FAUTES D'ADMINISTRATION
mentir, il pourra publier, imprimer, afficher partout où besoin sera que c'est à lui que les ïrécorois doivent un séminaire, comme c'est à lui que tous, et surtout les prêtres, doivent fournir Targent nécessaire pour le payer (1). »
Tant que ces excentricités n'atteignirent que les grands vicaires, M. de la Mennais souffrit en silence. Malheureusement, elles transpiraient dans la ville et dans le diocèse. La manie de prêcher, que le prélat afficha bientôt sans retenue, acheva de tout brouiller. Son éloquence avait le don d'endormir, plus souvent encore celui d'égayer. Il ne s'en doutait pas, et personne ne pouvait l'empêcher de monter en chaire, quand il trouvait l'occasion bonne d'instruire son peuple de ses anciens exploits.
Il poussait parfois l'oubli des convenances jusqu'à la plus incroyable naïveté (2). On commença par rire de ses malheureuses sorties; mais bientôt des auditeurs, blessés par ses personnalités, réclamèrent. L'opinion publique s'émut en leur faveur, et, dès le mois de septembre 1820, tous les fonctionnaires de Saint-Brieuc, depuis le préfet jusqu'aux conseillers municipaux, murmuraient contre l'évêque et demandaient son départ. « Jamais vous n'avez vu pareil charivari », écrivait alors l'abbé Jean. Le peuple, de son côté, perdait le respect du prélat, au point de refuser de s'agenouiller lorsqu'il passait en prodiguant ses bénédictions.
Impuissant à dissimuler ces fautes, encore plus .à les réparer, M. de la Mennais pouvait-il s^associer plus longtemps à une pareille administration? Il ne le crut pas, et adressa de nouveau au prélat sa démission motivée.
Mgr de la Romagère savait de quelle considération
{{ Mémoires manuscrits, t. III, chapitre intitulé : Acquisition de l'ancien palais épiscopal de Trér/uier. — Ce récit est confirmé par les lettres de Mgr de la Romagère relatives à cette négociation, dont les autographes sont déposés aux archives de l'évêché de Saint-Brieuc.
(2) C'est ainsi qu'on l'entendit, en 1820, interrompre une oraison funèbre du duc de Berry, pour défendre à ses auditeurs la pêche des huîtres le dimanche. 11 tétait permis, quelque temps auparavant, de donner des éloges aux citoyens qui avaient combattu les royalistes du Morbihan pendant les Cent- Jours.
jouissait clans le diocèse le grand vicaire. Effrayé du vide qui allait se faire autour de lui, il supplia son collaborateur de reprendre son titre. Celui-ci fut inflexible. Pour calmer l'effervescence et l'irritation des esprits, il consentit seulement à ajourner sa retraite, à la condition de ne prendre part à l'administration que par des réponses aux renseignements demandés (1).
Le prélat ne se tint pas pour battu. 11 revint à la charge avec une insistance qui montre combien ses erreurs d'administration étaient inconscientes. M. de la Mennais résolut alors de l'avertir en termes assez clairs pour le désabuser entièrement, s'il était possible. Il lui fit parvenir, à la date du 27 novembre 1820, une lettre qui, adressée à tout autre prélat, eût été dure, et môme, on peut le dire, déplacée.
Mais le pauvre évoque croyait si volontiers à son infaillibilité, il était tellement enclin à se féliciter de tous ses faits et gestes, qu'il fallait bien lui dire la vérité sans périphrase, sous peine de n'être pas compris.
En tout cas, M. de la Mennais voulut, pour le bien du diocèse, tenter auprès de lui ce defnier essai. Piqué au vif cette fois, Mgr de la Romagère lui notifia, le 31 janvier 1821, qu'il lui avait donné un successeur. Il le nommait chanoine honoraire de Saint-Brieuc, et lui laissait tous les pouvoirs dont il avait joui jusqu'alors pour la confession.
L'abbé de la Mennais était trop populaire dans le diocèse pour qu'on acceptât volontiers cette mesure. Ce fut une protestation unanime. Des lettres de condoléances
(l)«Monseigneiir, mandait-il au prélat en octobre 1820, j'eus l'honneur de vous écrire, au commencement du mois de septembre, que, sur vos instances, je consentais à rester dans le diocèse jusqu'à ce que nous eussions fixé de concert le moment de mon départ, et que jusque-là je me bornerais à vous donner en particulier tous les renseignements que vous jugeriez à propos de me demander. Les motifs qui me portaient à prendre cette résolution n'ayant pas moins de force aujourd'hui, je ne puis non plus vous dire autre chose, sinon que je ne m'en départirai pas. » Dès lors> il s'abstint d'assister au conseil épiscopal.