‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 121 sur 257 · CHAGRINS DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

CHAGRINS DOMESTIQUES

Partout, jusqu'ici, le grand vicaire s'est montre iidèie à sa mission de « releveiir de ruines ». OEuvres de préservation pour la jeunesse, œuvres d'enseignement ecclésiastique et d'enseignement primaire, couvents de femmes, œuvres d'évangélisation populaire, tout a ressuscité presque à la fois, ou a pris, sous sa main, un admirable essor. Sur tous les points du diocèse, nous avons assisté à un renouveau de vie chrétienne.

Tant de travaux et d'efforts n'ont pas épuisé son activité. A côté de ces créations ou de ces restaurations, il y a Texpédition des affaires, les relations avec les diverses autorités, la surveillance du personnel, en un mot, toute cette besogne courante qui, d'ordinaire, suffit à remplir les journées d'un administrateur. M. de la Mennais ne se déroba jamais à cette tâche fastidieuse. Il nous reste à étudier les procédés et l'esprit de son gouvernement.

Sous les ministres libéraux de Louis XVUI, le rôle des évoques et autres supérieurs ecclésiastiques n'était guère plus facile que de nos jours. Peut-être même, si

Ton en croit l'abbé Féli, la comparaison serait-elle à Fayantage du siècle qui commence. Voici comment il jugeait la situation en 1818.

(( Jean est toujours dans son diocèse, écrivait-il à Fabbé Brute, luttant contre les obstacles sans nombre dont l'administration environne FEglise et toute espèce de bien. Vous ne vous faites pas d'idée de notre état à cet égard. On était presque dans le paradis sous Bonaparte, en comparaison. Ordre de donner la sépulture ecclésiastique aux duellistes, aux suicidés; défense d'instruire le peuple sur les mariages invalides, en protection du concubinage;, défense d'écrire à Bome pour les dispenses, autrement que parle canal du ministre de l'Intérieur, etc., etc; petits séminaires persécutés, ruinés, missions entravées de mille manières, et enfin le concordat rejeté indéfiniment (1). »

Faisons la part du pessimisme ordinaire à l'écrivain; il reste que la mission du grand vicaire n'était pas sans entraves.

Il ne reculait pas toujours devant les défenses du ministre, et nous le verrons tout à l'heure arracher de haute lutte bien des concessions nécessaires au bien du diocèse. Mais avant de le considérer aux prises avec la puissance civile, étudions-le dans ses relations avec les confrères soumis à son autorité. Il y a là une source de difficultés qui, pour être d'un ordre plus intime et plus délicat, n'en sont que plus douloureuses au cœur du saint prêtre.

Parmi les anciens constitutionnels présents à la retraite ecclésiastique de 1816, un seul, avons-nous dit, s'était obstiné dans l'erreur (2) : c'était M. Le Cornée, curé de Paimpol. Placé à la tête d'un canton, il n'avait pas

(1) Lettre du 30 novembre 1818. (Lettres inédites etc. à Mgr Brute, p. loi).

(2) Nous avons voulu parler des prêtres employés dans le saint ministère. Parmi les autres, un certain nombie avaient négligé de se mettre en règle. M. Tresvaux, curé de la Roche-Derrien, écrivait à M. de la Mennais au sujet de Fun d'entre eux : « J'ai l'honneur de vous faire passer une rétractation signée de M. Pacé, suivant le modèle que vous m'aviez donné. J'avais un peu ditieré à lui demander cette pièce; mais, l'ayant vu malade les jours derniers, je me suis hâté de l'avoir, dans la crainte qu'il ne mourût sans avoir rempli son devoir. Je la publierai dimanche au prône ; il y a consenti. » — Lettre inédite. — Archives des Frères.

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