PROJET D'UNE MAISON DE MISSIONNAIRES
mais, quelques années après, il Tétait dans le diocèse de Rennes, grâce aux efforts des deux La Mennais. Fidèle au programme tracé jadis dans les Réflexions sur Vétat de VEglise, l'abbé Jean avançait, lentement mais sûrement, dans la voie des relèvements.
Quant aux œuvres multiples fondées par lui à Saint- Brieuc, elles passèrent en d'autres mains. Il ne devait plus revoir, sinon à de rares intervalles, ce diocèse qu'il avait régénéré. Seuls, deux grands intérêts lui restèrent confiés : la direction des « Petits Frères », dont nous parlerons bientôt, et celle des Filles de la Providence.
Supérieur ecclésiastique du couvent qu'il avait fondé, il ne céda jamais ni ses fonctions, ni son titre. Jusqu'à la fm de sa vie, il fit en personne la visite annuelle de la communauté, et, de nos jours encore, c'est l'esprit du fondateur qui, jalousement préservé de toute altération, vivifie cet ordre nouveau et en explique la vitalité.
VU
Lorsque M. de la Mennais quitta Saint-Brieuc, l'œuvre était bien modeste : neuf sœurs de chœur et quatre converses composaient toute la congrégation. La supérieure, M"*^Gonan, était une femme pieuse, d'un dévouement sans bornes, médiocrement intelligente d'ailleurs et assez peu instruite. Mais cette âme simple avait une foi indomptable. A Fexemple du saint prêtre qui lui communiquait son courage, elle se confiait à Dieu seul, et Dieu, appelé par elle au secours de sa faiblesse, opérait des prodiges par
aussi je j)erdrais la liberté de disposer de la maison. Or, j"ai en tète un projet qui ne peut s'exécuter à présent, mais qui, d'ici quelques années peut se réaliser. Ce serait d'établir dans cette maison des missionnaires. On leur ferait un enclos, et le reste du terrain serait à l'usage de la Providence, qui conserverait la propriété du tout. Vous sentez combien il serait avantageux à la maison d'avoir près d'elle des prêtres zélés qui se chargeraient des retraites, instructions, etc.. N'en parlez pas encore, car il n'y a rien à faire pour le moment, et, d'ailleurs, cela demande de mûres réflexions. Quoi qu'il en soit, je ne voudrais pas aujourd'hui prendre des engagements qui, plus tard, seraient un obstacle à ce plan (a). »
(a) Letlre publiée par la Semaine Religieuse du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, n» du 28 juin 1803.
310 JEAN-MARIE DE LA MEN?sAIS
ses mains. La notice que lui ont consacrée les Annales des Filles de la Providence renferme des traits dignes de l'histoire des Pères du désert. Nous en citerons quelques-uns, afin de montrer que, pour rouvrir Tore des miracles, il suffirait d'aller à Dieu avec la simplicité et la confiance des saints.
Supérieure pendant neuf ans, du 2o décembre 1818 au 26 septembre 1827, M"*^ Gonan fut alors déposée, selon la règle, et remplacée par M"'' Esther Beauchemin. On lui confia les fonctions d'économe, et c'est surtout en cette qualité qu'elle éprouva les effets de l'assistance divine.
Les enfants affluaient plus que jamais à l'école de la Providence. Il avait fallu bâtir, et les constructions n'étaient pas payées. Des années de cherté vinrent ajouter à la gêne de la pauvre maison. C'est la sœur économe qui devait pourvoir aux besoins des religieuses et des pensionnaires; or, parfois, il n'y avait pas dans la bourse commune de quoi subvenir aux dépenses d'une semaine.
On n'en poursuivait pas moins les travaux d'agrandissement. « Puisque cela est nécessaire, disait M"*" Gonan, Dieu viendra à notre secours. » Et Dieu, mis en demeure de révéler sa puissance, multipliait, comme en Judée, les pains et les poissons.
Un samedi, la sœur économe n'avait pas de quoi acheter les provisions de la journée. Néanmoins elle se rend au marché avec les quelques sous qui lui restent, et achète une sole pour le dîner. G'était bien peu, car la communauté était nombreuse. Gependant elle n'a jamais emprunté ; elle n'empruntera pas encore cette fois, et elle se borne à cette emplette. De retour au couvent, elle fait préparer la sole, récite le Benedicite ei^Q^vaai en devoir de servir ses sœurs. Elle fait large part à chacune, comme à l'ordinaire, et, lorsque toutes sont abondamment servies, le plat n'est pas épuisé : « Il nous reste la part du pauvre, dit iVr^^ Gonan; il n'en sera pas privé. » Et elle fait porter les reliefs du dîner à une famille indigente.
Une autre fois, la caisse de l'économe ne contient que vingt-quatre francs. La lingère vient lui dire qu'une