‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 137 sur 257 · MARQUES DE LA PROTECTION DIVINE · texte numérisé non relu

MARQUES DE LA PROTECTION DIVINE

des religieuses a besoin d'une robe : « Tout de suite, ma sœur, répond M"^ Conan, je vais Tacheter. »

Elle se rend chez une marchande de drap, choisit FétofTe, la fait couper et demande le prix :

— « Vingt-quatre francs. »

Elle vide sa bourse, et reprend, avec son emplette, le chemin du couvent. En arrivant, quelle n'est pas sa stupéfaction de retrouver au fond de sa poche les vingt-quatre francs ! Elle croit à une erreur, retourne en toute hâte au magasin, et fait ses excuses d'avoir emporté Fargent avec la marchandise. Ses écus sont encore sur le comptoir. On les lui montre, en lui affirmant qu'elle a bel et bien payé, et elle se retire, plus que jamais persuadée que la Providence se charge, quand il le faut, d'entretenir sa caisse.

De tels faits fortifiaient dans Famé de ses compagnes la confiance au secours d'en-haut. Visiblement la Providence se plaisait à justifier leur humble foi. Citons un dernier trait.

Un jour, la sœur Conan n'avait rien pour faire ses provisions du samedi : le dernier sou avait été donné à la porte du couvent. Elle va trouver la supérieure et lui fait part de sa détresse. Celle-ci lui répond : « Achetez toujours, ma sœur; quand nous aurons, nous payerons. »

La sœur économe fait ses achats comme à Fordinaire, et, le jour même, arrivent à la maison des sommes sur lesquelles on ne pouvait raisonnablement compter. Outre les provisions de la semaine, la maison fut en état de payer immédiatement pour environ sept cents francs de dettes anciennes (1).

Et cette admirable histoire se continue, moins merveilleuse peut-être, mais non moins édifiante, pendant plus de quarante ans. Les huit premières supérieures qui se

(1) Tous ces faits sont tirés des Annales manuscrites des Filles de la Providence. Nous en laissons la responsabilité à la religieuse qui les a rapportés, tout en faisant remarquer que son récit, écrit immédiatement après la mort de la mère Conan, a été mis sous les yeux des anciennes sœurs qui avaient beaucoup connu leur première supérieure, et qu'il est permis de voir dans ces circonstances une garantie d'authenticité.

succèdent à la Providence se débattent constamment contre une pauvreté de plus en plus angoissante, et toujours, au moment même où tout semble perdu, le secours arrive inopiné, pas assez abondant pour asseoir l'œuvre dans une sécurité définitive, assez pour lui faire poursuivre sa marche en avant.

YIII

En voyant ces marques éclatantes de la protection divine, l'abbé de la Mennais s'attachait de plus en plus à sa chère devise : « Dieu seul », et il répétait dans la joie de son âme : a A Domino factum est istud, et est inirahile in oculis no s tris (1). »

Ce n'est point, d'ailleurs, qu'il fût délivré de tout souci du côté de la nouvelle communauté.

En 1837, la Providence venait de fonder une maison à Moncontour, et elle n'avait pas encore reçu l'autorisation légale. Cette situation inquiétait M. de la Mennais, qui restait, jusqu'à nouvel ordre, le seul propriétaire reconnu de la maison de Saint-Brieuc.

Il en écrivit au ministre de l'Instruction publique. Nous citerons de longs extraits de sa lettre : elle indique l'état de prospérité où était parvenue à cette date la congrégation; de plus, elle fait connaître les vues ingénieuses du fondateur sur les moyens d'étendre l'instruction des filles et de former, pour la Bretagne, de bonnes institutrices.

«... Je ne vous ai rien dit de mes écoles de filles, déclare-t-il au ministre. Je n'en ai que deux, et peut-être cela ne vaut-il pas la peine d'en parler. Cependant je vous en parlerai en toute humilité et simplicité, parce que les plus petits renseignements peuvent être précieux lorsqu'il s'agit de donner une grande impulsion à l'instruction primaire, dans un pays où il y en avait si peu,

(1) « C'est le Seigneur qui a fait cette œuvre; elle est à nos yeux digne d'admiration. » Ps. 117. v. 23.

Page 1