‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 135 sur 257 · LA PREMIERE PRISE D'HABIT · texte numérisé non relu

LA PREMIERE PRISE D'HABIT

Mgr de la Romagère lui-même, éclairé par l'opinion publique, était revenu de ses préventions, et, lorsqu'il fut question de donner l'habit religieux aux Filles de la Providence, il accorda sans difficulté à M. de la Mennais les pouvoirs nécessaires.

Toutefois les pauvres institutrices n'étaient pas au bout de leurs épreuves : leur fondateur allait les quitter. Depuis longtemps, nous l'avons dit, on appréciait à Paris les qualités administratives de M. de la Mennais. Le roi lui confia, en 1822, une fonction importante sur laquelle nous reviendrons. Cette fonction nécessitait son départ immédiat pour la capitale. Il ne voulut pas s'éloigner sans avoir donné à sa congrégation une forme stable, et, autant que possible, définitive.

Il régla que les religieuses seraient séparées en deux ordres, les sœurs de chœur et les converses; puis, pour répondre au désir de la plupart, ou peut-être pour leur ménager une sauvegarde de plus, il leur permit de revêtir le costume spécial qu^elles avaient elles-mêmes choisi. Ce costume, simple et sévère, fait honneur à la modestie, à l'esprit de pauvreté, et, disons-le aussi, au bon goût des premières Mères. C'est le 21 novembre 1822, en la fête de la Présentation de la sainte Vierge, qu'elles le prirent pour ne le plus quitter.

M. .de la Mennais présida la cérémonie, et partit, le lendemain, pour Paris. Elles perdaient en lui non seulement un père, mais un conseiller dont elles avaient toujoWs escompté le zèle et le savoir-faire. Plus que jamais, elles étaient entre les mains de la Providence.

Le fondateur ne les laissait point toutefois dénuées de toute assistance humaine. Il les confia au dévouement de M. Vielle, et pria les professeurs du collège de leur servir, à tour de rôle, d'aumôniers. Il continua, en outre, de leur donner, par lettres, les conseils que comportait son titre de père spirituel et de supérieur ecclésiastique.

D'ailleurs, aussitôt que le lui permettaient ses affaires, il prenait la diligence de Saint-Brieuc et accourait au milieu de ses chères Filles.

Lorsqu'elles le virent paraître pour la première fois, dans les parloirs de la communauté, paré du large ruban et de la croix du chapitre de Saint-Denis, ce fut une explosion de joie enfantine. Pour lui, toujours simple comme autrefois, il leur parla avec une bonté plus expansive que jamais.

Ces visites fréquemment renouvelées, jointes à ses lettres de direction, permirent toujours à M. delaMennais d'exercer de loin une autorité effective.

Malgré de récents déboires, Tabbé Jean ne perdait pas de vue les besoins d'un diocèse auquel il avait consacré six ans de sa vie. Missionnaire à ses heures, mais obligé, à chaque instant, d^abandonner ce ministère pour d'autres plus urgents, il avait pressenti le bien que pourrait faire une société de prêtres spécialement appliqués à l'évangélisation des paroisses bretonnes. Dès 1824, il conçut un projet qui, tout en assurant aux Filles de la Providence d'importants avantages, procurerait à tout le diocèse des prédications extraordinaires périodiquement renouvelées (1).

Ce plan ne fut pas réalisé dans le diocèse de Saint-Brieuc;

(1) Une petite propriété voisine de l'enclos des religieuses était à vendre. On l'appelait la Porte-Thomasse. C'était, comme les terrains déjà acquis, une dépendance de l'ancienne maison des Ursulines. M. de la Mennais jugea que l'occasion était excellente d'agrandir le domaine de ses Filles,

Eloigné de Saint-Brieuc, il pria un de ses amis, M. Sébert, d'intervenir. L'affaire fut immédiatement conclue, et, le 27 avril, il adressait la lettre suivante à l'excellent homme qui avait bien voulu agir en son nom :

« Monsieur et respectable ami, l'achat de la Porte-Thomasse m'a fait un plaisir infini; et, si cette propriété avait passé dans d'autres mains que les nôtres, j'en aurais été inconsolable. La seule chose c[ui me contrarie, c'est le retard que va éprouver la construction d'un nouveau bâtiment pour les classes, car je souffre, plus que je ne puis le dire, de voir les maîtresses des deux classes inférieures dans un local si étroit et si humide. Enfin, nous sommes forcés d'attendre. Espérons que la Providence viendra à notre secours d'une autre manière. Quant à ce qui concerne la Porte-Thomasse, soyez bien sûr que je vous sais tout autant de gré de ce que vous avez voulu faire, que si vous l'aviez fait réellement : vous en avez été plus affligé que moi.

« Mon intention n'est pas de donner une ferme à M™* de Saint-Pern. J'obtiendrais facilement, il est vrai, cent francs de loyer de plus; mais

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