LA LUTTE
M"* Charlotte était rentrée chez elle bien décidée à y attendre, sanfi ^
bouger, Pedro Gastora qui, certainement, se hâterait d'accourir, aussitôt
qu'il aurait pris connaissance des quelques lignes pressantes qu'elle lui
avait écrites.
Après une attente d'une heure, qui lui parut longue comme un siècle,
Charlotte, tremblant qu'un malheur n'arrivât, retourna chez Pedro
Castora.
— Oh! il faut absolument que je voie votre maître, dit-elle au vaietj de chambre.
— Mais, mademoiselle, M. Gastora n'est pas rentré.
— Et il est sorti depuis ce matin?
— Depuis ce matin.
— Voyons, vous ne me trompez pas?
— Je vous dis la vérité; tenez, voilà la lettre que vous avez laissa pour lui.
— Il fallait la lui faire parvenir.
— Nous ignorons oii est M. Castora.
— Mon Dieu, mon Dieu! Et en ce moment les minutes sont des heures!... Écoutez, mon ami, je vous assure qu'il est de la plus grande importance que M. Castora ait ce billet ou que je le voie, ce qui vaudrait
- Bn avant! a'éoria-t-il (paje 1168).
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encore mieux, car la vie d'un homme, d'un de ses amis est peut-être en danger.
— Malheureusement, mademoiselle, je ne saurais vous dire ce que j^ignore. Tout ce que je sais, c'est que M. Gastora est allé ce matin chez M. le marquis de Ghamarande.
— Ge jeune homme que j'ai vu ici hier et qui m'a saluée?
— Vous avez vu hier M. le comte Jean de Ghamarande, le fils de M. le marquis de Ghamarande.
— Il me semble que vous Tavez annoncé en lui donnant le titre de marquis.
— G'est vrai; mais c'était une erreur volontaire.
— Enfin, qu'importe. Eh bien, c'est de ce jeune homme qu'il s'agit.
— En vérité 1
— Vite, vite, donnez-moi l'adresse de M. le marquis ; soyez certain que M, de Ghamarande et M. Gastora ne vous feront aucun reproche de votre indiscrétion.
Le valet de chambre donna l'adresse.
— Merci, dit Gharlotte, et soyez tranquille, mon ami, je prends tout sur moi.
La jeune femme s'empressa de remonter dans sa voiture, en donnant au cocher l'adresse du marquis de Ghamarande.
Le marquis et la marquise avaient déjeuné chez M. de Violaine.
A partir de deux heures on commença à trouver surprenant que Pedro Gastora et Jean, qui étaient attendus, n'eussent pas encore paru. A l'impatience succéda vite l'inquiétude.
Pedro Gastora avait dû remplir sa mission auprès du baron de Simaise, pourquoi donc ne revenait-il pas ?
Suzanne ne disait rien ; mais elle ne cherchait pas à cacher sa contrariété. Gomment Pedro pouvait-il rester une journée entière sans la voir? Assurément ce n'était point sa faute; et comme toutes les femmes sont ingénieuses à se tourmenter, elle voyait son fiancé entouré de dangers.
Quand trois heures sonnèrent, on était dans une inquiétude mortelle. Personne, pas un message, rien toujours! On ne savait plus que dire. Pedro Gastora d'un côté et Jean de l'autre, auraient-ils été victimes de quelque guet-apens? On connaissait le baron et l'on savait trop bien qu'il était capable de tout.
Le marquis et la marquise se décidèrent à revenir boulevard ùe Strasbourg.
LiV. 146. E. RiCHEBOUKG. — Jean Loup. — Éd. J. Rouff bt G'«. Liv. 146.
1164 TOUT POUR LTiOiNNEUU.
Là, ils apprirent que leur fils était sorti à midi, seul et à pied.
— Mon enfant est tombé dans un piège! s'écria la marquise éperdue de terreur.
Le marquis essaya de la rassurer, mais lui-même était loin d'avoir Tesprit tranquille.
Sur ces entrefaites, Charlotte arriva. Pour ne pas perdre de temps en pourparlers, la jeune femme dit tout de suite au valet de pied qui vint à sa rencontre :
— Veuillez prévenir M. le marquis qu'une personne qui lui apporte des nouvelles de son fils désire lui parler.
