‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 188 sur 257 · ORIGINES DE L^ÉCOLE MENNAISIENNE · texte numérisé non relu

ORIGINES DE L^ÉCOLE MENNAISIENNE

le Mémorial catholique. Mais les prédicateurs, les professeurs des collèges et des grands séminaires , où les trouver? Féli concluait comme son frère : « Il nous faudrait une association. »

On sonda les dispositions des aumôniers du collège Henri IV.

Un jour de décembre 1824, les deux jeunes prêtres conversaient tristement, dans le petit salon de Fabbé de Salinis, des difficultés de leur ministère. Malgré Fappui officiel donné par le trône à Fautel; malgré la large part faite au clergé dans le personnel enseigucint de l'Université, les volumes de Voltaire et de Rousseau, réédités par centaines de mille, comptaient toujours plus de lecteurs que le catéchisme. Toutefois un réveil de Fidée religieuse semblait se produire, mais si lent encore et si incertain ! Comment venir à bout de cette irréligion lettrée qai, comme au temps de Julien FApostat, reprochait au catholicisme d'être une doctrine d'ignorants?

« La France, disait Fabbé de Salinis, est, au fond, lasse d'incrédulité. Elle aspire après une croyance positive qui satisfasse les besoins du cœur sans blesser l'intelligence; elle veut une croyance rationnelle. L'apostolat catholique doit donc tendre à un double but : entretenir le besoin de croire; démontrer que la seule croyance raisonnable est celle qui est contenue au symbole des Apôtres, expliqué et développé par FEglise. »

A ce moment, un homme vêtu d'un habit sombre entra dans le salon, et fut accueilli par les aumôniers avec une déférence visible. Il avait entendu les conclusions de Fentretien, et il prit immédiatement la parole :

« — Vous voulez, dit-il, prouver à votre siècle que le catholicisme est la seule religion rationnelle : c'est bien, mais cela ne suffit pas. Il faut lui démontrer que, s'il n'accepte pas le symbole catholique, il s'exile lui-même de la société des intelligences, qu'il se met en dehors du sens commun à tous les peuples et à tous les siècles, en un mot, qu'il est fou. »

A ce langage, le lecteur a reconnu Fauteur de Y Essai S7fr r indifférence. L'abbé Gerbet n'avait rien dit encore. Il répliqua timidement :

« Maitre, ne craignez-vous pas d'irriter la raison au lieu de la courber par un procédé si absolu? Ne vaudraitil pas mieux réconcilier l'âme humaine avec la religion, en lui montrant les harmonies intimes qui existent entre ses dogmes, ses préceptes et les besoins les plus profonds de l'humanité ?

— Eh bien! dit l'abbé Féli, ce point de vue complète le mien, et je ne le repousse pas. » Puis, fixant un regard profond sur les deux prêtres, il ajouta :

« Mais puisque nous voilà d'accord sur la possibilité de guérir notre société si malade, pourquoi ne pas réunir nos efforts en vue d'une action commune? Un seul homme n'a qu'une voix, toujours faible et sans portée, mais une association! »

De cet entretien allait sortir l'Ecole mennaisienne. Quelques jours après, l'abbé Gerbet quittait Paris, et suivait à la Ghesnaie le maître qui l'avait conquis (1).

L'abbé Jean les avait devancés en Bretagne , où les affaires des « Petits Frères » réclamaient sa présence. Le plan de Féli lui souriait sans le satisfaire pleinement : il le trouvait incomplet. Féli se serait volontiers contenté d'une école. Ce qu'il lui fallait, c'était un groupe de disciples intelligents et dociles, dévoués corps et âme à sa personne et à ses doctrines. Jean voulait un institut jeligieux. Si la campagne contre le gallicanisme l'attirait, s'il était partisan d'une apologétique vraiment scientifique, il estimait que, pour y réussir, l'humilité et le désintéressement ne sont pas moins nécessaires que la science.

En attendant l'heure de Dieu, il venait, le plus souvent possible, de Ploërmel oii il résidait alors, à la Ghesnaie, échanger avec Féli ses idées et ses desseins. Il n'attendit pas longtemps.

(1) L'abbé de Salinis resta au collège Henri IV, mais s'intéressa désormais à toutes les œuvres des La Mennais.

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