I.ES PETITS NOVICIATS 3ol
qui nous occupe, la maison de Dinan pouvait seule, avec les noviciats de Saint-Brieuc et d'Auray, servir de centre. Bientôt la maison de Tréguier fut pourvue, elle aussi, d'un personnel de cinq ou six Frères. Dès 1825, elle servait, comme les autres, de point de ralliement.
Ces écoles, situées dans les villes, exigeaient la présence de Frères capables et expérimentés. Le fondateur y envoyait ses meilleurs sujets, et ne gardait auprès de lui que les maîtres absolument nécessaires pour l'instruction de ses novices.
En 1821, ceux-ci étaient au nombre de quatorze; mais les demandes affluaient. L'idée vint à Tabbé de la Mennais de confier aux Frères de Dinan, puis à ceux de Tréguier, quelques-uns des nouveaux postulants. C'était une épreuve éliminatoire qui permettait d'écarter des noviciats principaux les jeunes gens dépourvus de la capacité ou des autres dispositions nécessaires ; c'était aussi un moyen d^alléger le fardeau très lourd des Frères de Saint-Brieuc. Les deux maisons de Dinan et de Tréguier furent donc érigées en petits noviciats, et destinées à alimenter les maisons de Saint-Brieuc et d'Auray.
Bientôt on eut partout de nombreux novices, mais la question de l'entretien matériel se posait plus inquiétante que jamais. « L'établissement de nos écoles coûte très peu, écrivait alors l'abbé de la Mennais au ministre de l'Intérieur; il n'y a pas, pour ainsi dire, de commune qui n'en puisse avoir une aux conditions que nous avons réglées ; et comme , à défaut d'autres ressources , il est permis aux fondateurs de recevoir une légère rétribution des élèves, on n'est jamais embarrassé pour fournir à l'entretien des maîtres. Mais les établissements où l'on forme les maîtres eux-mêmes sont très dispendieux : nourriture, habillement, livres, etc., tout est à notre charge, caria plupart étant pauvres, nous ne pouvons exiger d'eux que les qualités nécessaires à l'état qu'ils veulent embrasser (1). » Et il demandait qu'on le fît participer
(1) Lettre inédite, du 31 août 1821. — Archives des Frères.
au secours de cinquante mille francs voté par les Chambres en faveur des écoles primaires.
Les libéralités du gouvernement n'étaient pas alors exclusivement réservées aux écoles officielles. M. de la Mennais obtint une allocation de sept ou huit mille francs, qui fut renouvelée et même augmentée plus tard, sans jamais, d'ailleurs, suffire aux besoins croissants de l'œuvre.
Le nouvel institut sortait de la période hésitante des débuts. Les projets de M. de la Mennais s'élargissaient; ses espérances prenaient corps; rien désormais ne bornait ses ambitions de conquérant pacifique, lorsqu'un événement inattendu parut un instant compromettre l'avenir.
Le 12 mars 1821, M. Deshayes quittait la cure d'Auray et partait pour la Vendée avec Tintention de s'y fixer.
Gomment expliquer cette brusque rupture avec un passé fécond en œuvres et béni de Dieu? Gomment, à cinquantequatre ans, le curé d'Auray consentait-il à s'exiler de la Bretagne, pour aller ailleurs recommencer sa vie? G'est précisément parce que rien ne l'attirait en Vendée qu'il crut reconnaître la main de Dieu dans les événements qui l'y poussèrent.
Au mois de septembre 1820, il avait reçu une lettre du R. P. Duchesne, supérieur général des deux congrégations fondées par le bienheureux Grignion de Montfort : les missionnaires de la Compagnie de Marie et les Filles de la Sagesse. On le suppliait de se rendre de suite à Saint- Laurent- sur-Sèvre.
Que voulait-on de lui? Sans doute, il n'était pas absolument inconnu en Vendée. Il avait confié aux Filles de la Sagesse la Chartreuse d'Auray et la maison de refuge de Josselin. Il avait dû, par suite, échanger avec les supérieurs de cette congrégation une correspondance administrative qui avait peut-être révélé en partie ses aptitudes pour le gouvernement; il ne devinait pas toutefois dans quel but on réclamait sa présence.