INJUSTES EXIGENCES DE I/OPLMOX
cune des opinions soutenues par lui, mais uniqnemçnt la cessation du journal, c'est-à-dire une abstention puréu^^iit extérieure. Un courant d'opinion se forma, réclamant de lui un acte d'acceptation franche et explicite des doctrines de l'Encyclique.
C'était bien; mais on ne s'en tînt pas là. Des âmes basses, d'anciennes victimes des sévérités administratives de l'abbé Jean prétendirent rendre la congrégation de Saint- Pierre responsable des erreurs de son chef, et, sous prétexte que les doctrines mennaisiennes avaient été enseignées à Malestroit et à Saint -Méen, on affecta d'attenclre des professeurs attachés à ces maisons un Peccavi en bonne et due forme.
C'était aller vite en besogne. L'abbé Jean refusa net d'imposer aux religieux de Saint-Pierre une pareille rétractation. [1 ne voulait pas seulement ménager Féli : il ne discernait point alors l'erreur qu'on reprochait à ses confrères. Sans doute, ils avaient enseigné les doctrines mennaisiennes. Mais que fallait-il comprendre sous ce terme? Le système du « sens commun »? Il n'était pas condamné, et l'Encyclique n'y faisait pas la moindre allusion. Les opinions de \ Avenir sur la liberté civile et politique, la liberté des cultes et la liberté de la presse? Ces opinions avaient assurément un sens erroné, et c'est ce sens qui avait été visé et réprouvé par Rome; mais ne pouvait-on pas les entendre dans un sens orthodoxe, et n'est-ce pas dans ce sens orthodoxe qu'elles avaient été proposées aux élèves de Malestroit et de Saint-Méen?
Très décidé à ne pas infliger à ses confrères, sur de simples soupçons, une humiliation réclamée seulement par des hommes peu instruits et passionnés, M. de la Mennais résolut néanmoins de fixer, pour l'avenir, l'enseignement des professeurs de la congrégation sur les questions en litige.
Lors de la première retraite qui suivit la publication de l'Encyclique, il se rendit à Saint-Méen, et là, devant ceux de ses confrères qui avaient fait des vœux, il développa ses idées sur le sens vrai de l'Encyclique et la portée
qu'il convenait de donner à la condamnation de Y Avenir. Il avait rédigé, à ce sujet. Un mémoire, vrai chef-d'œuvre de sagacité, de mesure et de science théologique, qu'il lut devant la communauté assemblée (1).
Ce mémoire contenait des distinctions qui, au dehors et pour les malveillants de parti-pris, firent scandale. On accusa M. de la Mennais de subtilité; on parla d'escobarderie. C'était aussi injuste qu'inintelligent. L'Encyclique était conçue en termes très généraux; le pape se contentait de rappeler des principes ; il ne descendait pas aux applications, et, malgré le bref commentaire du document pontifical adressé récemment à Féli par le cardinal Pacca, bien des questions de détail étaient toujours pendantes.
Deux fois, l'abbé Jean avait écrit à Rome pour obtenir des explications. Il n'avait pas reçu de réponse. C'est alors que, poussé par les circonstances, il hasarda une interprétation aussi consciencieuse et respectueuse que possible du document pontifical. Il recommandait, d'ailleurs, à ses fils (( d'être devant Dieu, dans la disposition sincère d'abandonner franchement les interprétations mêmes qui leur paraîtraient les plus satisfaisantes et les plus claires, si elles ne se trouvaient pas d'accord avec celles que le pape donnerait lui-même de son jugement. »
Rome, en effet, préparait un nouvel acte, qui allait préciser le sens de l'Encyclique; mais il fallait attendre.
L'abbé Féli était revenu à la Chesnaie. Ses jeunes disciples avaient quitté Paris, sauf Eugène Bore et Frédéric de la Provostaye, pour le rejoindre à la campagne.
La petite colonie comptait alors un nouveau membre, dont les allures un peu rêveuses excitaient l'intérêt et la curiosité. Ce jeune homme obscur, timide, que le maître ne discerna jamais des autres, à qui il ne supposait que
(1) Voir ce mémoire à la fm du volume (Appendice E).