‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 133 sur 257 · OPPOSITION DE M^'R DE LA ROMAGÈRE · texte numérisé non relu

OPPOSITION DE M^'R DE LA ROMAGÈRE

La supérieure déclara donc au prélat qu'elles n'avaient d'autre ressource que la sollicitude de la Providence. Il affecta de regarder cette réponse comme une fin de nonrecevoir, et insista, parfois avec menace, pour se faire remettre les contrats et autres papiers relatifs au temporel de la maison. Ce qu'il désirait, au fond, c'est que l'établissement devînt propriété du diocèse et que Facte en fût dressé en son nom. D'autre part, il épiloguait sur certains articles des règles.

Informé de ses exigences, M. de la Mennais, qui avait cessé, depuis quelques mois, d'être son grand vicaire, lui écrivit, le 12 septembre 1821 :

« Monseigneur, M^^"* Gonan m'a communiqué la lettre que vous lui avez écrite au sujet de la Providence. Elle regrette de n'avoir pu y répondre; mais, ainsi que ses compagnes, elle s'est toujours occupée, dans un esprit de simplicité et de foi, de l'œuvre qui lui est confiée, sans jamais me demander aucunes explications du genre de celles que vous désirez avoir.

« Avant que je puisse songer à transmettre h qui que ce soit la propriété de la maison de la Providence, il faut qu'elle soit payée entièrement, et elle ne l'est pas encore. Ce qui est payé l'a été avec ?nes propres fonds, du moins en partie, et je ne puis renoncer à tout ou partie du remboursement qui m'est dû, sans savoir quels seront les secours que j'obtiendrai pour les autres établissements dont je suis chargé.

« Quant aux règlements de la maison, jusqu'ici ils n'ont été que provisoires. L'expérience m'apprendra quelles sont les modifications qu^il convient d'y faire. Lorsque j'aurai pris une détermination à cet égard, je la soumettrai volontiers à tous ceux qui sont capables de me donner d'utiles conseils, et parmi ceux que je recueillerai alors, les vôtres, Monseigneur, me seront plus particulièrement précieux, et je ne les recevrai pas avec moins de respect que de reconnaissance (1). »

(1) Lettre médite — Archives des Frères.

Ce langage était respectueux, mais ferme. Il ne fit point cesser les tracasseries. Lorsque les Filles de la Providence se rendaient à l'évêché, elles n'étaient point reçues, ou bien elles devaient subir mille reproches mortifiants. Souvent le prélat arrivait chez elles sans être attendu, et menaçait de faire fermer la maison.

Un jour qu'il avait présidé une cérémonie au séminaire, il entra, revêtu encore du rochet et de l'étole, et dit sèchement à la supérieure : « Enfin, voici votre dernier jour. »

— « Eh bien! Monseigneur, reprit tranquillement M'^'^ Gonan, Dieu nous veuille donner un jugement favorable! »

Et, entrant en explications, elle lui parla avec tant de respect et de sereine raison, qu'il sortit apaisé.

A ces transes continuelles se joignaient, pour les pauvres religieuses, les angoisses que faisait concevoir la santé de M*^'^ Cartel. Sa constitution avait toujours été débile; mais les travaux de l'enseignement, joints aux soucis d'une fondation religieuse et aux terribles austérités qu'elle pratiquait en secret, achevaient de la miner depuis quelques mois.

La voyant très affaiblie, sa sœur l'empôcliait de se lever pour assister à la sainte messe. Mais comme cette privation accroissait sa langueur , M^^^ Cartel ainée sollicita la permission de faire célébrer la messe dans la chambre de la malade.

M. de la Mennais en profita pour obtenir h la chère religieuse une faveur qu'elle désirait depuis longtemps. Il représenta à la famille qu'en venant s'installer à la Providence, elle pourrait, sans quitter l'infirmerie, communier chaque jour à la messe de communauté, et il demanda instamment qu'on la laissât se joindre à ses sœurs. Le consentement fut accordé, et la malade, qui avait fait à Dieu le sacrifice de mourir hors de son couvent, eut la consolation d'y vivre ses dernières semaines.

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