SOSTHÈNE LANDRY
Au bout d'un instant, voyant ses auditeurs disposés. à l'écouter, la grosse voix du marin retentit au milieu d'un profond silence.
— Messieurs, dit-il, je dois d'abord vous dire mon nom : je me nomme Antoine-Sosthène Landry.
— Landry ! fit Jacques Grandin.
— Oui, mon lieutenant, je suis Landry; vous ne me reconnaissez pas, et pour cause; mais c'est bien moi, Sosthène Landry, ex-lieutenant des francs-tireurs des bois du capitaine Lagarde, moi que vous avez vu à la ferme des Ayrelles et que vous avez rencontré dans une rue d'Orléans. Le même jour que vous, mon lieutenant, j'ai été décoré...
Et, relevant le large revers de sa veste de marin, Landry laissa voir la croix de la Légion d'honneur attachée à son ruban rouge. Il reprit :
— Je suis né au Havre le 25 avril 1833. En 1848, j'étais depuis dixhuit mois mousse à bord du Téméraire. Je ne vous raconterai point le
Il ne se trompait paa, en effet, car, une heure plus taid, la terrn étaAl er) vue (page 955).
naufrage de ce navire marchand: on peut lire le récit de cette catastrophe dans tous les journaux de Tépoque.
Nous venions de Batavia et nous nous dirigions vers la France. Le cap de Bonne-Espérance était doublé et nous voguions en plein oréan Atlantique, à une dizaine de lieues des côtes de l'Afrique équatoriale, lorsque nous fûmes subitement assaillis par Teffroyable tempête qui jeta le bâtiment sur une chaîne de récifs. Ouvert d'un seul coup dans toute
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sa longueur, on n'eut pas le temps de recourir aux moyens ordinaires da sauvetage. A peine avais-je eu le temps, moi, de joindre mes mains et de jeter en pleurant ce cri : « Adieu, ma mère! »
Le navire avait coulé et tous les hommes de l'équipage se débattaient au milieu des flots écumants, cherchant encore à échapper à la mort.
Bon nageur, je luttai pendant un instant; mais les forces me manquèrent; mes membres s'engourdissaient, j'allais être submergé, lorsque, tout près de moi, une voix me cria :
« Courage, courage ! »
Gela me ranima un peu et j'usai ce qui me restait de force dans un dernier efiPort. Je ne pouvais plus lutter contre le terrible élément ; je me laissais couler lorsque je me sentis saisir par une main puissante. « Pense à Dieu et à ceux que tu aimes ! » me dit mon compagnon.
Ranimé de nouveau, je m'accrochai d'une main au vêtement de l'homme qui nageait avec une vigueur merveilleuse, et, pour le moins fatiguer, je me soutins à son côté en nageant de mon bras libre. Souvent culbutés par les vagues, deux fois je lâchai prise; mais, ayant juré de me sauver avec lui, si la chose n'était pas impossible, Tintrépide nageur me ressaisit.
Mais qu'espérait-il? De qui attendait-il du secours?
De Dieu, m'a-t-il dit plus tard.
La Providence divine veillait sur nous.
Tout à coup, une lame nous enleva sur sa crête et nous jeta sur un corps dur dans lequel, au bout d'un instant, nous reconnûmes un radeau.
Oui, messieurs, un véritable radeau, construit un mois peut-être auparavant par des marins en détresse et abandonné en pleine mer.
Mon compagnon poussa un cri de joie suprême, puis il me prit dans ses bras et m'embrassa.
Au bout de quelques heures, la tempête se calma peu à peu et la mer devint moins terrible.
Le jour succéda à la nuit sombre; alors, dans l'homme à qui je devais la vie et que je croyais être un matelot du Téméraire, je reconnus le passager qui s'était embarqué sur notre navire à Batavia.
« Gomment t'appelles-tu ? me demanda-t-il.
» Sosthène Landry.
» Landry, mon ami, remercions Dieu qui nous a miraculeusement sauvés ; remercions-le, car il achèvera son œuvre : nous reverrons ceux que nous aimons. »
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— Tous deux à genoux, les mains jointes, les yeux tournés vers le ciel, nous fîmes notre prière.
