‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 168 sur 257 · M. DE LA MENNAIS PRIVE DE SES FONCTIONS · texte numérisé non relu

M. DE LA MENNAIS PRIVE DE SES FONCTIONS

lui arrivèrent de tous côtés, en môme temps que des lettres de reproches et de murmures pleuvaient h réveché (1).

Dans ces circonstances, deux partis s'offraient au grand A'icaire destitué : quitter brusquement Saint-Brieuc, ou se réserver le temps de faire ses adieux.

Il adopta d'abord le second. Tant de chères amitiés, tant de coopérations dévouées à ses grandes œuvres méritaient, à son avis, quelques égards. S'éloigner furtivement, c'eût été contrister, froisser peut-être, des catholiques qui Tavaient soutenu de leur bourse ou de leur sympathie. Il comprit, d'ailleurs, qu'il trouverait dans les rangs de ses admirateurs des soutiens puissants pour ses œuvres menacées. Enfin il connut cette douce joie qu'on ressent aux heures tristes, à ces moments où la vie se brise, lorsque de fidèles affections viennent fortifier le courage et relever l'espérance. Pour tous ces motifs, il attendit.

j\ïgr de la Romagère savait en quelle estime on tenait à Paris son grand vicaire. Craignant le mécontentement de la cour, il avait pris les devants auprès du Grand- Aumônier, qui était alors l'archevêque de Paris, Mgr de Talleyrand-Périgord, et lui avait exposé ses motifs de plainte contre M. de la Mennais.

La démarche était malheureuse. Le coadjuteur du cardinal de Périgord, Mgr de Quélen, était l'ami intime de l'abbé Jean. C'est lui qui, vu l'extrême vieillesse de l'archevêque, présidait aux affaires du diocèse et de la Grande-Aumônerie. Le 12 mars, l'évêque de Saint-Brieuc reçut de Paris les lignes suivantes :

« Monseigneur, j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et j'en ai ressenti un véritable chagrin. Il est fort à regretter que les différends qui se sont

(1) « Depuis cette destitution, écrivait-il alors, j ai reçu tant de visites, on m'a donné tant de dîners, j'ai eu tant d'alfaires de toutes sortes^ qu'à peiné ai-je trouvé quelques instants pour écrire des lettres très pressées. Jamais ma position n'a été plus belle et plus douce, à l'argent près, dont je ne me soucie guère. Vous ne pouvez vous faire une idée de rattachement que l'on me témoigne ici. La ville entière marche jpomme un seul homme, sans distinction de partis, lorsqu'il s'agit de prendre ma défense. » Lettre inédite à M. Querret, 20 février 1821.

élevés entre vous et M. de la Mennais soient arrivés au point de devoir amener une séparation. Il m'est revenu de tous côtés que cet ecclésiastique s'était attiré l'estime et la considération de tout le diocèse de Saint-Brieuc, et je n'en veux d'autres preuves que tant d'établissements de bienfaisance, qui ne pouvaient exister que par la charité des fidèles. Ces établissements tomberont avec la retraite de M. l'abbé de la Mennais. Je crains bien que l'opinion publique ne vous en rende responsable; il est donc de mon devoir de vous exhorter à tâcher, s'il en est temps encore, de retenir le coopérateur qu'il eût été bien à désirer que vous eussiez pu parvenir à vous attacher. Les hommes de cette trempe sont trop rares au temps oii nous vivons pour que leur perte ne soit pas irréparable.

« Je vous devais la vérité telle que je la vois; je vous prie de ne regarder la franchise de cette lettre que comme une preuve de l'intérêt que je vous porte. Veuillez en recevoir l'assurance, ainsi que celle de ma haute considération. » Cette lettre était signée du Grand-Aumônier.

En apprenant la destitution de son collègue, M. de Nantois avait envoyé sa démission. De son côté, M. Vielle, après s'être vu refuser par l'évêque un jeune prêtre dont il estimait avoir besoin, venait de quitter ses fonctions de supérieur du séminaire pour se retirer à l'hospice. Le prélat restait sans grands vicaires, sans conseil, en butte au mécontentement de la ville et du diocèse, pendant que l'ancien vicaire capitulaire grandissait dans l'estime de tous.

Ce n'est pas seulement des diocèses bretons que lui venaient des témoignages de sympathie. Un prélat qui ne le connaissait alors que de réputation, Mgr de la Fare, ancien évêque de Nancy, récemment nommé à l'archevêché de Sens, le pria d'accepter dans son diocèse la charge de vicaire général.

On le savait à Saint-Brieuc, et on en profitait parfois pour manifester hors de propos contre Mgr de la Romagère. Dans une maison amie, M. de la Mennais fut un jour obligé de subir un toast ainsi conçu :

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