‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 154 sur 257 · DÉPART DE M. DESHAYES · texte numérisé non relu

DÉPART DE M. DESHAYES

Il le comprit bientôt. Si la congrégation des Filles de la Sagesse était prospère, la Compagnie de Marie n'avait pu se relever des coups portés par la Révolution. Elle ne comptait plus que sept missionnaires (1), qui vivaient sans autre lien que les exercices de la vie commune. Quatre Frères leur étaient associés. Ils exerçaient, sous l'autorité et pour le compte des Pères, diverses professions manuelles, sauf l'un d'entre eux, qui tenait l'école de Saint- Laurent. Pas plus que les missionnaires, ils n'étaient liés par des vœux. Tel était l'état précaire de cette vaillante Compagnie de Marie, œuvre préférée du Bienheureux de Montfort.

Le R. P. Ducliesne se sentait mourir. Que deviendraient après lui ces débris auxquels, du moins, sa présence et son autorité avaient servi de lien? Il confia ses angoisses à M. Deshayes, et le pria de recueillir de sa main défaillante . l'œuvre du saint missionnaire. Le curé d'Auray revint de Saint-Laurent honoré du titre et des pouvoirs d'assistant. Trois mois après, il apprenait la mort du P. Duchesnc et la désolation de ses enfants. L'évêque de la Rochelle, Mgr Paillon, se joignait aux missionnaires et aux Filles de la Sagesse pour le prier de prendre en main le gouvernement des deux familles.

• Qu'allait-il faire? Gomment quitter une paroisse transformée, régénérée, sanctifiée par ses soins? Comment dire adieu aux Frères de l'Instruction chrétienne et aux Sœurs de Saint-Gildas , qu'il venait à peine d'organiser en congrégation? La séparation serait cruelle; mais l'abbé Deshayes n'était pas homme à reculer devant un sacrifice voulu de Dieu. Pour connaître avec certitude les desseins d'en-haut, il remit à son évoque, Mgr de Bruc, la décision d(^ cette grave affaire. •

Ce prélat avait le jugement droit, l'esprit large, l'àme vraiment catholique : « Si je considère les intérêts de mon diocèse, dit-il au curé d'Auray, je dois vous dire : restez;

(1) C'étaient MM. Dii^niet (entré en 1787, décédé en 1832) — :Maingiiet (1816-1835: — llieard ,1817-1822) —Gonelleau (1818-1822) — Ilourdel (1818-fm 1821) — Javeleau ,1818 ...) — Payen de la Grandière (Janvier 1820-1836).

mais si j'envisage le bien général de la religion, je dois vous dire : partez I »

Il n'en fallut pas davantage. Le dimanche suivant, Fabbé Deshayes faisait ses adieux à sa paroisse : « Mes enfants, dit-il, lorsque je fus nommé à la cure d'Auray, je vins au milieu de vous n'ayant pour tout bien que mon bâton et mon bréviaire. La divine Providence m'oblige à me séparer de vous. En vous quittant, je veux m'en retourner comme je suis venu, avec mon bâton et mon bréviaire (1). »

Le 12 janvier 1821, il était élu supérieur général, et, deux mois après, il quittait définitivement Auray. Son noviciat de Frères était alors composé de quinze jeunes gens, à la tête desquels il avait placé, depuis peu, un homme qui possédait toute sa confiance, le frère Pierre. Deux des novices refusèrent de le quitter. Il les envoya, dès la première heure, à Saint-Laurent, oii ils firent profession, plus tard, sous les noms de frère Augustin et de frère Pierre-Marie (2).

Les treize autres, tout en restant à Auray, furent confiés, provisoirement du moins, à M. delaMennais. Il importait de régler leur sort au plus tôt et de les affermir dans leur vocation. Au mois de mai 1821, un congé de quinze jours fut accordé à toutes les écoles tenues par les Frères de Bretagne. Les deux fondateurs avaient décidé qu'avant la séparation, tous feraient encore en commun les exercices de la retraite.

On se rendit donc à Auray des divers points où les Frères étaient en fonctions. M. de la Mennais y vint lui-même avec ses novices, et l'on se réunit, comme Tannée précédente, à la communauté du « Père Eternel », Soixante Frères environ, y compris les aspirants, prirent part aux exercices. Le vieil ami de l'abbé Jean, M, Gilbert, donna les principales instructions (3).

(1) Cf. Laveaii. Vie de Gabriel Deshayes, page 177.

(2) Le premier devait succéder à M. Deshayes comme supérieur général des Frères de l'Instruction chrétienne de Saint-Gabriel; le second devait retourner en Bretagne et s'y réunir aux Frères de Ploërmel.

(3) Gest à cette retraite que, pour la première fois, les Frères gardèrent le silence absolu pendant huit jours.

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