‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 27 sur 257 · LA SOCIETE DU CŒUR DE JESUS · texte numérisé non relu

LA SOCIETE DU CŒUR DE JESUS

Le P. de Clorivière était arrivé à la plénitude de l'âge, de l'expérience et du talent. Soumis pendant de longues années à la forte discipline de saint Ignace, successivement chargé d'une importante fonction dans un couvent de religieuses, d'une paroisse, puis d'un collège ecclésiastique (1), il avait toutes les connaissances nécessaires à un excellent directeur d'âmes, et, ce qui vaut mieux, il pouvait donner à ses conseils l'autorité de l'exemple. 11 ne tarda pas à découvrir dans l'âme du jeune de la Mennais le germe des plus hautes vertus sacerdotales, et il le cultiva dès lors avec prédilection.

Le P. de Clorivière n'habitait pas toujours Saint-Malo. Obligé de fuir devant la persécution ou de se rendre à Paris pour les intérêts de sa jeune société, il passait souvent de longs mois sans revoir ses premiers disciples, mais il avait soin de leur adresser alors des lettres, soit collectives, soit particulières, afin de maintenir en eux l'union et la ferveur des commencements. Jean de la Mennais avait conservé de lui les lignes suivantes. Elles sont datées du 28 décembre 1797, mais elles supposent des relations déjà anciennes.

«Vous avez bien raison, mon cher fils en N.-S., et c'est rendre justice à mes sentiments que de croire que je prends le plus vif intérêt à iout ce qui vous regarde. Je bénis du plus intime de mon âme l'Auteur de tous les dons de la grâce qu'il vous a faite de vous donner entièrement h lui et de vous attacher irrévocablement à son service. Ne doutez point que cette grâce qu'il vous a faite ne vous en présage bien d'autres, qu'il vous fera dans la suite, in iempore opportuno. Craignez, sans doute, votre faiblesse, mais souvenez-vous que les miséricordes du Seigneur sont infiniment plus grandes que nos misères. Vos pensées ne doivent plus être pour la terre ; vous ne devez plus vivre pour vous-même; vous n'êtes plus à vous-même; vous êtes tout à Celui qui est mort pour vous; son esprit doit animer toutes vos actions;

1 H avait été curé de Parainé, puis supérieur du collège de Diiian.

VOUS ne devez point avoir d'autres sentiments, d'autres afï'ections que les siennes. Ne soyez pas etïrayé de la grandeur de ces devoirs. Celui qui vous les a fait embrasser vous donnera les forces et les lumières pour les remplir et pour le faire chaque jour d'une manière plus parfaite. Je ne cesserai point de les demander pour vous au Seigneur. Demandez-lui aussi pour moi la grâce <le ne point abuser de ses grandes miséricordes et de n'y point mettre d'opposition par mon infidélité et mes ingratitudes. Je suis, dans le Seigneur, tout à vousfl).»

Un jeune homme de dix-sept ans capable d'entendre une telle doctrine et de goûter de tels conseils promettait de faire honneur à la Société du Cœur de Jésus. La suite de cette histoire montrera que le P. de Glorivière l'avait bien jugé.

Tout en suivant, en particulier, les exercices propres à un séminariste, selon les règles de la pieuse association, .)ean-]\ïarie consacrait son temps aux éludes ecclésiastiques. C'est M. Vielle qui fut, selon toute apparence, son premier initiateur à la théologie. Le digne prêtre avait eu, tout jeune, le goût des livres. Malgré les fatigues et les transes perpétuelles du ministère qu'il venait d'exercer à Sciint-^Ialo. il avait trouvé moyen d'augmenter son bagage théologique, comme s'il eût prévu que les années de son âge mûr seraient consacrées à la conduite d'un séminaire.

Il donna à Jean-Marie l'intelligence des manuels, et 1(^ iiiil eu état de travailler seul avec proht.

(^e n'est pas lui toutefois qui exerça sur les tendances doctrinales du séminariste l'inlîuence la plus décisive. D'ardentes controverses mettaient aux prises les partisans <les prêtres constitutionnels avec les fidèles dévoués à l'ancien clergé. Avant de répandre le sang, on avait fait couler des ilôts d'encre pour essayer de légitimer un serment qui mettait à l'aise bien des passions. L'iuibileté ne manquait point du coté des « intrus », et le métropolitain schismatique de la Bretagne, Le Coz, était un homme d'un talent incontestable et d'une honnêteté

r Lelli'e iaé<;i!c. 2S (lérc:!ii)i\' HIn. — Archive, des Frères.