— Venez, madame, venez vite, répondit le serviteur, qui connaissait les inquiétudes de son maître. -
Le marquis était aux aguets ; chaque coup de sonnette le faisait bondir hors de son cabinet ; il accourut au-devant de la visiteuse et ce fut lui qui ouvrit à Charlotte la porte de l'antichambre.
— Madame apporte des nouvelles de M. le comte, dit le domestique.
Le marquis saisit les mains de la jeune femme et l'entraîna dans la première pièce qui s'ouvrit devant lui.
— Parlez, madame, dit-il, parlez vite et comptez sur ma reconnaissance.
Rapidement, d'une voix émue, Charlotte raconta ce qu'elle avait vu
et ce qu'elle avait fait.
— Voulez- vous m'accompagner à Auteuil, madame? demanda le marquis.
— Oui, monsieur le marquis.
Celui-ci sonna.
— Qu'on attèle, et vite, dit-il à son valet de chambre, qui parut. Prévenez Pierre qu'il m'accompagnera.
Il continua, s' adressant à Charlotte :
— Nous avons quelques minutes, madame; je vais vous présenter à M"** la marquise qui va vous bénir.
— Oh ! monsieur, dit Charlotte en rougissant, ne faites pas cela, je ne mérite pas cet honneur...
A ce moment la marquise entra.
Elle venait d'être instruite par le valet de pied qu'une dame apportait des nouvelles de son fils.
— Qui que vous soyez, madame, dit-elle, je vous bénis, et laissezmoi vous embrasser.
— Oh! madame, madame, fit Charlotte, si vous saviez...
— Je sais que vous nous apportez des nouvelles de mon fils; toutes les mères feraient ce que je fais.
Et avant que Charlotte ait pu s'en défendre, la marquise la serrait dans ses bras en pleurant.
— La voiture de monsieur le marquis est avancée, dit le valet de chambre, se montrant à la porte.
La marquise interrogea son mari du regard.
— Madame et moi, répondit M. de Ghamarande, nous allons chercher votre fils.
— Et offrant son bras à Charlotte, qui, toute stupéfaite et pleurant, ne savait quelle contenance tenir, ils s'éloignèrent rapidement. Le marquis fit monter la jeune femme dans la voiture la première, ni plus ni moins que si elle eût été une duchesse.
Pierre, un gaillard taillé en Hercule, prit place à côté du cocher.
— A Auteuil et au galop, dit le marquis., Les chevaux partirent comme un trait.
Après une course rapide de vingt-cinq minutes, Charlotte donna Tordre d'arrêter.
— Est-ce que nous sommes arrivés ? demanda le marquis.
— Pas tout à fait ; mais je crois que nous ferons bien de laisser ici votre voiture.
Ils mirent pied à terre.
— Dois-je suivre monsieur le marquis? demanda Pierre.
Pierre était un ancien zouave très dévoué à son maître et peu facile à intimider.
— Certainement, répondit le marquis; si je t'ai amené, mon brave, c'est en pensant que je pourrais avoir besoin de toi.
Le cocher ouvrit le coffre de la voiture et tendit deux revolvers.
— Un pour toi, l'autre pour moi, dit le marquis au zouave. N'y a-t-il pas aussi dans le coffre un marteau, une pince?
— Oui, monsieur le marquis, et des cordes.
— C'est parfait; donnez tout cela à Pierre.
Guidés par Charlotte, les deux hommes marchèrent vers la ruelle-
Comme le tantôt, l'endroit était absolument désert.
Pendant que sa voiture brûlait le pavé des rues, le marquis s'était demandé s'il ne devait pas réclamer le secours du commissaire de police, c'est-à-dire de saisir la justice d'une plainte en séquestration, et de se faire ouvrir la porte de la maison au nom de la loi. Mais en cette circonstance encore le marquis se trouva arrêté par la crainte du scandale.
S'il mettait un commissaire de police en demeure de se faire ouvrir
la porte, ou au besoin de Tenfoncer, une enquête serait ordonnée; et alors arriverait fatalement tout ce qu'on avait mis tant de soin à éviter. Et le marquis se dit :
— Si j'échoue personnellement, il sera toujours temps de recourir à cette dure extrémité. Oui, oui, à moins que je n'y sois absolument forcé, il ne faut pas que le nom de Simaise et celui de Ghamarande défrayent la chronique des tribunaux.
