XX LETTRE DE M. LE COMTE ALBERT DE MUN
des Antilles, de la Guyane el du Sénégal, par qui fut, en ces contrées lointaines, gravé au cœur des pauvres esclaves le nom et l'amour de la France. Ils n'omt jamais appris comment Guizot, le ministre protestant de la monarcliie de Juillet, encourageait les Frères de rinstruction chrétienne, comment les remerciaient et les félicitaient les ministres libres-penseurs de la République de 1848. Ils n'ont pas demandé au vainqueur du Dahomey ce que pensait de leur école de Saint-Louis le général Faidherbc, ni quel souvenir lui-même a gardé de ses maîtres de là-bas!
Non, ils ne le savent pas et ils ne veulent pas le savoir; ou plutôt, le sauraient-ils, qu'ils diraient -encore : « Qu'importent leurs bienfaits, puisqu'ils les répandent au nom de Jésus-Christ? »
Mais d'autres, du moins, — et ils sont nombreux — qui, eux aussi, ignorent cette histoire de quatre-vingts années, la liront avec bonne foi, sans parti pris, pour y chercher la vérité.
Ils n'y trouveront aucune intention de polémique; ils n'en seront que plus à l'aise pour juger librement.
Attirés, peut-être, par le grand nom de Lamennais, ils compareront, saisis de ce contraste éloquent, le néant stérile où est tombée la mémoire de l'illustre écrivain infidèle à sa foi, et la moisson féconde levée sous les pas de l'humble prêtre fidèle à sa vocation. Ils estimeront, par ses fruits, l'arbre planté parmi les difficultés, à l'ombre duquel ont grandi tant de générations d'enfants du peuple. Ils se demanderont quelle folie pousse à l'abattre des hommes qui se disent, avant tout, les serviteurs de la démocratie, et comment se peut concilier avec les principes de liberté dont ils se réclament la tyrannique interdiction de l'enseignement religieux.
En éclairant ainsi les lecteurs de bonne volonté, vous aurez rendu à la cause chrétienne un service signalé, peut-être même, s'il plaît à Dieu, par une salutaire action sur l'opinion publique, conjuré le malheur dont frapperait la France et TÉglise le coup qui atteindrait les Frères de la Mennais.
Pour moi, qui, depuis tant d'années, admire leur œuvre dans les campagnes bretonnes, je me permets de vous exprimer, avec une sincère ardeur, toute la reconnaiissance que j'éprouve pour Thabile écrivain dont le livre leur rend un si juste et si complet hommage.
Veuillez agréer, je vous prie, mon Révérend Père, la respectueuse assurance de mes sentiments It^s plus dévoués
A. DE MUN, de l'Académie française