‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 162 sur 257 · LE NOVICIAT DE JOSSELLN · texte numérisé non relu

LE NOVICIAT DE JOSSELLN

centrale pour les deux diocèses, peu éloignée d'une grande route et située, autant que possible, à la campagne.

Le noviciat de Saint-Brieuc ne réunissait point ces avantages. Les Filles de la Sagesse proposèrent de céder, à Josselin, une petite maison qui leur appartenait, et M. de la Mennais accepta cette offre suggérée, selon toute apparence, par M. Deshayes. Les novices quittèrent Saint- Brieuc à la fm de juillet 1823, et vinrent s'installer dans ce nouveau local, dont l'aspect misérable n'effraya point des âmes avides de pauvreté (1). G\*st là que furent donnés, au mois d'août 1823, les exercices de la retraite. Vu l'exiguité de la maison des Frères, on se réunit, comme Tannée précédente, dans l'établissement des Filles de la Sagesse.

M. de la Mennais, venu exprès de Paris, insista de nouveau sur l'importance de la règle, et recommanda spécialement l'exactitude à correspondre avec le supérieur.

Il espérait alors passer plusieurs années dans un poste où le Grand-Aumônier lui donnait chaquejour de nouvelles marques d'attachement. Malgré son activité, il prévoyait qu'un jour, pour peu que la congrégation suivît sa marche ascendante, il lui serait difficile de la gouverner d'aussi loin sans se faire aider. Aussi demanda-t-il à ses Frères assemblés de lui donner deux assistants. Les Frères Ignace et Louis furent choisis. Leur principale mission devait être de visiter les écoles en Tabsence du fondateur. Grâce à leur concours, presque toutes les classes purent être visitées tous les trois mois. Ils étaient élus pour cinq ans. Mais lorsque M. de la Mennais fut rentré en Bretagne, leur action parut moins nécessaire, et, les cinq ans écoulés, le fondateur reprit seul le gouvernement de l'institut. Il devait porter ce fardeau jusqu'à la vieillesse. Ce n'est que vaincu par l'âge et les infirmités qu'il consentit de nouveau à le partager.

Paris, en 1823. chez lieaucé-Riisand. Les exemplaires de ce premier tirage sont devenus fort rares.

(1) On se rappelle qu'un grand nombre de novices, les moins avancés sans doute, avaient été confiés au frère Paul, par M. de la Mennais. avant son départ pour Paris. Ces jeunes gens ne paraissent pas avoir été envoyés à Josselin.

Le vœu de trois ans fut prononcé pour la première fois à la retraite de 1823. Mais ce qui laissa l'impression la plus vive, c'est une circonstance de la prise d'habit qui termina la retraite.

Jusque-là, les nouveaux religieux avaient porté un crucifix sous leurs vêtements. Après un émouvant discours, le fondateur leur demanda de le porter désormais sur la poitrine, comme un gage public de fidélité au Maître qu'ils servaient. «Gela convient, disait-il plus tard, et pour eux-mêmes et pour le monde : pour eux-mêmes, à cause des souvenirs pieux que ce signe sacré leur rappelle; pour le monde, parce qu'il nous estime d'autant plus, que nous avons moins de ménagements pour ses préjugés impies (1). «

L'année suivante, la retraite eut lieu, pour la troisième fois, à Josselin. Elle avait été précédée par Tenvoi d'une circulaire datée de la Grande-Aumônerie, dans laquelle M. de la Mennais signalait les petits abus des réunions précédentes, et rappelait en termes pressants les règles de la pauvreté et du détachement religieux. Désormais chaque Frère devra quitter la table du recteur au moment où Ton servira le dessert, non seulement chez le curé dont il est le commensal, mais même en voyage. Il faudra, pour séjourner quelques jours dans sa famille à Tépoque des vacances, des raisons plus graves que par le passé. Pour que le fondateur puisse apprécier la capacité des maîtres et le travail des élèves, chaque Frère lui remettra^ à l'époque de la retraite, une page de son écriture, et, autant que possible, une page de l'écriture de ses quatre meilleurs écoliers.

De pareilles exigences effrayèrent certains courages mal trempés. Beaucoup de jeunes Frères retournèrent à la vie des champs, moins dure, à leur gré, que cette vie perpétuellement mortifiée.

Mais ceux qui restaient étaient des sujets d'élite, décidés à tous les renoncements; le fondateur pouvait compter sur l'avenir.

(1) Réponse à une consultation de M. Mazelier (31 août 182o).

Page 1