FONDATION DES FRERES DE L INSTRUCTION CHRETIENNE. 31. DESIIAYES
Nous arrivons à l'œuvre capitale du fondateur.
M. de la Mennais n'avait pas en vain lutté contre l'école neutre de Saint-Brieuc. Les pauvres « Lancastériens » élevaient à peine le cinquième des enfants, tandis que les classes des « Ignorantins » étaient combles. Chaque mois, presque chaque semaine leur amenait de nouveaux écoliers. Le jour vint oii les religieux surmenés demandèrent grâce. Pour suffire à pareille tâche, il leur fallait du renfort. En attendant, des bandes d'enfants pauvres, refusés faute de place, faisaient l'école buissonnière.
C'est alors que l'espoir de l'abbé Jean se tourna vers quelques jeunes paysans qu'il avait accueillis à son foyer, à une époque oii il désespérait d'obtenir des Frères, et qu'il avait commencé d'instruire pour en faire des maîtres chrétiens. Ils étaient entre ses mains, prêts à tous les labeurs comme à tous les sacrifices. Ils devaient devenir les premiers « Petits Frères » de l'Instruction chrétienne. Mais il nous faut revenir en arrière, et insister sur les humbles commencements de cette belle œuvre.
C'était en 1817, peu après la publication du projet de Garnot sur renseignement primaire (1). Préoccupé de soustraire Saint-Brieuc à une organisation scolaire qu'il jugeait pleine de dangers, M. de la Mennais imaginait mille combinaisons pour faire donner à ses jeunes compatriotes une instruction à la fois religieuse, pratique et à bon marché.
Parmi les prêtres qui possédaient sa confiance se trouvait un ancien vicaire de Tréguier, M. Tresvaux, qu'il venait de nommer à l'importante cure de la Roche- Derrien (2). Là, mieux qu'ailleurs peut-être, l'esprit de foi s'était conservé. Le grand vicaire pria le nouveau doyen de chercher dans sa paroisse et dans les environs trois jeunes gens de bonne volonté, aussi pieux et intelligents que possible, et de les lui envoyer.
Quelques jours après, Fabbé Jean voyait arriver chez lui trois braves garçons qui ne se doutaient guère de ce qu'on voulait faire d'eux, pour la bonne raison que celui qui les appelait ne le savait pas encore bien lui-même. Tous originaires du pays breton, ils comprenaient à peine quelques mots de français. Qui eût dit à ces jeunes paysans, pendant qu'ils s'acheminaient tranquillement, sur Tordre de leur recteur, vers la ville épiscopale, qu'ils étaient les premiers nés d'une grande famille religieuse?
(1) 11 existe un mémoire manuscrit de M. de la Mennais qui rapporte à l'année 1818 la fondation des Frères de l'Instruction chrétienne. I/auteur avait sans doute en vue la fondation des premières maisons des Frères. En tout cas, dans un autre mémoire autographe, contenant un historique officiel de l'Institut, et envoyé à Rome pour obtenir l'approbation du Saint- Siège, M... de la Mennais assigna lui-même la date de 1817 à la fondation de sa congrégation de Frères. Et il faut bien que la réunion des premiers Frères ait eu lieu en 1817, puisque, dès 1818, on assiste à la fondation des premières écoles.
{'■ï) Nous avons déjà cité M. Tresvaux (Gh. IX. p. 189) à propos du zèle qu'il déploya à Tréguier lors de la mission de 1816. M. de la Mennais récompensa, dès qu'il le put, son activité, en lui confiant un poste de doyen. Plus tard, Mgr de Quélen, archevêque de Paris, désira l'attacher à sa personne, et il mourut chanoine de la métropole de Paris, laissant une bonne Histoire de la persécution religieuse en Bretagne pendant la Révolution (2 vol in. 12).