‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 20 sur 257 · LETTRE-PRÉFACE DE W RAUNARD · texte numérisé non relu

LETTRE-PRÉFACE DE W RAUNARD

RECTEUK DE l'uNIVERSITÉ GATHOLIUUE DE LILLE

Mon Révérend Père,

Le voilà donc fait, et bien fait, le livre que j'avais tant de fois appelé de mes vœux : un livre qui, en contraste avec le Lamennais apostat, nous montrerait le Lamennais fidèle, dans un prêtre du même nom^ du même sang, et qui couronnerait ce prêtre, ce frère, ce Lamennais, de l'auréole de mérites et de sainteté que l'autre a rejetée misérablement de son front.

C'avait été, pour l'Eglise d'il y a soixante ans , une consolation et une compensation miséricordieuse, que le spectacle de la vie et de l'œuvre apostolique de ce vrai prêtre, en

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regard et comme en expiation de la défection de l'autre. Ce sera, pour l'Eglise d'aujourd'hui, mon cher Père, une édification que l'histoire excellente que vous venez d'écrire, et qui place la moins bruyante de ces deux existences dans la gloire la plus haute, puisque cette gloire est faite de vertus éminentes autant que modestes sur la terre, et de mérites éclatants pour le ciel. Ainsi justice est rendue, les rangs sont rétablis. Tous vos nombreux lecteurs, mon Père, se demanderont, consolés, si l'aîné de ces deux hommes n'a pas fait, en somme, plus de bien par son action et par ses fondations, que l'autre, hélas! n'a fait de mal par ses fougueux écrits, et si, plus grand devant Dieu, il nr mérite pas d'être aussi plus grand aux ycnix des hommes. J'ai ressenti cette impression, vous m'avez donné cette joie : je vous en remercie.

Il y a, vous disais-je, bien des années que j'appelais cette révélation, qui est aussi une juste réparation. J'étais encore jeune prêtre lorsque je fis, à Ploërmel, mon pèlerinage au tombeau de cet homme de Dieu. C'était le 22 août 1865; et j'ai noté, parmi mes meilleures journées de ces vacances, celle que je passai là, sous la conduite et dans la très intéressante rx^nversation d'un de ses plus chers fils, le bon

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abbé liuault (1), que je crois entendre encore. En réécoutant, en le suivant, tandis qu'il me faisait visiter la maison, la bibliothèque, l'église, le cimetière, pieusement et religieusement, il me semblait marcher entre les deux Lamennais, Jean à droite, Féli à gauche, car c'étaient leurs deux noms qui diversement remplissaient l'entretien. Je lui demandais curieusement de m'apprendre quelquesunes des choses que vous avez écrites, mon Révérend Père, mais qu'on ne savait pas alors autant et aussi bien; et cela, faut-il l'avouer? dans une arrière-pensée que je n'ose plus dire. Cet âge ne doute de rien ! J'emportai donc, avec la signature de Féli, que je garde encore,, quelques maigres imprimés que je prenais, infortuné, pour les matériaux d'une future bâtisse. . . Excusez ma t(MTiérit(''. Le Père Ruault dut en sourire. Je n'en ai jamai.s eu autant de confusion que depuis que j'ai eu la pleine satisfaction de vous lire.

Et puis, à mon Orléans, je voyais vos Frères à l'œuvre dans un de nos petits séminaires. Plus tard, je les ai retrouvés à Lille, tout près de moi, presque chez moi, où j'ai pu mieux les apprécier encore. J'avais cependant rencontré, dans mes lectures, l'éloquent parallèle que Guizot

(1) Aumônier des Krt'res de Ploëimel.

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