Nous avions encore au-dessus de nos tôtes de grands nuages noirs ; toutefois, le soleil se montrait de temps à autre.
Après avoir longtemps examiné la direction que suivaient les nuages et consulté une petite boussole qu'il avait dans sa poche, mon compagAon me dit :
« La tempête ne nous a pas considérablement éloignés de notre route; si je ne me trompe, nous ne devons pas être loin de la côte africaine. »
— Il ne se trompait pas, en effet, car, une heure plus tard, la terre était en vue.
Poussé vers la côte par le courant de la marée montante, notre radeau alla échouer sur le sable. Le lieu était désert. Nous ignorions absolument oii nous nous trouvions ; assurément sur la terre d'Afrique ; mais sur quelle côte? Nous sûmes plus tard que la mer nous avait jetés sur la côte des Esclaves.
Nous mangeâmes des coquillages pour apaiser notre faim et, étendus sur le sable, nous fîmes sécher nos vêtements.
La soif se fit sentir. Nous nous enfonçâmes dans les terres et, après deux ou trois heures de marche, nous eûmes la joie de rencontrer un petit cours d'eau. Nous nous désaltérâmes avec délices ; nous fîmes notre repas du soir, composé de fruits trouvés sur notre chemin, puis, la nuit approchant, nous nous couchâmes au pied d'un magnifique palmier pour dormir et nous remettre de nos fatigues.
Le lendemain, aussitôt le jour venu, nous nous remîmes en marche, remontant le cours de la rivière. Nous avions hâte de sortir du désert, de rencontrer des êtres humains, blancs ou nègres, de nous trouver enfin dans un lieu habité. Mais cette journée et la suivante se passèrent sans que rien nous eût fait soupçonner le voisinage d'un pays habité. Le troisième jour, nous continuâmes notre marche en avant dans les terres. Dans l'après-midi, comme nous nous reposions à l'ombre, la chaleur étant étouffante, un bruit de voix arriva soudain à nos oreilles.
« Des hommes! s'écria M. Paul. »
— Il m'avait dit qu'il s'appelait ainsi.
Nous nous dressâmes debout. Une troupe de deux ou trois cents nègres, armés de piques, de massues, quelques-uns de vieux fusils à pierre, n'étaient qu'à une faible distance de ûous.
(( Ce sont des sauvages ! » murmura M. Paul, ayant l'inquiétude peinte sur son visage.
Les nègres, — c'étaient des Achantis, — nous aperçurent et nous entourèrent en poussant toutes sortes de cris et d'exclamations. Nous nous attendions à être massacrés. Mais ces redoutables sauvages ne sont pas toujours cruels et sanguinaires.
Ils s'emparèrent de nous sans nous faire aucun mal et nous emmenèrent prisonniers dans leur pays.
Notre captivité fut dure, très dure dans les premiers temps. Devenus esclaves, on nous forçait à des travaux au-dessus de nos forces ; souvent on nous maltraitait, et nous de\4ons vivre presque exclusivement d'une sorte d'escargot dessécàé, qui est la base de la moïimtïxre chez les Achantis.
Cependant, M. Paul ayant appris rapidement la langue du pays, nos maîtres, étonnés, commencèrent à se montrer plus doux. Bientôt, par son grand air, sa douceur, sa grandeur d'âme, les conseils qu'il donnait, les travaux ingénieux qu'il exécutait, M. Paul imposa le respect et l'admiration aux Achantis.
Le roi Quakou-Dah entendit parler de nous et demanda que nous lui fussions donnés. Nos maîtres ne pouvaient rien refuser à Quakou-Dah; nous fûmes conduits à Gomassie, capitale du royaume, et présentés au roi.
Ce prince noir nous accueillit avec bonté, et, après avoir causé pendant plus d'une heure avec M. Paul, il fut tellement enchanté, qu'il nous déclara que nous n'étions plus esclaves ; mais qu'il nous garderait dans ses États, près de sa personne, pour apprendre avec M. Paul à gouverner son peuple, comme les rois d'Europe gouvernent leurs sujets.
