‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 157 sur 257 · LES FRERES DE SAINT-GABRIEL · texte numérisé non relu

LES FRERES DE SAINT-GABRIEL

gation comptait des écoles sur tous les points de la Vendée. En 1835, M. Deshayes acheta, à l'intention des Frères enseignants, un bâtiment situé à Saint-Laurent, et put les séparer des Frères coadjuteurs de la Compagnie de Marie. Cette nouvelle maison fut dédiée à saint Gabriel, patron du fondateur, et les Frères instituteurs portèrent dès lors le nom de Frères de l'Instruction chrétienne de Saint-Gabriel (1).

Pour céder à certaines instances, le fondateur dut donner des instituteurs à quelques paroisses de la Loire- Inférieure. C'était empiéter sur le domaine réservé aux Frères de Bretagne, qui, en 1822, avaient été légalement autorisés pour la province entière. M. de la Mennais ne songeait nullement à relYiser aux Frères de Saint- Gabriel la faculté de s'établir dans les paroisses voisines de Saint -Laurent, lors même qu'elles seraient situées en Bretagne. La cordiale entente des deux fondateurs suffisait à écarter toute possibilité de conflit. Mais ils devaient penser à tout, même à l'avenir qui suivrait leur mort. Us signèrent donc, en 1826, une convention aux termes de laquelle le cours de la Loire limiterait le champ d'action des deux instituts.

L'année suivante, M. Deshayes confia à ses Frères une classe de sourds-muets qu'il avait jadis établie à Auray, et, depuis cette époque, ses nouveaux disciples joignirent cette œuvre à leurs principales fonctions. L'avenir de la société était assuré.

(1) Nous n'ignorons pas qu'aujourd'hui les Frères de Saint-Gabriel exposent autrement que nous ne l'avons fait les origines de leur Institut. En 1888, leur X" Chapitre général crut devoir rattacher les premières écoles des Frères de l'Instruction chrétienne du Saint-Esprit aux écoles charitables de Grignion de Montfort, et décida qu'il y avait lieu de regarder comme fondateur de la congrégation le nouveau Bienheureux, en n'attribuant à M. Deshayes que le rôle de restaurateur.

Une circulaire du supérieur général notifia immédiatement cette décision à tout l'Institut. Ce fut le signal d'une polémique assez vive entre les missionnaires de la Compagnie de Marie, héritiers très authentiques du bienheureux de Montfort, et les Frères de Saint-Gabriel.

Livres et brochures se succédèrent pour appuyer les opinions respectives des deux parties. Nous n'avons pas la moindre intention de prendre part à cette polémique, mais nous croyons, après un examen attentif des raisons alléguées de part et d'autre, qu'il convient d'attribuer à M. Deshayes un autre titre que celui de continuateur.

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Tout en lui continuant ses soins, l'énergique vieillard rêva dès lors de nouvelles fondations. Supérieur, avec M. de la Mennais, des Frères de Bretagne; fondateur des Sœurs de Saint-Gildas et des Frères de Saint-Gabriel, supérieur général de la Compagnie de Marie et des Sœurs de la Sagesse, organisateur d'une œuvre de sourds-muets, Fabbé Deshayes crut qu'il n'avait pas assez fait pour la gloire de Dieu et le soulagement des misères humaines.

En 1839, il détachait de la congrégation de Saint-Gildas quelques religieuses qui, sous le nom de Sœ'urs de l'Ange Gardien, devaient former un nouvel Institut. Il les destinait au soulagement des malades à domicile et à Féducation des enfmtsdu peuple. Enfin, la même année, à soixantequatorze ans, réalisant une idée chère à M. de la Mennais, il fondait une congrégation de Frères agriculteurs.

Il n'eut point le temps, hélas! de la voir prospérer. Jusqu'alors la vieillesse s'était fait à peine sentir. Elle avait respecté la haute et droite stature du missionnaire, la vivacité de son regard, la riche carnation de son visage, la fidélité de sa mémoire, la fermeté de sa volonté. Tout cela devait s'évanouir en un instant. Au mois de juillet 1811, une première défaillance lui fit comprendre que la dissolution était proche.

Depuis ce jour, il put dire avec FApotre : Quotidie morior (1). C'est le 28 décembre que la mort frappa son dernier coup. Fortifié par le viatique des mourants, entouré de ses fils de la Compagnie de Marie et de Saint- Gabriel, assisté par la Supérieure de la Sagesse, il passa à une vie meilleure, après avoir donné à M. de la Mennais et à ses Frères un dernier gage d'affection, dont nous parlerons plus loin.

Quelle existence héroïque, et comme ce lutteur était djgne de s'associer à celui dont nous écrivons la vie!

(r « Chaque jour la mort emporte quelque chose de moi ». i Cor, xv, 31.

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