‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 145 sur 257 · LES DEUX FONDATEURS ASSOCIES · texte numérisé non relu

LES DEUX FONDATEURS ASSOCIES

Plus connu en Bretagne que M. Deshayes, fixé dans une ville plus considérable qu'Auray, M. de la Mennais était alors plus en mesure que son confrère de trouver des ressources. D'autre part, en 1819, il n'avait qu'un très petit nombre de sujets formés, ce qui l'obligeait à éconduire la plupart des recteurs qui lui demandaient des écoles. M. Desbayes pouvait lui en fournir. En s'aidant l'un l'autre, ils avaient chance de fonder une œuvre durable et d'embrasser peu à peu la Bretagne entière dans un réseau d'écoles qui aurait pour centres Auray et Saint-Brieuc.

Au mois de juin, le curé d'Auray se mit en route pour Dinan. IVL de la Mennais voulait y ouvrir une école (1). Il n'avait pas le personnel nécessaire, et son collègue mettait à sa disposition trois jeunes maîtres, les frères Charles, Gabriel (2) et André. M. Deshayes s'arrêta à Saint-Brieuc. Pendant huit jours, on discuta les conditions de l'union des deux œuvres. De ces colloques sortit le curieux traité qu'on va lire :

« Aunom de la Très sainte Trinité, Père, Fils etSt-Esprit.

« Nous, Jean-Marie Robert de la Mennais, vicaire général de Saint-Brieuc, et GabrieF Deshayes, vicaire général du diocèse de Vannes et curé d'Auray,

« Animés du désir de procurer aux enfants du peuple, spécialement à ceux des campagnes de la Bretagne, des maîtres solidement pieux, nous avons résolu de former provisoirement à Saint-Brieuc et à Auray deux noviciats de jeunes gens qui suivront, autant que possible, la règle des Frères des Ecoles chrétiennes et se serviront de leur méthode d'enseignement; mais, considérant que cette bonne œuvre naissante ne saurait s'accroître et se consolider qu'avec le temps, et que chacun de nous peut mourir avant l'époque oii cette bonne œuvre sera assez avancée pour se soutenir par elle-même, nous sommes convenus de ce qui suit :

(1) 11 avait déjà ouvert, une école à Pordlc, où il avait envoyé le Frère Paul, venu du noviciat d'Auray.

(2) Le frère Gabriel ne persévéra pas et fut remplacé par le Frère Paul.

334 JEA^-MARIE DE LA MENXAIS

« 1^ Les deux maisons de noviciat établies, Tune h Saint-Brieuc et Faiitre à Auray, seront dirigées, savoir : la première, par M. de la Mennais; la seconde^ par M. Deshayes.

«2° Les deux maisons auront la même règle, la même méthode d'enseignement et n'en feront qu'une.

« 3° Chacun de nous aura la direction et la surveillance de tous les Frères placés dans son diocèse et de tous ceux qu'il placera dans un autre diocèse.

(( 4° Lorsque nous le jugerons à propos, nous choisirons parmi les Frères un supérieur et deux assistants, et nous désignerons la maison où ils devront habiter; dans le cas où les choix n'auraient pas été faits avant la mort de l'un de nous, ou que l'autre , pour une cause quelconque, ne pourrait pas y concourir, les choix et les arrangements à prendre pour le bien de la société seront faits par un seul.

« 5^ Nous nous occuperons de trouver, le plus tôt possible, une maison centrale pour les deux diocèses, qui ne soit pas éloignée d'une grande route, et, autant que faire se pourra, à la campagne.

« 6^ Chacun de nous prendra les mesures nécessaires pour qu'à sa mort les ressources qui lui resteront entre les mains pour son établissement passent au survivant, qui les joindra aux siennes pour le soutien de la société.

« Fait double à Saint-Brieuc, le dimanche de la Trinité, () juin 1819.

Sig7ié : Desitayes Vicait'e général et curé d Auray .

J.-M. Robert de la Mexxais Vicaire général de Saint-Brieuc .

Cette pièce une fois signée, l'abbé Deshayes reprit, avec ses Frères, le chemin de Dinan. Il était rayonnant : « J'avais, disait-il, quelques inquiétudes sur l'avenir de notre société; mais je viens de prendre avec M. de la Mennais des arrangements qui simplifient toutes choses. L'œuvre va marcher : Dieu soit béni! »

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