M. Paul devint ainsi le conseiller du roi Quakou-Dah, fonction à peu près équivalente à celle de premier ministre.
Quant à moi, messieurs, je restai également à la cour du roi, attaché à la personne de M. Paul, qui me conféra, en souriant tristement, le titre de secrétaire intime de M. le conseiller.
Conseiller ! M. Paul l'était réellement, car Quakou-Dah ne faisait plus rien sans l'avoir d'abord consulté. Ses avis étaient écoutés avec déférence et presque toujours suivis. Maintes fois la douce et persuasive parole de M. Paul arrêta des actes de barbarie et empêcha de sauvages hécatombes humaines.
Nous espérions — je dis « nous » quand je devrais dire « M. Paul, » car moi je n'étais rien, — que pour prix des services rendus, qu'en récompense de l'instruction donnée aux fils du roi par son conseiller, Quakou-Dah nous rendrait la liberté, en nous faisant conduire à la frontière sud de son royaume.
De là, en traversant le pays des peuplades placées sous le protectorat de l'Angleterre, nous pouvions facilement, sans danger, en moins de quinze jours, arriver à Gape-Goast, qui est la capitale des possessions anglaises à la Côte d'Or.
Malheureusement, le roi ne voulut jamais comprendre les raisons que M. Paul faisait valoir pour quitter l'Achanti. Il n"'admettait pas que nous pussions avoir le désir de revoir la France quand nous avions le bonheur de vivre à Gomassie, près de sa royale personne; il n'admettait pas non plus qu'il pût y avoir dans notre cœur d'autre affection que celle que nous lui devions.
Souverain absolu, despote et tyrannique, et bien qu'il nous eût affran. chis, Quakou-Dah, comme vous le voyez, ne cessait pas de nous considérer comme ses esclaves. Gonvaincus qu'il ne nous rendrait jamais la liberté, un jour, dans la sixième année de notre captivité, nous tentâmes de nous échapper. Mais, à trois heures de marche de Gomassie, nous fûmes arrêtés et ramenés triomphalement dans la capitale. Il paraît que nous avions commis un grand crime, car aussitôt les chefs s'assemblèrent sous la présidence du roi pour nous juger. Nous fûmes condamnés à mort.
Mais Quakou-Dah avait de l'amitié pour son conseiller; il nous fit grâce, à condition que nous ne ferions plus aucune tentative pour quitter ses États. On ne jugea pas que la menace de mort en cas de récidive était suffisante pour nous retenir à Gomassie; à partir de ce jour, nouv fûmes gardés à vue, nuit et jour, par vingt guerriers armés jusqu'aux dents.
De nouvelles années s'écoulèrent et d'autres encore. Nous pensions continuellement à notre chère France, à ceux que nous aimions et qui, nous croyant morts, ne nous attendaient plus !
Mais pouvions-nous espérer encore revoir la patrie ? Parviendrionsnous un jour à reconquérir notre liberté?
Hélas! c'était bien douteux.
Mais on a beau souffrir, être malheureux, on ne désespère jamais.
Gependant je voyais souvent M. Paul, mon maître et mon ami, en proie à un sombre découragement.
Quand il pleurait, je pleurais avec lui.
Alors, parla pensée, nous nous transportions en France. Je lui parlais de ma mère qui, devenue veuve quand je n'avais encore que trois ans, m'avait élevé avec tant de peine. Lui, à son tour, avec des larmes dans la voix et des sanglots dans la poitrine, me parlait de sa femme, de sa chère Lucy, et d'un enfant qu'elle avait mis au monde, un enfant
qu'il n'avait pas eu le bonheur de voir, qu'il ne verrait probablement jamais.
C'est dans une de nos causeries intimes que M. Paul me raconta son histoire; j'appris ainsi que l'homme à qui je devais la vie, dont je partageais la captivité, portait un des grands et beaux noms de France^ qu'il s'appelait le marquis Paul de Ghamarande.
Le baron de Simaise s'agita sur son siège avec un malaise visible.
