‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 227 sur 257 · FAUSSE TACTIQUE DE M^^^ BRUTE · texte numérisé non relu

FAUSSE TACTIQUE DE M^^^ BRUTE

correspriVKÎance, lors même que je combattais avec le plus de force ce qui ne me semblait ni vrai ni juste, il ne m'est pas échappé une parole qui pût porter la moindre atteinte au respect profond que m'inspire votre saint caractère et à la tendre affection dont je suis pénétré pour vous depuis longtemps. Oui, mon très cher Seigneur, mon cœur désavoue toute autre pensée comme n'ayant jamais été la sienne. N'en doutez pas, je vous prie, car vous me feriez trop de peine (1). »

Mgr de Lesquen lui rendit son affection; mais quels pénibles déchirements que ces soupçons, ces aigreurs, parfois ces colères, qu'il avait à subir coup sur coup de ceux qu'il avait le plus aimés!

Une épreuve de ce genre l'attendait encore, la plus douloureuse de toutes après la défection de Féli. Un ami de vingt-cinq ans, le cher abbé Brute, nommé récemment évêque de Vincennes, aux Etats-Unis, allait, sans le vouloir, et par l'excès d'un zèle indiscret, retourner le fer dans son cœur blessé.

Le prélat traversait la France pour se rendre à Rome, et l'une de ses premières visites avait été pour le solitaire de la Ghesnaie. Reçu avec politesse, il n'avait rien gagné sur l'obstination du révolté, et il s'était retiré, désolé de son insuccès, mais persuadé que l'abbé Jean ménageait trop son frère.

En parcourant la Bretagne, il entendit l'écho des rumeurs malveillantes qui circulaient alors contre les deux LaMennais. Il connaissait l'abbé Jean depuis sa jeunesse; il accueillit néanmoins sur son compte des racontars invraisemblables, et, sous couleur de correction fraternelle,

(1) Lettre inédite, 26 octobre 1835. — Archives des Frères.

L'école fondée à Saint-Méen par M"« Le Breton est devenue le berceau dun institut religieux qui a prospéré, particulièrement dans le diocèse de Rennes. La congrégation des Sœars de l'Immaculée Conception compte aujourd'hui 600 à 700 membres, et elle est très appréciée, aussi bien des populations que des supérieurs ecclésiastiques. Une fois à la tête de cette nouvelle œuvre, M"° Le Breton s'y dévoua avec une intelligence et une énergie auxquelles rendent hommage tous ceux qui l'ont connue.

lui adressa une lettre des plus mortifiantes. On y lisait des déclarations comme celle-ci, à propos d'une réimpression de la règle des Frères, que l'abbé Jean avait signée de son nom : « Ce dernier nom même, « La Mennais », est à supprimer, car il éveille à présent une horreur involontaire dans tout cœur catholique et chrétien! »

Il y avait là de quoi provoquer une rupture. Mais la sagesse des saints suit d'autres règles que la sagesse humaine. Un instant étourdi par l'imprévu et l'excès même de ces reproches, Tabbé Jean se remit aussitôt, et s'empressa de lui expliquer sa conduite. Après avoir, avec le plus grand calme, présenté sous leur vrai jour les actes qu'on lui reprochait comme des crimes, il concluait : « Lorsque vous serez à Paris, ne manquez pas de me donner votre adresse, et écrivez-moi, ne serait-ce que pour me gronder de nouveau. N'allez pas vous imaginer que je me désoblige jamais et que je me fâche comme un enfant ; non , mille fois non , mais , comme un bon petit enfant qui dit tout simplement ses petites raisons, je vous raconterai les miennes, et puis, je ne dirai plus rien, sinon que je vous aime de tout mon cœur, et que je vous aimerai toujours de même (1). »

C'est ainsi, que par un prodige d'humilité, une liaison vieille d'un quart de siècle survécut à un choc qui pouvait la briser.

Les deux amis ne se virent guère pendant ce séjour affairé de Mgr Brute en Europe, mais ils s'écrivirent beaucoup. On s'occupa naturellement de Féli. L'abbé Jean ne perdait pas une occasion de recommander l'âme du prodigue aux intercessions de l'évoque : «Priez, lui écrivait-il le 18 novembre 1835, priez donc plus que jamais pour le retour de celui qui nous est si cher... Je n'ai de lui aucune nouvelle : pas plus de rapports entre nous, et encore moins, que si l'un était au Kamschatka, et l'autre au fond des déserts de l'Afrique. Gela est dur pourtant (2)! »

(1) Fragment inédit. — Voir la lettre conservée aux Archives des Frères. Elle est du 8 novembre 1835.

(2) Lettres inédites, etc. à Mgr Brute, p. 175.

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