‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 158 sur 257 · FORMATION DES FRERES DE BRETAGNE · texte numérisé non relu

FORMATION DES FRERES DE BRETAGNE

Revenons aux écoles bretonnes. La période des vraies difficultés allait commencer pour M. de la Mennais. Sollicité de tous cotés par les recteurs, il se vit obligé d'abréger parfois le noviciat de ses postulants et d^cnvoycr dans les campagnes, comme instituteurs, des jeunes gens de dix-huit ans.

S'imagine-t-on la situation d'un religieux de cet âge, jeté au milieu d'une bande de petits paysans dissipés et têtus, sans autre secours que les encouragements d'un vieux prêtre? N'était-il pas à craindre parfois que le recteur trop complaisant ne prêtât au jeune Frère qu'un médiocre appui pour l'observation de sa règle?

Par contre, certaines brusqueries, qui échappent assez souvent à des hommes au cœur d'or, n'effaroucheraientelles pas la timidité d'un commensal peu au courant des habitudes du pasteur? Le pauvre débutant ne serait-il pas très vite déconcerté?

Ces dangers n'échappaient point à M. de la Mennais. Il y trouva un remède dans des communications très fréquentes avec ses Frères. Il arrivait parfois à l'improviste dans un presbytère. Il voyait d'abord le recteur, l'interrogeait sur la conduite et le caractère de son disciple, puis adressait à celui-ci, selon le besoin, l'encouragement ou la réprimande. S'il ne pouvait aller partout lui-même, il se faisait suppléer par un visiteur choisi ordinairement parmi les Frères des petits noviciats.

Mais son grand moyen d'action, outre la retraite annuelle et les visites, c'étaient les relations épistolaires. Il obligeait chacun de ses Frères à lui écrire au moins tous les deux mois, et, malgré l'effrayant surmenage que lui imposait l'administration du diocèse, il leur répondait exactement. Ses lettres étaient courtes, mais précises; toujours elles apportaient force et lumière.

Il importait, pour la formation religieuse et intellectuelle des jeunes Frères, qu'ils fussent exemptés du ser-

vice militaire. Les Frères des Ecoles chrétiennes l'avaient été par la loi du 10 mars 1818. Mais pour jouir du môme privilège, il fallait obtenir, en faveur de la nouvelle association, la reconnaissance légale.

M. de la Mennais s'y employa avec son zèle ordinaire. On négociait alors à Paris sa nomination au poste de vicaire général du Grand- Aumônier. C'est dire qu'il ne manquait pas de protecteurs en haut lieu. Sa demande fut agréée sans difficulté, et, le 1<^'" mai 1822, paraissait Tordonnance qui conférait l'existence légale à la société (1).

Le temps de la retraite annuelle approchai L M. de la Mennais choisit la petite ville de Josselin comme étant plus centrale que Saint-Brieuc, et y convoqua tous ses enfants pour la dernière semaine d'août 1822.

Il faut savoir comment voyageaient les Frères à cette époque. Voici le récit du frère Hippolyte, qui dut se rendre alors de Pleudihen à Josselin.

(( Le congé commença au jour fixé, dit-il, et nous nous réunîmes pour voyager ensemble, suivant les ordres qui nous avaient été donnés.

(( Les Frères de Pleudihen, de Trans, de Tinténiac, de Combourg et de Montauban se réunirent à ceux de Dinan. Nous rejoignîmes à Lamballe les deux Frères de cette ville, et, tous ensemble, nous nous rendîmes à Moncontour, oii arrivèrent, peu après, tous nos Frères de Saint-Brieuc et des environs. Tous étaient à pied; alors nous ne voyagions pas autrement. Il n'y avait parmi nous ni vieillards, ni infirmes. Notre Père seul avait un cheval; il le cédait souvent à quelque Frère qui paraissait fatigué. Notre Père était au milieu de nous, retenant son cheval pour ne pas nous devancer, et nous nommant tous les lieux remarquables que nous pouvions apercevoir.

« A Loudéac, notre Père avait, par condescendance, permis aux Frères de prendre du dessert dans les maisons où ils mangeraient. La plupart néanmoins s'en abstinrent. Cette petite privation édifia beaucoup ceux qui en furent

(1) Voir, pour le texte de cette ordonnance, Ropartz, p. 290.

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