M. COËDRO SUPÉRIEUR DES PRÊTRES DE S^-MÉEN
de notre si bon et si vénérable évêque. Dans une pareille circonstance, loin de nous les irrésolutions et les timides calculs d'une prudence purement humaine 1 II faut que les esprits s'élèvent et s'agrandissent, que tous les cœurs soient en haut, sursum corda! et que tous répondent : Notre liberté, notre corps, notre vie, tout est au Seigneur; nous ne sommes plus à nous, nous sommes à Dieu seul : Habemtis ad Dominum!
« Enfin, que celui qui va me remplacer et qui m'est encore inconnu ne se décourage point, ne s'effraye point ! Qu'il prenne d'une main ferme le gouvernail de cette pauvre petite barque déjà battue par tant d'orages. Je suis persuadé que tous s'empresseront d'alléger son fardeau, de rendre sa tâche moins rude en lui obéissant avec amour, en considérant ses désirs comme des ordres, en secondant ses efforts avec un grand zèle. De son côté, votre second père, soyez-en sûrs, n'aura pas pour vous moins d'attachement, de dévouement et de tendresse que n'en a eu le premier (1). »
Le « second père » que la Providence donna à la congrégatioi] fut l'abbé Goëdro. M. de la Mennais s'en réjouit^ car il estimait son confrère, et le croyait capable de gouverner avec sagesse. Peut-être le nouveau supérieur ne fut-il pas aussi satisfait de compter parmi ses subordonnés celui dont il recueillait l'héritage. La présence de M. de la Mennais gênerait, pensait-il, sa liberté d'action; surtout elle empêcherait les sympathies du diocèse de venir à Tœuvre qu'il allait désormais diriger. L'évêque partageait son sentiment : on résolut d'écarter ce fâcheux qui avait un tort impardonnable, celui, de s'appeler La Mennais.
L'abbé Jean avait été mandé à Saint-Malo pour prêcher une retraite aux élèves du collège. Seul, il ne pouvait suffire à la besogne, et il pria M. Goëdro de lui envoyer un missionnaire. Celui-ci s'excusa sur la nécessité de ménager l'opinion.
« Sa Grandeur, ajoutait-il, a décidé que nous n'irions
(1) Allocution inédite. — Archives des Frères.
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pas à cette retraite. Elle a motivé cette décision sur ce que vous ne faites plus partie de la congrégation. Je vous prie, en conséquence, de vous pourvoir d'un autre collaborateur. » (22 octobre 1834)
C'était le coup de grâce. L'abbé Jean était définitivement rejeté par ceux qu'il avait aimés, traités en frères, formés à la vie religieuse. Etait-ce ingratitude ou lâcheté de la part d'hommes qui devaient tant à leur ancien guide? Non, c'était nécessité de plier devant d'aveugles colères. Les missionnaires de Rennes se crurent obligés, sous peine de voir leur foi suspectée et leur ministère compromis, de rompre toute attache avec un homme qui portait un nom abhorré. La première émotion calmée, M. de la Mennais le comprit. Il accepta ce surcroît d'opprobre pour la pauvre âme qui lui causait tant d'angoisses, et il termina sa réponse à M. Coëdro par ces mots : « Je vous embrasse bien tendrement quand même! »
La congrégation de Saint-Pierre avait vécu. M. Coëdro et ses adhérents reprirent l'ancien nom de Prêtres de Saint- Méen, et formèrent, sous le haut patronage de l'évêque de Rennes, une congrégation qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours, avec des marques visibles de la bénédiction divine. Ses membres portent actuellement le nom de Prêtres de rimmaculée-Conception.
Restait à liquider la société. Cette opération fut pour M. de la Mennais la source de, nouveaux chagrins. Sous prétexte qu'il avait fait à la maison de Malestroit, avec les fonds du collège de Saint-Méen et de la maison de Rennes, de nombreuses dépenses restées improductives, les missionnaires de Rennes (1) prétendaient laisser à sa charge les dettes de l'association, et reprendre leurs apports respectifs.
Ils oubliaient que M. de la Mennais n'était pas seulement
(1) Les principaux étaient MM. Persehaie, Dinomais, Feildel, Hérisson et Enoch.