ACTION DE L'ABBE FEU
Il no fallait pas moins que cette intimité pour consoler maîtres et disciples de certaines attaques malhonnêtes venues du dehors.
Furieux des coups redoutables qui leur étaient portés de la Ghesnaie, les gallicans commençaient à se dire que toutes les armes seraient bonnes contre les La Mennais. En 1833, après la condamnation de YAvp?iiî'y ils ne reculèrenl pas devant la calomnie. Le 15 octobre, un journal suisse, V Invariable de Fribourg^ inséra sous le titre : Bévélation importante un article où les pi'ôtres qui enseignaient à Saint-Méen et à Malestroit étaient présentés comme des professeurs d'anarchie et d'immoralité. « Leur but, disait- on, est de démocratiser l'Eglise, et, par elle, de démonarchiser l'Etat. »
On s'en prenait ensuite aux pauvres « Petits Frères » de Bretagne, que l'on ne craignait pas de travestir en espions du clergé.
VAmi de la Religion, devenu Forgane attitré de la secte gallicane, reproduisit ces odieuses imputations, sans les corriger autrement que par d'insignifiantes réserves.
L'heure était bien choisie par les ennemis des La Mennais. L'article paraissait au moment où l'attitude de Féli vis-à-vis du pape et de Févéque de Rennes commençait à inspirer des inquiétudes. Les défiances, servies par de lâches insinuations, s'étendirent à toutes les œuvres mennaisiennes, et la blessure fut profonde au cœur du pauvre Jean.
Ce n'était, hélas! que son premier pas dans la voie douloureuse; bientôt il lui faudra gravir son calvaire. Cette œuvre, à laquelle il s'est dévoué sans réserve, elle est sur le point de lui échapper. L'épreuve sera terrible. Essayons d'en mesurer l'étendue.
Malgré des contradictions sans nombre, le bien se faisait à Malestroit. Outre le futur évoque de Nantes, il y avait là de jeunes hommes qui promettaient un brillant avenir
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littéraire, et qui ont mis plus tard au service de l'Eglise une plume aussi courageuse qu'exercée.
Citons en particulier Eloi Jourdain, que le lecteur connaît déjà. Ame religieuse et tendre, sa vocation ecclésiastique ne résista pas à la tempête qui emportait les débris de Malestroit, mais il resta fidèle toute sa vie à sa vocation d'écrivain catholique (1), et un bon juge, Louis Veuillot, a pu dire de lui que, durant trente ans, il a été, avec un grand courage et une parfaite modestie, l'un des plus dévoués ouvriers de TEvangile (2).
Un autre biographe religieux, Ghavin de Malan (3), faisait également ses premières armes sous la direction de l'abbé Blanc et de l'abbé Rohrbacher. Désemparé, lui aussi, par la ruine de l'école mennaisienne, il renonça pour un temps au sacerdoce, et lorsque, plus tard, des deuils multipliés le détachèrent du monde et le poussèrent de nouveau vers le sanctuaire, c'est à l'abbé Jean qu'il vint demander de l'y introduire.
L'abbé Jules Morel, le futur théologien de Y Univers, faisait partie également du petit groupe mennaisien.
Un simple ordinand, l'abbé Levoyer, que Ton ne destinait pas, ce semble, au rôle d'écrivain, présentait, dans de simples lettres, et comme en se jouant, des considérations qui feraient honneur à un apologiste de profession.
Mais ce qui rendait la maison de Malestroit particu-
(1) Sous le pseudonyme de Charles Sainte-Foi, il a donné les ouvrages suivants : Le livre des peuples et des rois; Conseils au peuple; Heures sérieuses d'un jeune homme ; Heures sérieuses du jeune âge : Heures sérieuses d'une jeune personne; Heures pieuses d'un jeune homme ; Le livre des âmes; La Théologie à l'usage des gens du monde; Le Chrétien dans le monde; Le mois de la Reine des saints; De la Charité; Vies des premières Ursulines de France; etc. Il a, de plus, traduit la Mystique de Goerres; la Vie de Jésus-Christ, du docteur Sepp; les Sermons le Tauler; YHistoi-e de Ximenès, par Héfelé; V Histoire de Jeanne-Marie de la Croix, par Beda Weber; la Vie de S. Ignace, du P. Genelli, et les Sermons du bienheureux Léonard de Port-Maurice.
(2) Notice sur Charles Sainte-Foi, Revue du Monde catholique, 25 décembre 1861.
(3) Il a publié, entre autres ouvrages, une Vie de saint François d'Assise et une Vie de sainte Catherine de Sienne.