LES VŒUX DES PREMIÈRES RELIGIEUSES
h leur inteijtion. Il ne parut pas s'en apercevoir, et les engagea à visiter la maison. M'^^ Gonan s'y rendit, accompagnée de M^^*' Cartel, et, comme elles en parcouraient tristement les couloirs délabrés, celle-ci reprit tout-à-coup sa gaité ordinaire, et dit à M"'' Gonan : « Nous serons bien ici : la croix y est plantée pour longtemps. »
Gette parole, que les événements devaient bientôt justifier, rendit la paix à M^^^ Gonan. Elle se souvint alors d'une autre prédiction que lui avait faite son directeur, M. Ghantrel.
A une époque oi^i tout espoir d'acquérir cette maison paraissait chimérique, il lui avait dit : « Dieu veut établir là votre société. Il veut que cette propriété retourne à une communauté religieuse, et c'est la vôtre qui la possédera. Vous devez remplacer les Ursulines de Saint-Brieuc. »
Convaincues que la Providence les appelait à vivre dans ce lieu jadis sanctifie, elles y entrèrent pleines de joie, le 11 octobre 1820. Le 25 mars de Tannée suivante, elles reçurent des mains de M. de la Mennais leurs constitutions, et, le même jour, elles prononcèrent leurs vœux.
Ces constitutions n'étaient autres que les règles de la Société du Cœur de Marie, auxquelles M. de la Mennais ajoutait un Directoire spécial.
La lecture de cette règle primitive indique assez les vues du fondateur. Ce qu'il voulait, c'était une congrégation appropriée aux besoins des temps nouveaux, qui pût l'aider dans sa mission de « releveur de ruines ». et travailler, sans éveiller de défiances, aux diverses œuvres de charité inspirées par les circonstances. Un article assignait comme unique but à la nouvelle société l'éducation des jeunes personnes. L'abbé Jean y ajouta plus tard ces mots : « Sans exclure les autres bonnes œuvres que le zèle peut suggérer, suivant les temps et les lieux (1). »
A la différence des anciens ordres, qui, pour la plupart,
(1) De fait, les religieuses de la Providence ajoutèrent bientôt à l'œuvre de l'éducation celle de l'assistance des malades.
après Tobservation des vœux de religion, placent en première ligne la mortification corporelle et la récitation de l'office divin, les religieuses de la Providence se sanctifieront surtout parle travail humble et courageux, accompli chaque jour sans espoir de récompense humaine, en esprit d'obéissance et de charité. C'est une milice essentiellement active, qui doit puiser dans la prière et la méditation quotidienne le dévouement nécessaire h une besogne toujours ardue, souvent répugnante, mais éminemment utile au prochain. Ces règles furent tout d'abord données aux religieuses à titre d'essai. Les règles définitives ne furent imprimées qu'en 1833. La rédaction actuelle date de 1879.
M*^ Cartel avait prévu que la croix attendait ses compagnes dans l'ancien couvent des Ursulines. L'événement allait lui donner raison.
Le nouvel évoque de Saint-Brieuc, Mgr Le Groing de la Romagère, était arrivé dans son diocèse le 15 novembre 1819. Prélat zélé et pieux, mais bizarre en ses jugements et jaloux à l'excès de son autorité, il ne sut pas comprendre quel auxiliaire incomparable la Providence lui avait ménagé en la personne de M. de ia Mennais.
Le grand vicaire avait des envieux. On le représenta au pontife comme un esprit remuant et ambitieux, qui chercherait à retenir par tous les moyens le pouvoir dont il avait joui pendant la vacance du siège. Dès lors, les œuvres diocésaines, dont nous avons raconté l'admirable floraison, furent condamnées au statu quo ou au dépérissement. Nous reviendrons sur cette douloureuse histoire.
Dès les premiers mois de son séjour à Saint-Brieuc, Mgr de la Romagère demanda à la Mère Conan de lui remettre un compte détaillé des ressources de la communauté. Jusqu'alors M. de la Mennais avait seul trouvé l'argent nécessaire au logement et à la subsistance des sœurs. Elles n'avaient jamais osé lui demander s'il avait pourvu à leur avenir.