LES ÉTl'DES CLÉRICALES 31

relative qui pouvaient en imposer à bien des esprits (1).

Ce n'était point une tàclie facile pour un tout jeune homme réduit à l'étude de manuels plus ou moins gallicans et aux rares conseils d'un prêtre absorbé par les œuvres extérieures, de se former une opinion exacte sur les grandes questions qui s'agitaient alors, spécialement sur les droits du Saint-Siège. Heureusement, Mgr de Pressigny veillait, du fond de l'exil, sur son troupeau, et en particulier sur son cher disciple. Des îles anglonormandes, où il n'avait fait que passer, il s'était rendu à Chambcry, puis en Suisse. C'est de là qu'il fit parvenir à ses diocésains, pendant les années de persécution sanglante et jusque sous le Consulat, ses plus remarquables mandements.

Dès 1792, il avait adressé aux prêtres assermentés de son diocèse un avertissement saisissant de logique et parfois vibrant de sainte colère.

Jean-Marie lisait avidement ces pages. Il y puisait ce zèle à secourir les prêtres proscrits et cette aversion pour les apostats que nous l'avons vu afficher déjà en plus d'une occasion.

Mgr de Pressigny, comme tous les pi'éhils de l'ancien régime, avait été élevé dans un respect exagéré pour les libertés de l'Eglise gallicane. En présence de la constitution civile du clergé et de l'étrange abus qu'on faisait des principes chers à sa jeunesse, il se ressaisit, avec la plu|)art de ses collègues, et bientôt il employa toute son énergie à exalter les prérogatives de l'Eglise romaine. Le mandement qu'il écrivit, le 2i mars 1800, à propos de l'élection de Pie Vil, contient les plus fermes affirmations en faveur de la s-uprémaiie pontilicale.

Vil tel enseignement devait donner aux éludes tliéologiques du jeune de la ^lennais une orientation décisive. Les droits du pape, sa primaulé sur tous les autres évèques, ses privilèges comme centre de l'unité de

l Vnii' : Un éréque nssrn/iciih'', Le <'o:. vcéquc dlUe-el-Viluine. par A. îlMii^-el. ilo l"Or;il(.irc.

l'Eglise, tel fut alors l'objet de ses médilalions assidues, tel sera pendant toute sa vie l'objet préféré de ses leçons.

Pendant que Jean-Marie luttait, dans une mansarde du logis paternel, contre les difficultés de l'étude solitaire, la Révolution s'avançait vers son terme. En 1801, l'ère de sang était close; bientôt les églises allaient se rouvrir. Les vieux prêtres malouins quittèrent un à un leurs cachettes; d'autres revinrent de l'exil, et l'on s'apprêta à travailler de nouveau dans le champ dévasté. Mais hélas ! quelle désolation et quelles ruines! Des enfants élevés dans l'ignorance de toute doctrine religieuse, des familles déshonorées par des unions purement civiles; quelque» prêtres scandaleux obstinés dans le schisme ; des églises converties en greniers ou en écuries et n'offrant plus que des murs souillés ; les biens ecclésiastiques aliénés irrévocablement; les croix des carrefours, ces belles croix de granit, si nombreuses sur la terre bretonne, mutilées et gisant à terre, tel est le spectacle qui attendait les anciens du sanctuaire rentrant dans leur héritage.

11 y avait là de quoi déconcerter les plus fermes courages. Celui de Jean-Marie de la Mennais ne fut pas un instant ébranlé. Jamais, selon lui, il n'y eut de meilleur temps pour marcher à la suite de Jésus-Christ sous la pourpre de son sacerdoce. De plus en plus assuré de l'appel divin, il va saisir la première occasion de s'enrôler dans cette milice dépouillée, afin de se consacrer corps et âme à la grande mission de « releveur de ruines » (1), qui sera l'honneur de sa vie.

(4) Expression do Tabbé de Léséicuc (Oraison funèbre, etc. p. 20)

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SAINT-JOSEPH M ummk

PRES lOCMINÉ (MORBIHAN)

Les Assistantes Généra/es et les Religieuses de la Congrégation des Filles de Jésus vous supplient t?^ès humblement d'accorder le secours de vos prières à rame de leur Très regrettée

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