‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 218 sur 257 · LA LETTRE DE JEAN A M^^^ DE LESQUEN · texte numérisé non relu

LA LETTRE DE JEAN A M^^^ DE LESQUEN

quel que soit le jugement que notre Saint Père et les évoques en portent, nous n'hésiterons jamais (et d'avance vous en ôtes bien sûr) à nous rattacher invariablement et uniquement aux décisions de ceux h qui il a été dit par la Vérité môme : « Qui vous écoute m'écoute; qui vous méprise me méprise. » Je suis dans ces sentiments, etc (1). »

Mgr de Lesquen lui adressa, en effet, quelques bonnes paroles; mais, par suite d'une erreur à jamais regrettable (2), il publia à la fois, dans la Gazette de Bretagne, la lettre de Jean-Marie et sa propre réponse.

Il n'avait pas prévu que c'était précipiter la rupture entre Féli et son frère. Celui-ci comprit tout de suite la gravité de la situation, et il écrivit à l'abbé Goëdro : « Je suis désolé de la publication de ma lettre. . . C'est tout ce qu'on pouvait faire de plus cruel pour moi et de plus fâcheux pour Féli et pour l'Eglise. Désormais je ne pourrai plus rien pour le salut de l'un et pour épargner à l'autre. . . hélas! je n'ose achever. . . Oh! que la vie me pèse (3)! »

Que fair^? Il voulut, encore une fois, s'adresser au bon cœur de Féli. Le 23 mai, il lui ht parvenir, de Saint-Brieuc, une lettre pleine de larmes, où son humilité et sa droiture éclatent à chaque ligne.

« J'ai appris hier, disait-il, une chose qui me fait infiniment de peine, parce qu'elle peut t'en faire beaucoup à toi-même. Voici l'exacte vérité. L'évêque me pria, il y a quinze jours, à Bains, auprès de Redon, de lui écrire une lettre au sujet de ton ouvrage, qu'il garderait dans son cabinet, et montrerait seulement aux personnes qui pourraient attaquer mes établissements à cette occasion. J'ai fait cette lettre le 10 mai, et j'ai dit que cette publication, dont je n'avais eu connaissance que par les journaux,

(1) Lettre du 10 mai 1834, citée par Ropartz, p. 353.

(2) Deux missionnaires de Rennes, MM. Goëdro et Dinomais, étaient auprès de Févôque lorsque lui fut remise la lettre de M. de la Mennais. Ils savaient que, dans le premier moment, l'abbé Jean avait eu la pensée de laisser publier cette lettre, et ils aftirmèrent à Mgr de Lesquen qu'il lui en accordait la faculté.

(3) Lettre du 20 mai 1834, citée par Ropartz, p. 355.

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m'affligeait profondément, parce qu'elle ferait succéder des tempêtes nouvelles à des tempêtes heureusement apaisées ; qu'au reste on ne lisait ton livre dans aucune de mes maisons, et que le jugement que FEglise en porterait serait le nôtre.

« Sans me demander mon consentement, et môme sans m'en écrire, on a imprimé cette lettre et une réponse de l'évêque, que je n'ai reçue qu'après qu'elle a été rendue publique. Assurément, si je m'étais douté de cela, si cela s'était fait de concert avec moi, je te Taurais dit tout simplement dimanche dernier, et je te connais trop bien pour craindre que tu m'eusses blâmé. Mais il résulte des explications ci-dessus que j'ai l'apparence de t'avoir fait un mystère de la conduite que j'ai cru devoir tenir; tu peux croire, de plus, que j'ai voulu faire un éclat, tandis que rien n'est plus faux, et, en vérité, rien ne serait plus lâche et plus odieux. On a abusé de ma lettre en lui donnant une publicité qu^elle ne devait pas avoir; j'en suis désolé, et j'en souffre, bien plus que tu n'en souffriras, sois en sûr : mon cœur est brisé. Je t'embrasse tendremeçit (1). »

Au lieu d'accepter ces franches explications, Féli répondit par une lettre semée de phrases méchantes, qui durent percer comme des dards envenimés le cœur du pauvre Jean. « Si je m'afflige de ceci, osait-il lui écrire, c'est pour toi et non pour moi. . . Gomment dire : J'ai bien voulu faire ceci ou cela en secret, mais non en public? Ce serait une honte de plus. Puisqu'il faut, quoi qu'on fasse, toujours souffrir en ce monde, je préférerai toujours, pour mon compte, les souffrances qui ne laissent pas de regret, les souffrances qui ne tachent point (2).»

Cette lettre était d'autant plus injustifiable, que Féli appréciait parfaitement la position de son frère, et qu'il excusait sa conduite vis-à-vis de ses correspondants laïques (3).

(1) A. Blaize, Œuvres inédiles, etc. t. II, p. 142.

(2) Ibid. p. 143.

(3) Voici ce qu'il écrivait, le 30 juin 1834, au marqui.s de Goriolis, qui lui avait exprimé son étonnenient de la conduite de son frère : « Je veux d'abord vous dire, au sujet de mon frère, que, sauf un peu de

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