‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 144 sur 257 · LE NOVICIAT D'AURAY · texte numérisé non relu

LE NOVICIAT D'AURAY

jusqu'à quel point les deux situations se ressemblent. L'abbé Deshayes tint bon malgré l'épreuve.

— (( Mathurin, dit-il un jour à son unique novice, voulez-vous, vous aussi, me quitter? Vous êtes libre; mais si vous restez, rien ne sera perdu, et nous continuerons comme par le passé. Faut-il nous arrêter, ou marcher?

— « Marchons, mon père! » répondit le jeune homme. Mathurin Provost resta seul pendant six mois, et pas

un seul jour l'abbé Deshayes ne douta de l'avenir.

Au bout de ce temps, un nouveau postulant arriva de Ploërmel. Il s'appelait Mathurin Guyot. C'est celui que nous retrouverons au cours de ce récit sous le nom de Frère Paul. Cette recrue fut bientôt suivie de quelques autres. On reprit avec un nouveau courage la vie de communauté. Un règlement basé sur la discipline des noviciats de M. de la Salle déterminait, pour chaque jour, les heures consacrées à la prière, à l'étude et au travail manuel.

Au mois de septembre 1817, M. Deshayes avait sept novices. Bientôt il put donner des maîtres à quelques paroisses pauvres. L'école de Limerzel, au diocèse de Vannes, fut la première fondée (1); peu après, Malestroit et Ploërmel reçurent des Frères de M. Deshayes. La jeune congrégation put même envoyer un de ses membres à Thénezay (2), au diocèse de Poitiers (3).

(1) En 1818, croit-on, Cf. Institut des Frères de rinslmctlon Chrétienne de Saint-Gabriel. — Origines, organisation, œuvres, par l'abbé A. Blain, p. 133.

(2) L'école de Thénezay fut également fondée en 1818. Elle subsista peu de temps.

(3) Voici quelques détails sur les petits événements qui remplirent les premières années du noviciat d'Auray. Nous les empruntons à un manuscrit dont l'auteur, après avoir été un des premiers disciples de M. Deshayes, acheva sa formation religieuse à Saint-Brieuc, et devint le frère Hippolyte. Le mémoire a pour titre : Chronique des Frères de l'Instruction chrétienne. « Au mois de septembre 1817, ils (les jeunes gens réunis chez M. Deshayes), firent une retraite avec les Frères des Ecoles chrétiennes. Comme c'est au P. Deshayes que ces Frères doivent leur établissement à Auray, puisque c'est lui qui les a appelés et qui leur a fait bâtir des classes au Maniguen, il ne lui fut pas difficile d'obtenir que ses jeunes gens, alors au nombre de sept, fissent avec eux les exercices spirituels. Cette retraite, la première que les nôtres aient faite , fut donnée par un grand ami du Père , M. Villeneuve,

Le curé d'Auray n'avait aucun patrimoine. Les aumônes qu'il recevait étaient immédiatement absorbées par les œuvres de toute sorte auxquelles il prêtait son appui. Sans jamais douter de la Providence, il se demandait parfois comment pourrait subsister son petit noviciat pour peu qu'il se développât.

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C'est alors qu'il fit la rencontre de M. de la Mennais. Les deux fondateurs virent tout de suite qu'ils avaient intérêt à s'unir.

dans une des classes des Frères, parce que leur oratoire était tro[> petit. Entre les exercices, nos jeunes postulants se dispersaient pour aller à confesse, les uns aux Capucins, les autres à l'hospice, etc. Ils se réunissaient à la cure pour les repas et pour le coucher. Pendant le cours de l'année, plusieurs se rendaient au Maniguen pour apprendre à faire la classe, car la volonté du Père Deshayes était que, dans renseignement, nous suivissions la méthode des Frères des Ecoles chrétiennes.

« Au mois de septembre 1818, nos Frères, au nombre de treize, firent encore la retraite avec ceux des Ecoles chrétiennes, au Maniguen. Cette fois, ce fut M, Guyomard, alors curé de Malestroit, qui donna les instructions, dans une des classes. La chaire du maître devint celle du prédicateur. Du reste, cette retraite ressembla à la précédente. On se levait à cinq heures, et l'on se rendait dans la chambre du Père Deshayes, pour la prière et la méditation. On s'y rendait aussi ordinairement pendant le cours de l'année. Chaque Frère faisait la prière à sa semaine, et tous les jours, un Frère donnait à haute voix la conclusion de la méditation...

« De temps en temps, la petite communauté augmentait de quelque membre. Déjà même on avait pu former quelques établissements dans le Morbihan, et la famille devint assez nombreuse pour qu'il ne fût plus possible de faire la retraite annuelle au Maniguen sans y être incommodes aux bons Frères qui avaient la charité de donner aux nôtres les leçons de leur expérience. A dater de l'année 1819, nos Frères eurent donc leurs retraites propres. Celle de cette année, comme les précédentes, eut lieu au mois de septembre, et fut donnée, dans une chambre du collège, par le Père Deshayes, aidé du Père François, jésuite.

« A cette époque, nos Frères étaient une vingtaine. Le noviciat était très étroitement logé; aussi le personnel ne dépassa pas le nombre de vingt-et-un. Tous vivaient retirés dans une chambre qu'on avait pratiquée dans une ancienne chapelle attenante à la cure . . . C'était là que nous couchions, que nous travaillions, que nous faisions tous les exercices réguliers du noviciat, et, certes, la petite communauté était bien fervente. Le bon Père s'efforçait de mamtenir tout le monde dans l'esprit d'obéissance et d'humilité. « Vous ne ferez rien, répétait-il souvent, vous ne ferez aucun bien réel si vous n'êtes pas humbles. » De temps à autre, il faisait venir le petit noviciat dans la salle de la cure, et là, il s'informait du Frère directeur si quelqu'un manquait à l'obéissance ou à la charité; il réprimandait ou encourageait selon le besoin, etc. »

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