On arriva dans la ruelle.
— Madame, dit le marquis à Charlotte, vous êtes bien sûre que voilà la maison? Vous comprenez qu'il serait extrêmement fâcheux de commettre une erreur.
— Je ne me trompe pas, monsieur. Tenez, cette pierre sur cette borne, c'est moi qui l'y ai placée; c'est encore moi qui ai noué ce bout de ruban à cette branche d'arbre.
Le marquis s'approcha alors de la maison, saisit l'anneau d'une chaînette qui pendait le long du pilastre de la porte et tira assez fortement, en prêtant l'oreille.
Un bruit de sonnette retentit. Mais personne ne vint.
L'appel fut répété trois fois sans plus de succès.
La porte paraissait épaisse et solide ; des lames de fer se croisant la défendaient contre les attaques des voleurs. Le marquis se demandait comment on arriverait à la forcer.
Heureusement, Pierre avait été serrurier avant d'être soldat et il n'avait pas oublié tout à fait son ancien métier. A l'aide de la pince il attaqua résolument la fermeture à l'endroit de la gâche.
Après être resté un instant, non pas découragé, mais accablé en reconnaissant son impuissance, Jean de Ghamarande avait retrouvé son énergie d'autrefois.
Gertes, il s'était trouvé dans des situations autrement difficiles et périlleuses; il n'avait jamais compté le nombre des dangers terribles auxquels il avait échappé.
Pourquoi ne sortirait-il pas également vainqueur du piège qu'on lui avait tendu?
Secondé par Paméla, il se mit de nouveau à la recherche d'une issue.
Au milieu de l'atmosphère chaude et chargée de vapeurs enivrantes oh il se trouvait, le jeune homme fut pris d'une soif ardente. Il ouvrit le coffre du divan et prit une des bouteilles et un verre
— Que faites-vous ? lui demanda Paméla.
— Vous voyez.
— Ne buvez pas.
— J'ai une soif qui me brûle,
— N'importe, ne buvez pas.
— Pourquoi?
— Une crainte.
— Penseriez- vous que ce vin est empoisonné?
— Non. Mais je ne serais nullement surprise qu'il contînt ou un narcotique ou quelque élixir de. nature à troubler vos sens et à vous faire sortir de votre prudente réserve. Vous voyez, ajouta-t-elle avec un soupir, je suis franche avec vous et vous devez m'en savoir gré, je vous assure.
Jean la regarda en fronçant les sourcils.
— Là, là, ne vous fâchez pas, monsieur; je ne suis pas hypocrite; mais, que voulez-vous, il y a en moi un fond mauvais qui tient à mon tempérament et vient de mon éducation. Mais c^'est fini, je ne songe plus à vous tenter.
— A la bonne heure, fit Jean. Mais, continua-t-il d'un ton grave, il ne faut pas gâter votre bonne action, et vous faire, surtout, plus mauvaise que vous ne l'êtes. Soyons ce que nous devons être, deux amis, deux alhés bien unis, n'ayant qu'une pensée, celle de la délivrance.
Et il tendit sa main à Paméla.
Après un moment d'hésitation, celle-ci prit la main du jeune homme et la serra sans arrière-pensée.
— Vous avez raison et c'est signé, dit-elle.
— Puisque vous êtes venue ici plusieurs fois, vous devez savoir ce que c'est que cette maison et dans quelle partie du bâtiment nous nous trouvons ?
— Parfaitement. Nous sommes dans le sous-sol d'une assez belle maison à deux étages, dont l'entrée principale est sur la rue.
— Il est donc imposs.^ble que ce sous-sol n'ait pas une communication avec l'intérieur de la maison.
— Sans doute... Mais, attendez donc, je me souviens...
— Dites, dites.
— Que je me rappelle bien, d'abord.
— Eh bien?
— J'y suis. C'était l'année dernière ; j'étais ici en compagnie d'un jeune financier qu'il s'agissait de circonvenir... Ah! celui-là ne vous ressemblait guère.
— Passons, je vous prie, passons.