— C'est un conte à dormir debout, dit-il en haussant les épaules, mais d'une voix qui trahissait le plus grand trouble.
— Écoutez, mon père, écoutez, lui dit Raoul d'une voix ferme et pleine d'autorité.
Landry reprit la parole.
— Je vais abréger, messieurs, afin de ne pas trop abuser de votre attention, dit-il. ^
Le roi Quakou-Dah mourut. Avant • de mourir, pris de pitié sans doute pour notre malheureux sort, il avait fait promettre à son fils, son successeur, de nous rendre la liberté. Cependant, ce ne fut que l'année suivante que le nouveau roi nous permit enfin de quitter Comassie et de nous diriger vers la Côte d'Or.
Nous arrivâmes à Cape-Goast, où nous fûmes -reçus à bras ouverts par les Anglais. On nous donna du linge, des vêtements et de l'argent. Après un séjour d'une semaine à Cape-Coast, nous nous embarquâmes pour l'Angleterre.
Nous ne fîmes que toucher terre à Portsmouth. Un navire français, prêt à partir pour le Havre, nous reçut n son bord. Il y avait avec nous six autres passagers, parmi lesquels se trouvait le célèbre banquier d'Amsterdam, M. Van Ossen. En entendant nommer le banquier, le regard de M. le marquis s'illumina. Il se rapprocha de M. Van Ossen et se fit connaître.
Le banquier resta un instant sa^s voix, pétrifié de surprise.
Enfin, il laissa échapper une exclamation et tendit sa mavii à M. le marquis. "
Ils s'assirent et causèrent en hollandais pendant au moins deux heures.
M. Van Ossen dut apprendre à mon maître des choses bien étranges, bien terribles, car M. le marquis était affreusement pâle; il tremblait de tous ses membres, et à un moment je vis des larmes jaillir de ses yeux.
N^us arrivâmes au Havre. C'était le 22 mai 18G9. Noas avions enfin
les pieds sur le sol français, après plus de vingt ans de captivité ou d'esclavage.
Je courus à la maison oii habitait ma mère. Plus de mère ! Elle était morte depuis cinq ans.
M. le marquis, qui m'avait accompagné, me dit alors :
« Landry, le malheur nous a unis; il a fait de toi mon ami, mon frère! Le malheur, quand il s'attache à l'homme, ne le quitte plus; il continue à nous poursuivre l'un et l'autre... Tu revenais en France joyeux, croyant retrouver ta vieille mère, ta mère n'est plus. Moi, je revenais en France, le cœur plein d'espoir, croyant y retrouver deux êtres adorés ; ils ont disparu et nul ne sait ce qu'ils sont devenus. J'avais en France une fortune, on me l'a prise.
» Mais j'en ai une autre en Hollande ; elle me servira, car j'en aurai besoin.
» Landry, nous sommes unis par le malheur; si tu le veux, tu ne me quitteras plus» »
— Je n'ai plus que vous à aimer, monsieur le marquis ! m'écriai-je. » Il me prit la main et me dit :
« Pour toi seul, Landry, je suis toujours le marquis fie Ghamarande. A partir de ce jour, pour des raisons que tu connaîtras plus tand, je prends un autre nom. Je vais agir, mais dans l'ombre, en me cachant. Jusqu'à nouvel ordre, Landry, toi seul et M. Van Ossen devez savoir qui je suis. Viens, Landry, viens ! ajouta-t-il. »
— Nous nous dirigeâmes vers la gare, où nous arrivâmes quelques minutes avant le départ du train pour Paris.
Messieurs, acheva Landry, vous m'avez demandé de vous donner des preuves que le marquis Paul de Ghamarande n'a pas péri dans le naufrage du Téméraire : ces preuves, vous les avez maintenant.
Le baron de Simaise se dressa debout, essayant encore de payer d'audace.
— Des preuves, cela? fit-il avec un dédain superbe, allons donc!... Nous venons tout simplement d'entendre raconter des choses ridicules, insensées!... Ah! par exemple, il faut le reconnaître, ce conte à amuser les enfants fait honneur à l'imagination de celui qui l'a inventé.
