CE QU'IL FAUT POUR FONDER UNE ECOLE
duit est appliqué à l'entretien du Frère. Grâce à ce revenu (très extraordinaire assurément), Técole est tout à fait gratuite (1). Ailleurs on fait autrement.
« En retour de ces dépenses si modiques, la commune perçoit seulement la rétribution mensuelle imposée aux élèves, et elle en fixe elle-même la quotité. Or, cette rétribution , payée par les parents , est assez généralement d'un franc par mois. Pour peu que Técole renferme soixante élèves payants, elle ne coûte rien à la commune, et celle-ci réalise même un petit bénéfice.
« Dans les paroisses d'une vaste étendue, pour éviter aux enfants l'embarras de retourner chez eux aux heures des repas et pour les retenir à Técole toute la journée, on leur donne le dîner, c'est-à-dire le trempage, et ils fournissent leur pain. Un curé de Basse-Bretagne (celui de Bourbriac) a dépensé 6000 fr. de son patrimoine pour avoir deux Frères chez lui et pour arranger, indépendamment des classes, une cuisine et une jolie salle où les écoliers mangent, à midi, les petites provisions qu'ils ont apportées le matin (2). »
Outre les 180 francs de traitement annuel, l'abbé de la Mennais demandait aux communes, pour frais de premier établissement, une somme d'environ 800 francs,, qui se décomposait comme il suit. Une somme de 400 francs devait être payée une fois pour toutes à la maison principale, lors de l'arrivée du premier Frère qu'elle envoyait. A cette condition, l'institut s'engageait à pourvoir l'école d'un maître à perpétuité. Une autre somme de 400 francs était demandée pour le mobilier scolaire.
(1) L'école de Sauzon fut fondée en 1832. Nous rapportoiu le fait dès maintenant pour ne pas scinder l'exposé de M, de la Mennais. Dans un autre écrit, parlant de cette singulière fondation, l'abbé Jean concluait : « Jamais école n'a été plus riche : ce que Je ne dis pas, on le pense bien, à la plus grande gloire de mon pays, »
(2) Dans la Vie de Gabriel Deshayes (p. 94.^ M. l'abbé Laveau présente, au sujet des conditions matérielles d'installation des écoles, d'intéressants renseignements puisés, comme les nôtres, dans divers mémoires écrits par M. de la Mennais, Nous allons les reproduire en partie : « En associant trois pouvoirs bien distincts : la commune, le curé, la congrégation religieuse, les fondateurs ont tout organisé avec tant de sagesse, que les contestations sont presque impossibles. Si la commune se lasse de l'école.
Si modiques que fussent ces frais d'installation, ils dépassaient parfois les ressources des communes. Afin de permettre aux plus pauvres campagnes rétablissement d'une école chrétienne^ M. de la Mennais obtint plus tard du Conseil général des Gotes-du-Nord qu'il se chargerait de la première dépense en faveur des communes qui demanderaient un Frère par Tinter médiaire du préfet.
Placer un instituteur, sinon dans chaque commune, au moins de distance en distance sur tous les points du territoire breton, de manière qu'au fond même des derniers villages les enfants eussent à leur portée une école catholique, tel était, nous le savons déjà, le plan du fondateur.
Mais il n'ignorait pas à quels accidents sont exposées les écoles isolées. La maladie d'un maître pouvait les suspendre et les désorganiser pour longtemps.— « Ceci ne nous arrive jamais, a-t-il écrit. Aussitôt que nous sommes instruits qu'une de nos écoles est momentanément privée du Frère qui la dirige, un autre Frère part de la maison la plus voisine et va le remplacer. Si le cas est pressé, on n'attend pas même l'ordre du supérieur (1). »
On se rappelle que les maisons situées dans les centres importants devaient renfermer un certain nombre de Frères surnuméraires, en vue de ces remplacements. En 1830, l'Institut possédait dix maisons de ce genre. A l'époque
si le curé remercie l'instituteur, ou si le supérieur se voit obligé de rappeler son Frère, dans Tiin de ces trois cas, l'école cesse à l'instant. Voilà donc une association où l'on est libre de se séparer, où chacun a quelque chose à faire, où les fonctions sont tranchées : trois garanties d'union, de paix et de bonne entente.
« Quand le nombre des enfants est trop considérable, on ajoute un second Frère, et il est placé chez le curé, aux mômes conditions que le premier ; ou bien les deux instituteurs S(tnt établis dans une maison à part. Lorsque les Frères sont trois, ou plus de trois, ils vivent toujours à leur ménage. La commune fournit le logement, ou il est acheté par le fondateur, qui perçoit alors lui-môme les rétributions des élèves, et se trouve dans la môme situation que le chef de toute autre maison d'institution publique. Les écoles de ce genre sont, en général, dans les villes. Du reste, dans les établissements où Ton place plusieurs Frères, on rencontre des conventions de nature très variées entre les supérieurs de l'ordre et les communes. Pour les deux fondateurs, il n'y avait pas de principes immuables dans la pratique, et chaque circonstance devait apporter ses lois avec elle. »
[{) Extrait d'un mémoire manuscrit de M. de la Mennais, intitulé : De l'enseignement immaire en Bretagne. — Archives des Frères.