‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 109 sur 257 · LA BROCHURE SUR L'ENSEIGNEMENT MUTUEL · texte numérisé non relu

LA BROCHURE SUR L'ENSEIGNEMENT MUTUEL

malicieuse, et surtout Taccent de conviction qui distinguent d'ordinaire les écrits de l'abbé Jean.

En tout cas, ce travail venait à son heure, et il eut un grand retentissement. La presse parisienne en donna de larges extraits. UAmi de la religion concluait en ces termes un élogieux article : « Cette brochure est, dans sa brièveté, un excellent résumé des principales difficultés qu'on oppose à l'enseignement mutuel, et on y reconnaît à la fois le zèle d'un digne ministre de la religion, le coup d'œil d'un observateur judicieux et le talent d'un écrivain distingué. »

A Saint-Brieuc surtout, ce hardi manifeste fit grand bruit. On lut, on commenta l'opuscule de M. de la Mennais ; les fortes têtes qui s'étaient laissé éblouir par l'éloquence du docteur lancastérien rougirent presque de leur naïveté.

Ceci ne faisait pas l'affaire des patrons décidés de l'école mutuelle. Comment réprimer l'audace de ce fâcheux qui se jetait ainsi au travers de l'entreprise? On se réunit, on discuta, et finalement on résolut de riposter à l'attaque du grand vicaire. La tâche de défendre l'enseignement mutuel fut dévolue à un avocat nommé Bienvenue (1).

11 faut avouer qu'on aurait pu choisir plus mal. La brochure de Bienvenue est incontestablement l'œuvre d'un habile homme. D'un bout à l'autre de son mémoire, il affecte une modération qui contraste avec le ton un peu virulent de son adversaire. Il manie assez bien l'ironie, et son persiflage est d'autant plus mordant, qu'il conserve d'ordinaire les formes de la politesse. Il sait que, trompés par d'hypocrites apparences, certains ecclésiastiques ont fait aux nouveaux instituteurs un accueil bénévole, et il oppose ces «dignes ministres de l'Evangile » à leur intraitable confrère. C'est l'éternelle tactique des mécréants qui, sous prétexte de charité, s'efforcent d'imposer silence aux catholiques, dès qu'ils les voient disposés à se défendre.

(1) La brochure est intitulée : Réponse à l'écrit de M. Robert de la Mennais, vicaire général de Saint-Brieuc, sur l'enseignement mutuel. *- Saint-Brieuc, chez Le Monnier, libraire, 1819.

Piqué au vif par cette réplique, l'abbé Jean prit sa meilleure plume et se mit en devoir de réfuter, point par point, les allégations de M. Bienvenue. Ce travail, dont nous n'avons retrouvé que quelques lignes^ ne fut pas publié. Les nombreuses polémiques suscitées par la première brochure ne permirent pas à M. de la Mennais d'y mettre la dernière main.

Ce n'est pas seulement à Saint-Brieuc que l'opuscule du grand vicaire avait fait scandale. A Paris, le principal organe de la Société d'encouragement pour l'enseignement mutuel, le Journal d'éducation, relevait avec défi les exagérations supposées du «pamphlet ». Un journal intitulé Le Courrier reprochait amèrement au vicaire général de s'opposer de tout son pouvoir à l'introduction de l'enseignement mutuel dans les écoles dn département.

Use faisait une loi de répondre à ces attaques. D'autre part, un grand nombre de prêtres le consultaient sur ce qu'il fallait penser des nouvelles écoles, et il s'empressait d'éclairer leur conscience (1).

Pour se faire une idée de l'émotion produite par la propagande en faveur de renseignement mutuel et par la campagne de résistance, il suffit de se rappeler ce qui se passa en France en 1882. Même pression gouvernementale, et, du côté des catholiques, mômes sacrifices héroïques à la conscience ; de part et d'autre, même ardeur dans la lutte ; on pourrait presque dire mêmes articles de journaux, tant les deux situations se ressemblent.

Quand on sait combattre avec ensemble, il est rare qu'on n'obtienne pas une victoire, au moins partielle.

(1) On peut lire à ce sujet la lettre qu'il adressa, le 16 juin 1817, au curé de Saint-Servan, qui lui avait demandé son avis sur une école mutuelle récemment installée dans sa paroisse. Cette lettre résume assez bien les critiques que l'abbé Jean adressait au nouvel enseignement. — Voir E. Herpin, op. cit. p. 96.

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