COLLÈGE DE SAINT-MALO
Au mois de décembre 1801, Jean-Marie de la Mennais était à Paris. Qu'allait-il chercher dans cette ville de tumulte, alors que le recueillement lui était si nécessaire? Un témoin de ses dernières années, qui prétendait le tenir de lui-même (1), nous apprend qu'il quitta son pays pour éviter la conscription. La chose est possible. Seraitelle vraie, qu'elle ne devrait causer ni étonnement, ni scandale.
La conscription n'était point alors universellement acceptée par l'opinion. D'autre part, aucun vrai catholique ne reconnaissait au gouvernement le droit de mettre la main sur les élus de Dieu pour leur imposer, même temporairement, un état de vie si contraire à leurs obligations cléricales. Si donc Jean-Marie de la Mennais voulut, comme tant d'autres, se dérober à la vigilance des patriotes de Bretagne en se réfugiant dans une ville où les étrangers n'étaient guère recherchés,
(1) Ce témoin est M^^« IMaria de la Fruglaye, devenue religieuse de la Congrégation Notre-Dame, sous le nom de Mère Marie-Anne. Elle avait beaucoup connu, dans sa famille, Tabbé Jean de la Mennais. Elle a laissé sur lui d'intéressants souvenirs intitulés : Quelques dé/ails recueillis dans les conversations du cher et respectable abbé Jean-Marie de la Mennais.
rien que de légitime et de parfaitement iionorable dans sa démarclie. D'ailleurs, d'autres motifs d'un ordre bien différent l'attiraient dans la capitale.
Mgr de Pressigny était rentré en France, et il séjournait à Paris depuis le mois de décembre 1800.
Le concordat venait d'être signé. En attendant de le voir appliqué, le père de Jean-Marie, aidé de M. des Saudrais, usait de toute son influence pour faire rétablir le siège de Saint-Malo et y ramener l'ancien évcqiie. Le jeune homme prenait part lui-même aux démarches; nous le savons par une lettre de Mgr de Pressigny, qui, le 27 septembre 1801, le remercie de ses efforts, sans toutefois le laisser croire au succès.
N'espérant plus revoir à Saint-Malo le vieux pontife, Jean-Marie résolut d'aller à lui. Il ne l'avait pas rencontré depuis onze ans. Le désir de l'entretenir de vive voix, de lui soumettre ses projets de zèle et surtout de recevoir les saints ordres de sa main expliquerait suffisamment son voyage à Paris.
11 partit donc, muni de deux lettres de recommandation pour le prélat, l'une de son père, l'autre de l'oncle des Saudrais. La première ne nous a pas été conservée. Nous citerons quelques lignes de la seconde. « Moi aussi, disait le vieillard, je vous parlerai de mon neveu, même après son père, comme s'il n'avait pas tout dit, ou comme s'il avait oublié quelque chose. Mais en vérité, j'aime Jean autant que s'il était mon fils : son cœur et le mien se touchent de si prèsl...
« Heureux liens qu'il va former, sublime promesse que celle d'être toujours vertueux! Ce qui nous rassure^ c'est qu'il le fut, et que la vertu parut en lui comme une chose naturelle et dont il n'aurait pu se passer. J'ajouterai, Monseigneur, — eh! pourquoi aussi ne dirais-je pas tout? — que Jean apporta en naissant un penchant à la colère, qu'il a su tellement dompter, que je ne sais comment