‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 213 sur 257 · FÉLI QUITTE LA CONGRÉGATION DE S^-PIERRE · texte numérisé non relu

FÉLI QUITTE LA CONGRÉGATION DE S^-PIERRE

doxie, mais préoccupe, outre mesure peut-être, des inte'rets de sa maison, il ne calculait point, comme Fabbé Jean, les suites possibles d'un manque d'égards vis-à-vis de Féli, et il pressait son supérieur de lui permettre un désaveu public de doctrines qu'il n'avait professées que dans l'intimité. Peu à peu ses principaux confrères et la portion influente de la congrégation en vinrent à penser comme lui.

Jean allait être obligé de choisir entre son frère et sa congrégation, peut-être entre son frère et l'Eglise. Renier celui qu'il avait ramené à Dieu et dont il avait fait un soldat de la Papauté, ou se voir soupçonner d'indocilité à l'égard de Rome, quelle situation!

Un instant, il crut toucher au terme de ses angoisses. De son propre mouvement et dans Fintérêt de la paix, Féli se sépara des religieux de Saint-Pierre : « Ayant reconnu, écrivait-il, Timpossibilité de faire aucun bien dans la congrégation, à cause des dispositions de plusieurs de ses membres à mon égard, dispositions déjà anciennes, je crois, quoi qu'il m'en coûte, devoir faire le sacrifice de me séparer d'elle. Il est, par malheur, trop évident que j y serais un sujet de division, et tout royaume divisé en lui-même périra. Mon dévouement a trouvé là la même récompense qu'ailleurs. Dieu l'a voulu ainsi : qu'il en soit béni! Je porterai toujours dans mon cœur ceux qui ne m'ont pas cm indigne de travailler avec e^x à faire quelque bien; je pardonne aux autres. Peut-être, pour calmer les esprits, sera-t-il à propos que l'évêque soit instruit tout de suite de ma détermination (1). »

Cette détermination pouvait, en effet, simplifier bien des choses. Un autre passage de la même lettre parut à l'abbé Jean plus décisif encore, en faveur des bonnes intentions de Féli.

« J'ai d'abord songé, disait celui-ci, à ce que je devais à la congrégation, et je crois satisfaire à ce devoir, et prévenir, autant qu'il est en moi, tout ébranlement intérieur qui compromettrait son existence, en adressant au Souve-

(1) Lettre adressée à Jean, le 4 août 1833. —A. Blaize, Œuvres médites, etc., p. 138.

rain Pontife une nouvelle déclaration, que j'envoie à Tévêque de Rennes, en le priant de l'adresser lui-même au pape. Tu trouveras ci -joint ces deux lettres, et, comme Téveque devra être à Saint-JNIéen quand elles te parviendront, il les recevra par toi et sans retard. Tu peux lui dire que non seulement je l'autorise à faire connaître ma déclaration, mais que je désire même qu'elle soit connue, et qu'il peut, en conséquence, en envoyer copie aux autres évoques, s'il le juge convenable (1). »

Jean crut d'abord, en lisant ces lignes, que tant de pénibles démêlés allaient prendre fin. Vaincu par la grâce, Féli allait sans doute s'humilier sous la main du Vicaire de Dieu, et reprendre, avec une énergie sanctifiée par répreuve, le bon combat contre les ennemis de l'Eglise. L'illusion, hélas! ne fut pas longue. Les protestations de soumission ne manquaient pas dans les déclarations de Féli; mais l'écrivain y avait glissé une phrase pleine d'amertume, qui révélait, sous l'humilité des termes, l'orgueil d'une âme déjà prête pour la révolte. « Par toutes sortes de motifs, disait-il, mais principalement parce qu'il n'appartient qu'au chef de l'Eglise de juger de ce qui peut lui être bon et utile, j'ai pris la résolution de rester à l'avenir, dans mes écrits et dans mes actes, totalement étranger aux affaires qui la touchent. »

— « Rien n'était plus anticatholique que cette phrase, a remarqué Lacordaire. Jamais, sous aucun prétexte, les enfants de l'Eglise ne doivent rester étrangers à ce qui la touche (2). »

Ainsi en jugea l'abbé Jean. Ainsi en devaient juger l'évêque et tout le clergé de Rennes.

Les récriminations devinrent plus acerbes. On fit le vide autour des missionnaires. A Saint-Méen et à Malestroit,

(1) A. Blaize, Œuvres inédites, etc. p. 138.

(2) Lettre du 6 octobre 1833.

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