‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 182 sur 257 · LES ŒUVRES DE PRESSE 40S · texte numérisé non relu

LES ŒUVRES DE PRESSE 40S

dans le diocèse de Saint-Brieuc si Mgr de la Romagère en avait permis la libre application. De nouveau, hélas î l'entreprise de réforme échoua contre la routine du prélat^ et le diocèse resta jusqu'à sa mort livré, à peu près sans contrepoids, à ses manies capricieuses et autoritaires.

Les œuvres de presse ayant pour but la défense de FEglise attiraient, comme autrefois, l'attention de l'abbé Jean, et obtenaient parfois son concours. On se rappelle ses projets de journalisme religieux. Si, absorbé par les multiples occupations qu'if menait de front depuis vingt ans, il n'avait jamais pu contribuer autrement que par quelques articles à cet apostolat nouveau, il n'en méconnaissait point l'importance.

En dehors des journaux politiques, VAmi de la religion et du Roi était alors le seul recueil consacré à la défense des intérêts religieux. Picot, le rédacteur en chef de cette feuille, était un homme instruit, du caractère le plus

avec la meilleure volonté du monde, il m'est absolument impossible de faire ce que vous me demandez. Le jugement que l'on porte des hommes, pour être juste, ne doit jamais être absolu. 11 y a dans le caractère de chacun, dans son genre d'esprit et de talent, dans les habitudes et la conduite, une foule de nuances délicates qu'on ne saurait exprimer par écrit. Je m'€n suis convaincu, il y a quatre ans, en essayant de faire pour mon propre usage des notes sur les ecclésiastiques du diocèse. Je ne pus aller au delà du troisième nom, et, mécontent de mon travail, je le jetai au feu.' Permettez donc que je me borne à quelques observations de détail sur le sujet dont vous m'entretenez.

« 1° Quand il s'agit de placements, il est indispensable de considérer, non seulement Tétat actuel du diocèse, mais ses besoins futurs, autant qu'on peut les prévoir. Autrement, on s'expose à être obligé de déranger le lendemain ce qu'on a arrangé la veille. Ainsi, j)n a eu tort de placer M. Oléron à Saint-Lormel, M. Sévestre à Aucaleuc, M. Auffray ë Pommerit, etc., parce qu'il est probable qu'on aura besoin de ces messieurs plus tard, pour des paroisses plus considérables. L'expérience vous apprendra combien il est essentiel de tenir en réserve un certain nombre des meilleurs sujets, et qu'un choix bon en lui-même peut être mauvais par rapport à l'ordre général. En prenant les hommes un à un» et les atfaires une à une, on est bien sûr de tout embrouiller, de tout bouleverser. C'est une des raisons qui m'ont déterminé à ne prendre aucune part aux nominations qui ont eu lieu depuis le mois de juillet de l'année dernière, »t malheureusement il est prouvé aujourd'hui que mes craintes n'étaient pas vaines.

« 2° La connaissance des paroisses (ce qui comprend une multitude d'objets) n'est pas moins nécessaire que celle des prêtres à qui on en

estimable , mais imbu des préjugés gallicans. 11 ne comprenait pas la situation nouvelle faite à l'Eglise de France par les événements accomplis depuis 1789. Au lieu d'aller droit à l'ennemi qui attaquait toutes les bases de l'ordre surnaturel, il s'éverluait à réveiller d'anciennes querelles théologiques.

On se rappelle combien peu l'abbé Jean goûtait sa tactique, et avec quelle hâte il avait dései^té ses bureaux. D'ailleurs, journal semi-quotidien, YA^ni de la Religion était obligé d'alimenter la curiosité publique par les nouvelles détaillées de chaque jour. Il ne pouvait, dès lors, trouver ni le temps, ni Fespace nécessaires pour traiter convenablement les questions qui dominent la politique courante. Pour répondre aux exigences de la controverse, il fallait aux catholiques un recueil périodique bien rédigé et bien informé, contenant des articles sur les sciences religieuses et philosophiques, aussi bien que sur la littérature et les questions sociales.

Or, en 1823, deux jeunes aumôniers du collège Henri IV

confie raciministration. Par exemple, lorsqu'on a envoyé le bon M. îlorvan à Calanhel, on s'est trompé, non dans l'idée favorable qu'on avait de cet ecclésiastique, mais dans celle qu'on devait avoir des habitants de ce pays-là, et quand on l'a transféré à Tressignaux, on s'est trompé encore une seconde fois, parce que cette dernière paroisse est trop peu importante pour lui.

« 3° A propos de ce double changement , je vous ferai observer que rien n'est plus défavorable que ces mutations continuelles du même recteur. Il n'y en a pas eu une seule de ce genre pendant les cinq années que j'ai administré le diocèse de Saint-Brieuc.

« Et quant à ce qui concerne les vicaires, on leur accorde aujourd'hui beaucoup trop facilement leur changement. J'en connais plusieurs qui, dans l'espace d'un an, ont été transférés trois fois dun endroit à un autre. Or, un jeune prêtre à qui cela arrive est perdu sans retour.

