même; de ce maître enfin qui, au lieu d'exploiter au jour le jour sa situation acquise, travailla jusqu'au bout avec la même ardeur, avec la même inquiétude, que s'il eût eu encore à se faire un nom. Quiconque a vu de près Meissonier sait quels étaient ses scrupules et sa probité en toutes choses; quelle infatigable loyauté il apportait dans ces études partielles qu'il multipliait sans compter avant d'en combiner les résultats dans une œuvre définitive, et, cette œuvre une fois en cours d'exécution, quels nouveaux efforts ou quels sacrifices il n'hésitait pas à s'imposer pour en préciser plus rigoureusement la signification

intime ou l'aspect. C'est que, si sensible qu'il pût être au succès, il était plus avide encore de la perfection. Il la voulait à tout prix, il la poursuivait, jusqu'à ce qu'il l'eût atteinte, avec une énergie intraitable, et l'on peut dire sans exagération que chez lui le besoin de satisfaire sa conscience était au moins égal au désir d'attirer l'admiration d'autrui.

Voilà surtout ce que nous avons le devoir de rappeler ici. Meissonier laisse après lui bien des chefs-d'œuvre; mais il laisse aussi des souvenirs personnels dignes de tous les respects. Pour nous, Messieurs, qui l'avions successivement rejoint à l'Académie, où il était entré en 1861, pour nous qui nous sommes trouvés, pendant plus ou moins d'années, les témoins rapprochés de sa vie si laborieuse et si féconde, nous serons unanimes pour rendre, du fond du cœur, hommage à sa mémoire et pour vénérer, avec la fidélité qu'il commande, le nom de celui qui a été, en même temps qu'un praticien prodigieux, le plus difficile envers luimême et le plus consciencieux des artistes.

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