— Nous étions ensemble depuis vingt-quatre heures. Je me trouvais dans le cabinet de toilette quand je vis, tout à coup, un panneau, que je croyais tout simplement un mur plein, s'abaisser sur une largeur d'environ cinquante centimètres, et donner passage au comte Garini lui-même.
J'eus peur et j'allais crier quand le comte, d'un geste impérieux, m'imposa silence.
Mon compagnon dormait profondément sur un divan. Garini s'approcha de lui, le fouilla, s'empara de deux lettres, puis disparut par le même chemin. Derrière lui le panneau reprit sa place.
— Au cabinet de toilette ! cria Jean, et trouvons le secret du mur. Sur les indications aussi précises que possible de Paméla, le jeune
homme se mit en devoir de chercher le panneau mobile. Rien ne décelait son existence. Aucune trace.
Un enchevêtrement de moulures, qui se reproduisaient partout, devait dissimuler tout ce qui pouvait révéler une solution de continuité.
Tout à coup, la jeune femme se frappa le front.
— Attendez, dit-elle, un autre souvenir me revient; je crois bien me rappeler que le comte Garini, avant de sortir, se baissa et souleva un coin de cette toile cirée.
— Ah ! fit Jean.
Il se mit à genoux et écarta la toile cirée qui recouvrait le parquet. Il ne vit rien, d'abord ; mais en passant la main sur le sol, il rencontra une légère aspérité, ronde comme la tête d'un clou doré. Il appuya fortement.
Aussitôt il poussa un cri de joie.
Le panneau descendait lentement.
Paméla battit des maing.
Sans trop savoir ce qu'il faisait, Jean, en se relevant, embrassa la jeune femme. Gelle-ci, toute surprise de cette caresse inattendue, ne put que murmurer, du ton d'une vierge effarouchée :
— Oh! monsieur!
Le jeune homme sourit.
— En avant ! s'écria-t-il.
Et tirant de sa poche un mignon revolver, il franchit hardiment le passage.
Paméla le suivit en murmurant :
— Ma foi, au petit bonheur !
Le panneau s'était ouvert sur une espèce de palier, tout semblable à l'entrée d'une cave avec son escalier de pierre.
hiile mit 1« canon du revolver dans l'oreille du chien et fit feu (page 1171).
Au-dessus de l'escalier, composé de douze marches, se trouvait une porte à claire-voie par laquelle pénétrait suflisammeut de lumière pour éclairer Tescalier.
Cette porte était fermée par un simple loquet. Jean l'ouvrit facilement.
Il se trouva alors dans un vestibule élégant sur lequel s'ouvraient plusieurs portes. Il poussa celle qui était devant lui; alors, un limure se
Liv. 147. E. RiCHEBOURO. — Loup. — Éd. J. Rouph- et G'«. LiV. 147.
fit entendre et au même instant apparut un homme tenant à la main un flambeau.
— Caracole ! exclama la jeune femme avec effroi. C'était, en effet, Tagent de Garmi.
Le bandit resta comme pétrifié en voyant ses prisonniers devant lui, mais sa stupeur fut de courte durée.
— Ah ! coquine, tu nous trahis ! grogna-t-il en montrant le poing à Paméla.
Puis, s'écartant prudemment, il siffla d'une certaine manière.
Aussitôt Jean vit bondir un énorme molosse, ayant les yeux étinceiants de férocité.
L'animal vint se placer près de son maître, prêt à sauter à la gorge de l'ennemi au premier ordre.
Lutter avec une bête ! Qu'était-ce que cela pour le jeune homme?
Il mit son revolver dans la main de Paméla et l'éloigna de lui en lui disant :
— Tirez sur l'homme, s'il bouge.
— Pille, pille. Fox! ordonna Caracole.
Le chien sauta d'un bond sur le jeune homme, prêt à le recevoir. Avec la promptitude et l'adresse d'un sauvage habitué à se défendre contre les fauves, le comte de Chamarande, redevenu le Jean Loup de la forêt, étreignit l'animal dans ses bras aux muscles de fer et une lutte terrible commença.