— Monsieur Sosthène Landry, dit le comte de Maurienne, nous avons écouté, vous avez dû le voir, avec la plus grande attention ; mais nous ne sommes pas encore convaincus.
Si le marquis de Ghamarande existe, pourquoi se cache-t-il? Pourquoi ne se montre-t-il pas ?
— Oui, oui, s'écria le baron qui, se sentant soutenu, redoublait
d'audace, pourquoi se cache-t-il? Où est-il, votre marquis de Ghamarande, que vous ressuscitez si facilement, oii est-il? Allons, qu'il se montre, je l'attends !
Le baron avait à peine achevé de parler, qu^une des portes latérales du salon s'ouvrit brusquement, toute grande, et le marquis de Ghamarande parut sur le seuil.
— Me voilà ! prononça- t-il d'une voix vibrante
Un « oh 1 » accentué s'échappa de toutes les poitrines.
On s'était levé, mais on restait immobile, les pieds comme cloués au parquet, les yeux fixés sur le marquis, dans lequel tous, sauf le baron, îeconnaissaient M. Lagarde.
Le marquis marcha lentement vers son frère.
Celui-ci poussa un cri rauque et recula épouvanté, la face convulsée, livide. Il avait le regard d'un fou, il tremblait, ses dents claquaient; cette fois, il était terrifié ; il avait peur, le misérable !
Le marquis paraissait très calme, mais il y avait du feu dans ses yeux.
Il s'arrêta devant le baron, les bras croisés sur sa poitrine,
— Monsieur le baron de Simaise, dit-il, vous m^attendiez, me voici; mais je ne vois point dans votre regard la joie qui devrait l'animer en me revoyant après une si longue absence... Est-ce que monsieur le baron de Simaise ne reconnaît pas le marquis Paul de Ghamarande, son frère ?
Allons, monsieur le baron, relevez la tête et osez me regarder en face !
Quand je vous ai quitté, il y a de cela vingt-cinq ans, je vous ai confié ce que j'avais de plus cher, de plus précieux au monde : ma femme, la marquise de Ghamarande. Vous m'avez promis de veiller sur elle et l'enfant qu'elle allait mettre au monde ; vous m'avez promis de la protéger, de la servir, de la respecter, de l'aimer... Eh bien, je viens vous demander comment vous avez rempli votre mission, comment vous avez compris votre devoir.
Baron de Simaise, qu'avez-vous fait de ma fortune? Baron de Simaise, qu'avez-vous fait de ma femme et de mon enfant? Assassin de Gharles Ghevry, Gain, qu'as-tu fait de ta sœur ?
Le baron laissa échapper un nouveau cri étranglé, cacha sa figure dans ses mains et se courba comme écrasé.
Le marquis le saisit à l'épaule et le força à se redresser.
— Regarde, lui cria-t-il d'une voix stridente, regarde ! Ah ! lu ne
L'Italien entra silencieux (page 966).
LiV. 121. — JEAN LOUP,
Liv. 121.
peux plus nier te? rrirur^s! Vnil4 deiiz de tes victimes!... Regarde, regarde !
Lucy venait d'entrer, pâle, chancelante, et elle s'appuyait sur le bras de son fils.
Le baron la vit comme a travers un nuage de sang. C'en était trop. Il était arrivé au paroxysme de l'épouvante. A l'égarement de ses yeux, aux contractions nerveuses de ses traits, on put croire un instant qu'il allait perdre la raison ou tomber foudroyé aux pieds de son frère. On se trompait. La force lui revint, puisée dans son épouvante même; il se dégagea de l'étreinte du marquis, qui le tenait encore, se redressa plein d'audace et de haine en face de ses victimes, comme le mauvais ange devant Dieu après sa déchéance, s'élança d'un bond vers la porte et s'enfuit.
On voulait courir après lui et le faire arrêter par les domestiques.
— Non, non, dit le marquis, laissez-le ; il appartient à la justice de Dieu.
Raoul avait gagné la porte. Blanc comme un suaire, le regard sillonné d'éclairs, il jeta dans le salon ces mots :
— Les victimes seront vengées I Et, à son lour, il disparut.