M Si, en lui donnant une première destination, on s'est trompé, du moins, en lui en donnant une seconde, il faut agir à coup sûr et ne plus varier. .

« 4° Lorsqu'une liste de nominations est arrêtée, elle doit être exécutée dans les vingt-quatre heures. Les nominations sont liées les unes aux autres, dépendantes les unes des autres, de telle sorte qu'il faut remanier tout le travail quand on revient sur une ou plusieurs d'entre elles. D'ailleurs, chacun doit être prévenu en même temps du jour où il doit être rendu à sa destination, et tous ces mouvements doivent être combinés avec soin, pour que le service des paroisses ne soit pas interrompu.

« 5° Je vous engage à vous défier des renseignements qui vous seront fournis par les prêtres, même les plus saints. La vertu, dans certains cas, est une cause d'erreur, parce qu'elle empêche de soupçonner le mal, etc. » — Lettre inédite, extraite de la collection d'autographes de M. Gharavay, à Paris,

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avaient conçu le hardi projet de fonder cette revue réclamée par l'opinion. C'étaient les abbés Gerbet et de Salinis. Ils lancèrent un prospectus oii ils annonçaient l'intention de créer un journal consacré à l'exposition des doctrines catholiques dans leurs rapports avec les besoins actuels de la société : « Le Mémorial catholique^ disaient- ils, s'efforcera de faire connaître sous toutes ses faces l'état actuel de l'esprit humain, en religion, en philosophie, en littérature. Cette connaissance peu commune est d'une importance extrême. Pour agir sur son siècle, il faut l'avoir compris. »

Mais que pouvaient deux prêtres obscurs pour une œuvre aussi difficile ? Peu confiants en eux-mêmes, ils voulurent placer leur recueil sous le patronage de l'écrivain qui personnifiait alors le mouvement catholique en France, Félicité de la Mennais. Celui-ci les connaissait, mais il ne croyait pas au succès de l'œuvre, et il refusa d'abord de la présenter au public.

Les deux jeunes fondateurs avaient rencontré l'abbé Jean ; ils avaient apprécié sa parfaite connaissance des besoins du temps. Ils le supplièrent de prendre en main leur cause, et d'obtenir de son frère au moins quelques lignes d'approbation.

La lettre suivante montre quel accueil ils trouvèrent auprès du prêtre qui avait déjà suscité et béni tant de fécondes initiatives. « Monsieur l'abbé, écrivait à Féli l'abbé Gerbet, j'ai l'honneur de vous adresser l'Introduction du Mémorial catholique, ouvrage périodique qui paraîtra chaque mois. Monsieur votre frère a eu la bonté de s'intéresser vivement à cette entreprise, de nous aider de ses conseils et de nous permettre de placer cet écrit sous la protection de la Grande-Aumônerie. 11 veut bien en être le directeur. . . Monsieur votre frère n'a pas cru présumer trop de votre bonté en nous faisant espérer que vous voudriez bien écrire une lettre d'encouragement que l'on pût insérer en tête de la première livraison, laquelle paraîtra le 15 janvier prochain. Le succès de cet ouvrage dépend en grande partie de cette bonté de votre part... Comme cet écrit

périodique est sous la direction de monsieur votre frère^ auquel seront soumis tous les articles, nous n'hésitons pas à vous promettre que toutes les doctrines qui y seront soutenues ne vous feraient jamais repentir de l'approbation que vous lui auriez donnée, et, comme cet ouvrage peut faire quelque bien, nous ne négligerons rien, de notre côté, pour que sa rédaction réponde, autant qu'il sera en notre pouvoir, à l'importance de son objet (1). « Féli se laissa toucher : il écrivit la lettre demandée, et le Mémorial catholique devint même son organe principal jusqu'à la fondation de VAveiiir. Quant à Jean, s'il n'y écrivit que rarement, il en surveilla longtemps la rédaction, de sorte que la plus ancienne revue ecclésiastique publiée en France lui doit en grande partie sa naissance et son succès.

La haute situation de l'abbé Jean, avec son travail sans trêve et ses responsabilités, avait certes ses épines; elle avait aussi ses douceurs. Le vicaire général du Grand- Aumônier était très estimé à la cour, où son esprit le faisait spécialement apprécier du roi. C'était un personnage. Il était de droit, par ses fonctions, chanoine du second ordre du chapitre de Saint-Denis (2). Sa qualité d'ancien vicaire général de Saint-Brieuc et de fondateur de deux congrégations le rehaussait encore aux yeux de ceux qui jugent du mérite par les titres.

Cependant les dames lui trouvaient un grand défaut. Sa mise manquait obstinément d'élégance. L'habit de cour fabriqué par les « Feuillantines » n'avait pas tardé à perdre beaucoup de sa fraîcheur, et les habituées de& Tuileries ne se faisaient pas faute d'en sourire.

L'abbé Jean était prompt à la riposte.

(1) Lettre citée par Tabbé de Ladoue : MçjV Gerbet, sa vie, ses œuvres et l'école mennaisienne, t. IL p. 76.

(2) Le traitement attribué à sa fonction était de 15 000 francs.

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