Caracole n'était pas poltron et il ne redoutait pas un coup de feu; mais le bruit de l'explosion pouvait attirer quelques curieux; il ne bougea pas, comptant sur le chien pour avoir raison de Jean. (Jelui-ci une fois terrassé, Paméla effrayée se rendait à discrétion, et avec l'aide d'un camarade qu'il attendait et qui n'allait pas tarder à arriver, le prisonnier serait réintégré dans sa prison.
Or, penaant que ceci se passait dans l'intérieur de la maison, Pierre était parvenu, non sans efforts, à ouvrir la porte de l'habitation du côté de la ruelle.
Le marquis entra le premier dans une toute petite cour au fond de laquelle se trouvait une entrée à niveau du sol, conduisant évidemment aux caves.
Une pluie fine commençait à tomber et le vent soufflait avec une certaine violence, ce qui assourdissait le bruit des pas. On descendit douze marches et l'on se trouva devant une porte de chêne bardée de fer.
— Il faut que la pince travaille encore, dit Pierre.
il attaqua la serrure, qui céda à la troisième pesée. Trois nouvelles
marches à descendre, puis une autre porte que Pierre dut ouvrir encore , et nos trois personnages se trouvèrent dans le boudoir parfumé.
Le chapeau et le pardessus de Jean étaient sur un divan à côté du manteau et du chapeau de Paméla.
— Voilà qui est étrange, dit le marquis. Soudain, un bruit sourd arriva dans le boudoir. Le marquis tendit avidement Foreille.
— C'est de ce côté, dit Charlotte, montrant le cabinet de toilette ouvert. Le panneau était resté baissé. Le marquis s'élança par l'ouverture suivi de Charlotte.
Quant à Pierre^ en stratégiste habile, il sortit par les portes qu'il venait d'ouvrir afin de faire le tour de la maison et de prendre, s'il y avait lieu, l'ennemi par derrière.
— Mais on se bat là-haut ! dit le marquis en bondissant sur l'escaher de pierre ; on égorge mon fils !
Un coup de feu retentit.
Le marquis était dans le vestibule; il s'élança le pistolet au poing, en criant :
— Chamarande, Chamarande !
Un effroyable juron répondit, en même temps qu'une voix de femme jetait ce cri désespéré :
— A nous ! à nous !
Malgré sa force et son adresse, Jean, à ce .moment, était vaincu.
En prenant l'animal à bras-le-corps, l'intention du jeune homme avait été de l'étrangler; mais dans la demi-obscurité de la salle, il ne s'était pas aperçu que le cou du molosse était garanti par un large collier garni de pointes aiguës. Sur cette formidable défense de la bête, Jean sentit se déchirer ses mains nerveuses.
La douleur le força à lâcher prise et à se rejeter brusquement en arrière. Malheureusement son pied glissa sur le parquet ciré et il tomba sur un genou.
Le chien revint aussitôt à la charge.
Le jeune homme eut encore l'adresse de le saisir d'une main par son collier aux dents de fer et de l'autre par une patte; mais le féroce animal avait la gueule libre et ses crocs terribles menaçaient le visage de Jean.
Paméla vit le danger ; avec un sang-froid admirable, quittant Caracole de l'œil, elle s'élança au secours du jeune homme; elle mit le canon du revolver dans l'oreille du chien et fit feu.
Fox roula foudroyé.
Débarrassé du chien, Jean se redressa vivement, prêt à se ruer maintenant sur Caracole. Mais un second bandit parut sur le seuil de la porte un couteau à la main.
— Ah ! Négrini, enfin ! s'écria Caracole.
A ce moment, retentit la voix du marquis criant * « Ghamarande ! » et Pierre apparaissait derrière Négrini.
Un formidable coup de poing étourdit le bandit italien; il poussa un hurlement de douleur et laissa tomber son couteau; il se baissa pour le ramasser, mais il n'en eut pas le temps : un second coup de massue rétendit à terre, - tout de son long. Des flots de sang lui sortaient par la bouche, le nez et les oreilles.
Le marquis tenait Caracole en respect sous le canon de son revolver.
— Si tu fais un mouvement, lui dit-il^ je te brûle la cervelle.
En deux tours de mains le vieux zouave garotta Caracole et le jeta sur le parquet à côté de son camarade, qui barbottait dans son sang. La lutte était terminée.