‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 126 sur 257 · LES AMIS DE SALXT-BRIEUC · texte numérisé non relu

LES AMIS DE SALXT-BRIEUC

heures de recueillement, comme le corps le plus endurant à la fatigue a besoin, par intervalles, de quelques jours de repos.

Pendant ses séjours à Saint-Brieuc, Fabbé Jean alimentait sa piété par la prière, les conversations édifiantes avec M. Vielle et l'exercice de la charité envers les pauvres. Il ne se contentait pas de faire l'aumône aux nombreux mendiants qui assiégeaient sa maison, il soutenait de ses deniers un certain nombre de jeunes gens peu fortunés. Nous savons, par les lettres de Féli, qu'il entretintà Paris, pendant plusieurs mois, un jeune apprenti breton, nommé Thivo. Il payait aussi, dans un des petits séminaires du diocèse, les dépenses d'un protégé de Féli, le jeune Mermet, qui devait un jour faire partie de Técole de la Ghesnaie.

Entre temps, il se délassait dans la société de quelques amis.

Sa petite maison de la rue Saint-Gilles était des plus modestes. Au rez-de-chaussée, une salle à manger, un salon meublé de quelques fauteuils; au premier étage, une chambre à coucher, un étroit cabinet de travail avec une table de bois blanc, c'était tout (1). Une vieille bonne, «la mère Félicité», gouvernait cet humble intérieur.

Parfois le grand vicaire recevait à sa table quelques membres du chapitre, comme cet abbé Lesage, dont il goûtait l'esprit et la bonne humeur, sans se douter que, rentré chez lui, l'ombrageux chanoine le dénigrait dans des pages enfiellees.

Un de ses hôtes habituels était l'abbé de Lesquen, qui, devenu évoque de Rennes, exercera plus tard une action si importante sur sa destinée. Ancien officier de l'armée de Gondé, puis successivement vicaire de la paroisse de Saint- Michel, dans la ville épiscopale, desservant de Pommeret et vicaire général de Rennes, il avait échangé ce dernier poste, que le caractère de Mgr Enoch rendait

(1) Ces renseignements sont tirés dîme lettre inédite de 1 abbé Brute aux deux frères de la Mennais,

peu enviable, pour une stalle de chanoine à Saint-Brieuc. Très pieux, de manières franches et ouvertes, homme de bonne société, mais médiocrement instruit, il avait souvent recouj's aux lumières de M. de la Mennais, qui lui rendait dès lors nombre de bons offices (1).

Les préfets de Saint-Brieuc ne dédaignaient pas de s'asseoir dans le modeste salon du grand vicaire. Deux d'entre eux, M. de Bellisle et M. de Saint-Luc, eurent avec lui des relations de véritable intimité.

En 1816, M. de Bellisle fut destitué par le ministre de l'Intérieur, sur de faux rapports d'espions politiques. M. de la Mennais ne se contenta pas d'envoyer à Paris une pétition signée par tous les notables de Saint-Brieuc, il écrivit au père du préfet déchu pour le consoler de la disgrâce de son fils.

Ce dernier lui adressa alors les lignes suivantes : « Mon cher et excellent ami, votre lettre a fait merveille; elle sera conservée précieusement comme un titre de famille et servira à confondre mes détracteurs. Je suis sûr que déjà elle a été lue par toutes les personnes de Nantes qui me connaissent. Il ne fallait rien moins que cela pour faire supporter à mon père la chute de son préfet. . . Que me parlez- vous de reconnaissance, mon cher ami ? Dans nos relations ensemble, toutes les obligations ne

(1) Lorsque Mgr Enoch demanda aux vicaires capitulaires de Saint- Brieuc de lui céder M. de Lesquen, dont il voulait faire un vicaire général, il reçut de M. de la Mennais la curieuse lettre qui suit :

29 août 1816.

« Monseigneur, au moment où vous jetiez les yeux sur M. l'abbé de Lesquen pour lui donner la place de grand vicaire de Rennes, nous fixions les nôtres sur M. Gilbert pour le charger de la direction des missions de ce diocèse ; ainsi, Monseigneur, l'échange que vous voulez bien nous proposer peut s'eiïectuer à l'instant môme, et d'une manière réciproquement avantageuse pour les deux diocèses, car l'intention de M. Gilbert n'est point de cesser de travailler dans le vôtre, et nous vous demandons seulement pour lui une simple permission d'accepter le titre que nous voulons lui donner. De notre côté, nous autoriserons M. de Lesquen à quitter sa paroisse pour se rendre auprès de vous. Nous verrons s'éloigner avec infiniment de regret un ecclésiastique si recommandable, que nous comptions nommer un peu plus tard curé de première classe ; mais nous ne pouvons rien vous refuser, puisque vous daignez nous promettre de dédommager, du moins en partie, le diocèse de Saint-Brieuc de la perte qu'il va faire. » — Lettre inédite. — Archives de l'évêché de Saint-Brieuc.

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