‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 149 sur 257 · LE FRÈRE PAUL ET M^^'^ DE FORRLX-JANSON · texte numérisé non relu

LE FRÈRE PAUL ET M^^'^ DE FORRLX-JANSON

Le frcre Paul était devenu Thomme de confiance des deux La Mennais. Il était l'intermédiaire habituel de Féli pour ses communications entre la Ghesnaie et Paris. Tout en exploitant le dévouement du pauvre Frère, le philosophe s'égayait parfois de sa simplicité.

Vers la fin de 1825, à l'époque oii Félicité de la IMennais recevait le plus de visites, un homme revêtu d'une vieille redingote noire se présenta, sans se faire connaître, à la maison des Frères de Dinan. Son air piètre, son nez énorme et son costume peu relevé n'inspiraient au frère Paul qu'une médiocre confiance.

(( Je suis désolé, dit-il en tempérant son refus d'un regard bienveillant; mais il m'est impossible de vous recevoir.

— En ce cas, reprit Fautre, procurez-moi une voiture, el veuillez m'indiquer le chemin de la Ghesnaie. »

Heureux d'en être quitte à si peu de frais, le Frère donna de bon cœur le renseignement demandé.

Le lendemain, de grand matin, il reçut une lettre de l'abbé Féli. On le priait d'acheter toutes sortes de provisions, d'en charger le cheval de la Ghesnaie et de venir prendre sa part d'un bon dîner.

Le frèj'e Paul n'y manqua pas. A table, il fut placé près de l'inconnu, qu'il retrouva, non sans quelque étonnement, en pareille compagnie.

Alors, offrant un plat au prétendu quêteur. « ^Monseigneur en acceptera-t-il ? » demanda l'abbé, d'un air respectueux.

Le pauvre religieux était terrifié. Le visiteur qu'il avait si mal reçu n'était autre que Mgr de Forbin-Janson, nommé récemment au siège de Nancy, et non moins connu par ses vertus et ses malheurs que par ses excentricités provençales. Ce fut un petit coup de théâtre.

Le frère Paul ne se consola jamais d'avoir fermé sa porte à l'un des plus illustres évoques de France. Quant à l'abbé Féli, il riait à gorge déployée et se frottait

en cet endroit), soit fausse manœuvre, il fit pencher tout à coup notre embarcation et... nous voilà tous h l'eau! Le Père fut le pemier à l'i^c aux éclats de la mésaventure qu'il avait partagée avec nous. » (Relation du frère André.)

les mains au souvenir du bon tour qu'il avait joué. Parfois, Il avait ainsi dans l'intimité, des accès de gaîté folle, qui éclairaient un instant son austère visage et contrastaient avec son habituelle mélancolie (1).

Revenons aux premières écoles de Frères. Au commen- <îement de l'année 1820, le vénérable curé de Guingamp, M. Le Guyader, vint à Saint- Brieuc demander à M. de laMennais des maîtres chrétiens. Le fondateur lui accorda deux de ses meilleurs sujets, entre autres son premier disciple, Yves Le Fichand, connu désormais sous le nom de frère Yves.

A Guingamp, la pauvreté fut moins dure qu'à Dinan; mais le mauvais vouloir des autorités civiles et de certaines familles imposa aux nouveaux venus un autre genre d'épreuves.

Le frère Yves mourut à la peine. C'était une âme de saint dans un corps frôle, usé avant l'âge par le travail et les austérités.

Dès qu'il apprit que le premier Frère de sa congrégation allait mourir, M. de la Mennais accourut h Guingamp. A la vue de son supérieur, le malade joignit les mains : « 0 mon Père, dit-il, je meurs content! » Et une larme roula sur sa joue. Le fondateur rendit les derniers devoirs au jeune prédestiné qui s'en allait au ciel plaider la cause de son Institut, puis il adressa à tous les Frères une lettre circulaire oii il rappelait ses vertus.

Comme les établissements de Dinan et de Guingamp, les écoles de Lamballe et de Tréguier eurent à l'origine leurs jours d'angoisses.

M. de la Mennais sentait que, pour inspirer à ses enfants confiance dans l'avenir, il fallait préciser au plus tôt les conditions de leur association, et permettre à

(1) Cette anecdote a été racontée par un ancien voisin de campagne de Félicité de la Mennais, M. Peigné, dans un opuscule intitulé : Lamennais, sa vie intime à la Chesnaie. Paris, Bach lin Dellorenne, 1864.

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